Classique

Un programme russe d’envergure pour la Filarmonica Della Scala et Riccardo Chailly

Un programme russe d’envergure pour la Filarmonica Della Scala et Riccardo Chailly

27 janvier 2018 | PAR Yaël Hirsch

Avant de revenir en juin pour un Requiem de Verdi déjà complet, Riccardo Chailly et la Filarmonica Della Scala étaient dans la Grande Salle Pierre Boulez de la Philharmonie pour un programme Tchaikovsky, Chostakovitch et Stravinsky : une traversée russe de sublime envergure.

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Frac noir longiligne et promontoire rouge venu directement de Milan, Rccardo Chailly a pris place devant son orchestre sous les applaudissements d’une Philharmonie déjà parfaitement concentrée. Première œuvre de la soirée la fougueuse (et entièrement réécrite pour la version finale de 1879) 2 e symphonie de Tchaikovsky a ouvert la danse avec autant de populaire dans les thèmes que de classe vertigineuse dans la direction. Commençant par un chant populaire ukrainien et la couleur chaude du hautbois, le premier mouvement andante sostenuto avait également quelques chose de solennel et La Scala a fait advenir une véritable vision de buisson ardent avant de laisser s’éteindre ce feu pour passer à la Marche militaire irrésistible du deuxième mouvement où l’on sent déployée toute l’ampleur de l’orchestre. Général impressionnant, Chailly est aussi expressif qu’impressionnant. Le troisième mouvement Scherzo touché par sa douceur et sa précision et le final surprend presque le public quand il ne s’éteint pas avec douceur mais flamboie avec presque autant de fracas qu’il s’était ouvert.

Après une bref pause l’on traverse les siècles et c’est tout un opéra qui est évoqué par la Suite op 29 a. de Lady Macbeth du District de Mtsensk (1930) de Chostakovitch. Ce moment instrumental condense le choc esthétique et politique créé par un opéra grinçant où l’héroïne de Shakespeare devient criminel par avidité. Et la Filarmonica Della Scala s’en donne à cœur joie dans les sept minutes hystériques et expressionnistes de cette très vivante et très déroutante pièce. Les percussions claquent, les vents piquent et les cuivres sont poussés à l’extrême. Et cela semble trop court!

Enfin, le morceau de bravoure de la soirée était le Petrouchka de Stravinsky (1910), à la fois éternellement classique et contemporain où la fête publique à Grasse encadre une histoire plus intime et plus sombre. La Filarmonica Della Scalla embrasse toute les nuances, les flûtes sont époustouflantes, Chailly danse presque pour faire corps avec son orchestre et ses bras semblent s’envoler dans un final qui est à couper le souffle.

Applaudis à tous rompre, les musiciens se font et nous font plaisir dans un bis plein de vie et très italien : la Sinfonia de la Gazza Ladra de Rossini. Rendez-vous est donc pris avec l’Italie pour le Requiem le 7 juin.

visuel : Gert Mothes / Decca

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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