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Rencontre avec Benjamin Lévy, le nouveau chef de l’Orchestre de Cannes

Rencontre avec Benjamin Lévy, le nouveau chef de l’Orchestre de Cannes

08 octobre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Cette Saison 2017-2018, le chef d’orchestre Benjamin Levy prend la direction de l’Orchestre de Cannes. Formé aux conservatoires de Lyon, Paris et Aspen, prix « jeune talent » de l’ADAMI en 2008, assistant de Marc Minkowski et fondateur de l’Orchestre Pelléas, ce quadragénaire fou de musique et d’une énergie communicative a déjà une grande carrière nationale et internationale. Après deux saisons en tant que Chef-Assistant des deux Orchestres de la Radio Néerlandaise, il est devenu cette année le directeur musical et chef d’orchestre permanent de l’Orchestre de Cannes. Et il a concocté un programme « libre, heureux et proche », ouvert à tous pour cette saison 2017-2018. Rencontre et partage...

Le graphisme et les photos sautillantes à la Philippe Hartman donnent beaucoup d’énergie à la brochure de cette nouvelle saison…
C’est un véritable talent qui nous a fait ça. Une agence a fait le logo et les visuels. Je voulais des visuels qui renouvellent un peu l’image et qui racontent l’orchestre. Je suis content de la photo qu’on a, c’est une photographe qui s’appelle Céline Leporrier qui a fait cette photo de sauts. C’est bien, c’est libre, c’est frais. Un travail visuel qui donne envie au public d’assister au concert pour vivre un vent de légèreté…
Le premier concert de saison s’appelle Bienvenue Benjamin. C’est aussi très libre et ouvert !
Ou, c’est pour marquer les débuts de mon mandat. Même si l’an dernier, comme chef invité, j’ai déjà dirigé une bonne quinzaine de concerts, dont un avec Katia Buniatishvilli et sa sœur en janvier dernier. Mais ce concert, c’est le début d’une saison que j’ai complètement conçue.

Quand on se plonge dans le programme de l’année, votre éclectisme saute aux yeux : vous aimez tout, baroque comme du classique?
Programmer du baroque, c’est important pour moi. Il y a eu toute une période où les orchestres traditionnels se sont coupés du répertoire pré-classique parce qu’il était devenu le pré-carré des orchestres sur instruments anciens. Pendant toute une période, ces orchestres traditionnels étaient à la traîne en termes de connaissance stylistique: ils pensaient que tout devait se jouer comme du Tchaïkovski. Ce n’est pas le cas des musiciens de l’Orchestre de Cannes qui sont de plus en plus cultivés en termes de style. Ça permet de jouer ces musiques en changeant le moins possible d’instruments, tout en gardant une fidélité artistique pour rendre hommage à la volonté du compositeur. Il ne faut pas se couper de cette mémoire et d’une tradition orale de jeu. Le langage musical n’a pas changé.

La programmation de l’Orchestre de Cannes propose souvent d’entendre la musique en assistant à des grands spectacles comme «Le songe d’une nuit d’été». Est-ce pensé pour parler à un plus grand public ?
Déjà lorsque je dirige un concert symphonique, j’aime bien parler, expliquer des choses. Montrer aux gens comment sont faites les choses. Voir le concert comme un cérémonial, c’est presque anachronique je trouve. Les spectacles sortent de ce cérémonial et Le songe d’une nuit d’été c’est un beau projet avec projections, comédiens et récitants… On y entendra William Nadylam, qui est un des acteurs fétiches de Peter Brook. Juliette Deschamps a filmé des jeunes en Afrique qui montaient une pièce de Shakespeare. Pendant le spectacle, elle mixera les images en direct. Le film suivra la musique de Mendelssohn… Enfin, comme Brigitte Lefèvre dirige le Festival de danse de Cannes (8 au 17 décembre 2017 cette année, ndlr), quand j’ai été nommé nous nous sommes vite rapprochés pour essayer de faire des choses ensemble.

Plusieurs séries de concerts repoussent également les frontières entre musique classique et pas classique …
Oui de même qu’il ne faut pas se couper du baroque, il ne faut pas se couper des musiques d’aujourd’hui, et notamment des créations qui ne sont pas tout à fait classiques. Le 12 novembre, Dans le cadre du  «C’est pas classique» l’Orchestre de Cannes et Edgar Moreau sont invités à jouer un concerto que j’adore, à Nice. Dans la même soirée que La 7e Symphonie de Beethoven, on joue le Concerto pour violoncelle et orchestre à vents de Friedrich Gulda, qui est un jazzman. Il date de 1988 et le premier mouvement, c’est du rock, du vrai rock !


Dans les solistes, il y a de nombreux violoncellistes et la chanteuse Jennifer Larmore …

C’est vrai qu’il y a plusieurs violoncellistes, Edgar Moreau, Sonia Wieder-Atherton, dans une création mondiale d’Olivier Penard, un Concerto pour violoncelle et orchestre, Ophélie Gaillard à Juan les Pins en mai et puis Victor-Julien Lafferiere, qui vient jouer La Muse et le Poète de Saint-Saëns avec Alexandra Soumm. Avec Jennifer Larmore nous proposons le 20 octobre un programme « Une américaine à Paris », un programme que nous avions déjà joué ensemble en Allemagne avec l’Orchestre Pelléas. Je me suis rendu compte que l’opérette française et la comédie musicale américaine se sont développées dans les mêmes années dans des registres tout à fait différents. Mettre ça en parallèle, c’est assez amusant. Ce sont deux visions de la même joie, alors que la situation politique, notamment en Europe, était très tendue.

Khatia Buniatishvilli est « la marraine » de l’Orchestre de Cannes. En quoi consiste ce rôle?
Cela a commencé avec la pianiste Brigitte Engerer et on gardé ce titre quand l’Orchestre a demandé à Katia de la relayer. Je n’aime pas trop ce titre, en fait cela recouvre plutôt le rôle d’une artiste associée: Katia vient régulièrement, c’est une artiste incroyable, nous nous entendons bien et nous allons monter des tournées avec elle. On s’entend bien et on va jouer avec elle à l’étranger la saison prochaine.

L’Orchestre de Cannes est très actif auprès des publics jeunes, pouvez-vous nous en parler?
Nous avons un lien très fort avec les conservatoires. Le dispositif Sympho New, trop peu connu en dehors de la Région, est une Académie d’orchestre. C’est comme l’Orchestre Français des jeunes, mais au niveau de la région et avec les musiciens de l’Orchestre de Cannes comme tuteurs. Les jeunes musiciens viennent travailler avec eux et après, ils participent à un vrai concert avec des membres de l’Orchestre. Ce ne sont pas seulement des cours, les jeunes sont immergés dans une vraie situation de concert. Il y a plusieurs dates et lieux, avec, à chaque fois, une première partie d’hommage aux professeurs et aux élèves de la ville. Beaucoup de gens ont découvert l’Orchestre de Cannes grâce à Sympho New.
Il y a aussi un dispositif qui s’appelle «Orchestre dans les lycées». Il y a trois ou quatre lycées chaque année qui sont choisis par la Région pour préparer des œuvres chorales. Par exemple l’année dernière, ils avaient travaillé West Side Story de Bernstein, avec une chorégraphie, une sélection d’air, un petit peu de danse et de chants. Ils viennent répéter avec nous et on va jouer dans leur lycée. Eux chantent devant leurs copains et leurs professeurs. C’est très émouvant pour les professeurs et les élèves sont très sérieux.

On participe également à l’initiative de la municipalité auprès des tout-petits « Pt’tis Cannes à you« . Chaque année, les écoles de la ville viennent et nous concevons un programme pour eux. Cette année le programme s’intitule « les jardins zoologiques ». L’année dernière on a fait l’histoire de Babar. C’est tellement mignon, c’est extraordinaire. Les collégiens aussi viennent. Avec eux, nous faisons  trois quatre séances par jour (45min à chaque fois). C’est dur pour les musiciens, recommencer à chaque fois, réexpliquer, mais ils posent des questions et c’est réjouissant. Les jeunes entre 11 et 26 ans peuvent aussi choisir de devenir Ambassadeurs de l’Orchestre… Mais il y a un public que j’aimerais plus toucher, ce sont les jeunes étudiants.

La saison semble s’arrêter tôt pour l’Orchestre de Cannes, autour du 15 avril. Pourriez-vous jouer par exemple pendant le Midem ou le Festival de Cannes ?
J’aimerais beaucoup que l’Orchestre de Cannes joue pendant le Festival du film, par exemple au Cinéma de la Plage. Je travaille là-dessus et je l’ai proposé à Thierry Frémaux. Pour ce qui est la fin de la saison, un des grands sujets de l’Orchestre de Cannes, c’est que nous n’avons pas de salle attitrée. Dans l’année, nous jouons au Théâtre Debussy ou au Théâtre Croisette mais nous louons des salles qui sont occupées en temps de Festival du Midem au Lions en passant par le Festival du Film. A chaque fois, nous devons également louer le matériel technique, etc. Notre situation est comparable à celle de l’Orchestre de Paris quand il était Salle Pleyel.

Si l’on reprend les grandes lignes de votre éditorial de cette saison, « Heureux libre et proche », c’est votre personnalité ou votre programme?
Evidemment les deux ! La liberté de répertoire, proche du public, et heureux de faire ce que nous faisons, ça pourrait s’appliquer à moi et à notre saison…

visuel : (c) ODC Céline Leporrier

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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