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Plaisirs symphoniques à La Chaise-Dieu

Plaisirs symphoniques à La Chaise-Dieu

02 septembre 2019 | PAR Gilles Charlassier

Creuset du festival de la Chaise-Dieu, l’abbatiale Saint-Robert accueille en ce vendredi 30 août l’Orchestre symphonique de Bretagne, dans un programme franco-germanique : Cras, Schubert et Brahms.

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Depuis plus d’un demi-siècle, le Festival de la Chaise-Dieu se fait un creuset de l’excellence musicale au cœur de l’Auvergne. L’abbatiale Saint-Robert, dont la restauration se fait par étapes, avec cette année le dévoilement des tapisseries, en constitue le foyer, où retentit bien évidemment le répertoire sacré, mais aussi le symphonique. Le premier des deux concerts de l’Orchestre symphonique de Bretagne de cette édition 2019 met en regard le Romantisme germanique et la musique française, sous la houlette de Grand Llewellyn.

Selon un rituel que Julien Caron, le directeur du festival, a voulu inscrire dans les usages des programmes dans l’abbatiale, le concert s’ouvre avec un préambule sur le grand orgue, un des Onze préludes de choral opus 122, O Gott, du frommer Gott de Brahms. La douceur recueillie de l’instrument de la fin du dix-huitième siècle sied à la sobriété fervente de la page qui introduit, avec un naturel délicat, les Âmes d’enfants de Jean Cras, compositeur français contemporain de Ravel qui a mené une carrière d’officier de marine. Les alchimies ondoyantes des trois mouvements de cette suite témoignent sans doute d’une familiarité avec les embruns. Le frémissement lumineux de l’écume de Pures cède à un pastoralisme allant dans Naïves, l’un et l’autre ciselés dans des textures aérées. Ce souci de la clarté, sinon de la transparence, se confirme dans le dernier épisode, Mystérieuses, aux reflets cuivrés, et qui s’achève sur une coda aux allures de fanfare où s’entend en filigrane la transformation joyeuse du motif cortège funèbre de Frère Jacques.

La Sixième Symphonie en ut majeur de Schubert ne démentira pas les qualités d’agilité de la direction de Grand Llewellyn. L’Allegro initial affirme une vitalité emprunte de classicisme viennois, qui pondère sans doute l’originalité d’une inspiration intimidée par ses modèles. La manière un peu à l’antique de l’Andante n’est pas éludée, avec une placidité qui n’empêche pas l’éclosion de la nervosité du scherzo – rappelant celui de la Première de Beethoven – et du finale. Après l’entracte, Adam Laloum affronte le Deuxième Concerto en si bémol majeur opus 83 de Brahms. Dès les premiers accords de l’Allegro non troppo affleure une admirable sensibilité, qui calibre la puissance au fil du mouvement, avec un souci instinctif de la fluidité du discours et de la cohérence formelle, sans didactisme. L’Allegro appassionato prolonge cet élan et façonne une densité sonore qui évite toute pesanteur. L’Andante développe une générosité lyrique qui n’oublie jamais la pudeur, accompagné par un orchestre à l’écoute du toucher nuancé du soliste, avant un finale délié et virtuose, toujours nourri d’un sentiment sobre et sincère. En bis, le premier Intermezzo opus 117 de Brahms offre un viatique aux modulations également subtiles et poétiques.

Gilles Charlassier

Festival de la Chaise-Dieu, concert du 30 août 2019

©Bertrand Pichene

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Gilles Charlassier

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