Classique

Perpignan, la création musicale sous toutes ses formes

27 novembre 2017 | PAR Gilles Charlassier

Depuis plus d’un quart de siècle, Aujourd’hui musiques à Perpignan célèbre, chaque année en novembre, la création contemporaine, sans aucun préjugé esthétique, et avec un souci constant d’élargir l’audience d’un répertoire que certains se contentent de voir comme une niche. L’ouverture du Théâtre de l’Archipel en 2011 a donné un remarquable outil à cet ambition, que confirme cette édition 2017.

[rating= 3,5]

Sortir la musique contemporaine de son ghetto, tel pourrait être le leitmotiv d’Aujourd’hui musiques à Perpignan. Ouverte par une concert consacré à l’une des figures emblématiques du minimalisme américaine, Philipp Glass, cette vingt-sixième édition mêle, plus que jamais, les formes et les langages. En témoigne une programmation qui rassemble autant le théâtre musical version opéra digital, avec, en création mondiale avant de tourner en région parisienne en décembre, une réécriture d’Hamlet par Wilfried Wendling, qui fait appel au travail de Pierre Henry, l’un des pape de la musique concrète disparu cet été, que l’inventivité multimédia de Pierre Jodlowski et Philippe Spiesser dans Crossing Points, sans oublier l’électronique, lequel rencontre le piano lors d’un duo entre Vanessa Wagner et Murcof.

La diversité ne se limite pas aux répertoires défendus, et s’illustre dans les formats proposés au public, investissant tous les espaces du Théâtre de l’Archipel. La verrière de l’entrée offre, en guise d’apéritif, un concert ou une performance d’une demi-heure, avant le spectacle de la soirée : un jour le piano de François-Michel Rignol croisant Bach et Glass, un autre, un concert en voiture, une Smart noire, imaginé par Roland Auzet.

Cette exploration tous azimuts se retrouve dans l’installation sonore et visuelle Image latente imaginée par Alexandre Réty pour la petite salle du Studio pendant presque une semaine : le spectateur se retrouve face à un faisceau d’eau et de lumière dessinant des motifs géométriques sur un puissant fond électroacoustique. Invité à se déplacer autour du stroboscope, on peut tour à tour s’immerger dans la fraîcheur du flux lumineux et en lire le résultat presque cinématographique sur un mur comme écran noir, en un plaisant jeu des sens, entre sensualité et imagination des formes.

Autre dispositif, au lendemain d’une première représentation devant un public scolaire le lundi 20 après-midi, Lonely Circus investit la salle du Carré pour un spectacle de cirque électro, Masse critique. Les quatre comparses jouent avec une matière que l’on n’associe guère spontanément avec l’équilibrisme : la pierre. Juchés sur un murée de cailloux qui se déconstruit et se reconstruit au fil de la performance, les quatre acrobates retracent une sorte d’épopée lithique de la condition humaine, qui se referme sur une quête presque rituelle d’un territoire. Assurément, le concept de Sébastien Le Guen relève de la gageure : les interactions avec la création sonore, due à Jonathan Fenez et Jérôme Hofman, épousent parfois un peu trop la nature rudimentaires du matériau, limitant sans doute un vocabulaire expressif contenu dans une impassibilité, circassienne et athlétique, aux ressources comiques peut-être moindres qu’on ne le désirerait. On reconnaîtra cependant le goût pour l’insolite et un certain hédonisme expérimental, par lesquels se démarque le festival Aujourd’hui musique depuis plus de deux décennies au pied des Pyrénées.

Festival Aujourd’hui musiques, Perpignan : Image Latente, Masse Critique, 21 novembre 2017
©C.Poquet/Festival Lux 2015

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