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Ouverture du Festival Berlioz à la Côte-Saint-André

Ouverture du Festival Berlioz à la Côte-Saint-André

22 août 2018 | PAR Victoria Okada

Le 18 août dernier, le Festival Berlioz « Sacré Berlioz – 150e anniversaire Acte I » s’est ouvert avec une grande fête de moisson. Le soir, un bal populaire et un feu d’artifice se sont suivis dans une atmosphère festive et bon enfant, pour laisser la place, le lendemain 19, à l’intégrale des Années de Pèlerinage de Liszt par Suzana Bartal et les Psaumes de David de Benedetto Marcello par Le Baroque Nomade.

La grande fête des moissons

Les violons de rigodon dans le village Georges Antonin Les violons de rigodon dans le village Georges Antonin

Saint-Pierre-de-Bressieux, à une dizaine de kilomètres de La Côte-Saint-André, la ville natale du compositeur. Un village rustique de 19e siècle, baptisé « village Georges Antonin » — de par le nom de l’association qui œuvre pour faire revivre les savoir-faire anciens à travers les métiers d’antan — a été installé avec tous les gens de métiers (ou presque) d’autrefois : charrons, forgerons, sabotiers, rétameurs, tisserands, brodeuses, merciers, cordiers, fabricants d’échelle et de balais, crémiers, apothicaires, herboristes, tourneurs de bois, vanniers, mécaniciens agricoles… avec les outils et machines de fabrications ancestrales, sans oublier les luthiers qui proposaient de transformer des bidons en métal en violons ! Ces « habitants » du village sont habillés comme à l’époque. Les enfants en visite trouvent une passion pour des jouets en bois, les visiteurs du studio photo peuvent s’enfiler des vêtements en cotons pour une séance de photos comme au début du siècle dernier (mais avec des tirages numériques). On peut également déguster du beurre battu sur place, de l’huile de noix fraichement pressée… Dans la soirée, on assiste au « Bal contrebandier » animé par les musiciens des Corsaires Rouges, pour danser sur des rythmes de polka, scottish, farandole, tarentelle, bourrée, paso doble… mais aussi de rock’n’roll ou de java. Des stages de rigodon ont été organisés à la fin de la journée pour montrer le beau résultat sur la piste le soir même ! L’ambiance est joyeuse et heureuse, comme l’aurait connu le jeune Berlioz avant de s’installer à Paris.

Pour le premier acte de la commémoration à l’occasion du 150e anniversaire de la disparition de l’auteur de la Symphonie fantastique, survenue le 8 mars 1869, Bruno Messina, le directeur artistique du Festival, s’est attaché à représenter cet héritage rustique et agricole du Dauphiné que le compositeur a gardé toute sa vie durant. Il nous a livré son point de vue : « La quasi-totalité de ses biographies affirment que c’est avec son arrivée à Paris que sa vie de musicien commence véritablement. Mais c’est faux ! Berlioz fait référence dans ses œuvres à des bruits de ces machines et de la campagne qu’il a entendus dans son enfance, il déclare cela lorsqu’on lui a reproché que sa musique fût trop bruyante. Son Mémoire fait bien mention de cela. Et puis, c’était un grand danseur ! Sa racine se trouve dans cette région, beaucoup plus que l’on ne le pense, et je voulais représenter cet aspect à travers une fête et un bal populaire. »
La longue journée se termine en beauté par un très beau feu d’artifice imaginé par Agora Pyrotechnie (direction artistique Philippe Geoffroy).

L’intégrale des Années de Pèlerinage de Franz Liszt

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Si vous vous laissez impressionner par les grands concerts de certains soirs, vous adorerez des concerts intimes, dans le style de « salon » du 19e siècle, avec des œuvres que notre compositeur aurait pu jouer lui-même ou écouter à diverses occasions.
Le dimanche 19 août s’inaugurait la série de récitals et de concerts de musique de chambre à l’église Saint-André, où Berlioz fut baptisé. C’est dans cette petite bâtisse à une acoustique assez généreuse — mais transparente à tous les détails virtuoses sans que le son se noie dans les réverbérations abondantes — que
Suzana Bartal se livre à un exploit : intégrale des Années de Pèlerinage de Liszt en trois concerts, en espace de quatre heures. Des pièces des plus virtuoses (Après une lecture de Dante, les Sonnets de Pétrarque, Les jeux d’eaux à la Villa d’Este…) aux plus visionnaires (Angelus !, Sursum corda…) en passant par des œuvres énigmatiques, gracieuses ou paisibles (Vallée d’Obermann, Il Penseroso, Sunt lacrymae rerum, Au Lac de Wallenstadt, Le mal de pays…), les doigts de Suzana Bartal tissent des tapis sonores aux multiples couleurs, énergiques et tendres, vives et apaisantes, sans laisser le moindre moment d’inattention. En assistant à ce voyage musical, on imagine intérieurement les lumières radieuses de l’Italie, les lueurs à peine perceptibles de la nuit, les airs frais au bord de l’eau, l’orage violent… La pianiste dépeint avec les sons chatoyants ces paysages, de manière éloquente et subtile, et c’est comme si l’instrument se réjouissait de pouvoir participer à cette odyssée initiatique. On attend alors avec impatience un enregistrement qui fera le grand bonheur !

Psaumes de David de Benedetto Marcello, apprécié par Berlioz, par Le Baroque Nomade

le-baroque-nomadeCritique musical au Journal des Débats, épistolier infatigable et auteur d’un imposant Mémoire, Berlioz nous a laissé des critiques et commentaires sur divers concerts et œuvres. Parmi celles-ci, il apprécie les Psaumes de David dans le recueil Estro poetico-armonico, un immense succès de son temps, du Vénitien Benedetto Marcello (1686-1739). Dans l’une des critiques dans Journal des Débats, le Français fait l’éloge de ces « psaumes qui ont fait de son nom [de Marcello] l’un des plus beaux dont s’honore l’art musical ».
Nous en avons entendu trois extraits, les
Psaumes 24, 21 et 18 à différents effectifs : le 24 « a due, tenore, e basso », le 21 « alto solo con violette » et le 18 « a quattro, alto, due tenori, e basso ». La Sonata seconda a due bassi et basso continuo (œuvre instrumentale) complète le programme.
Le lieu du concert, l’église de Châtenay, est une construction du milieu du 19
e siècle de style néo-gothique qui vient d’être magnifiquement restaurée. Elle possède le plus ancien carillon (19 cloches) de la région Rhône-Alpes, classé monuments historiques. Berlioz supposait lui-même qu’on fasse sonner les cloches [du carillon de Châtenay] avant de se laisser séduire par les Psaumes de David. Et c’est ce qui s’est passé au soir du concert. Les auditeurs ont été accueillis par des sons doux et nostalgiques du carillon, avant l’ouverture des portes de l’église. Les musiciens du Baroque Nomade, dirigés depuis le clavecin et l’orgue par Mathieu Dupouy (l’un des interprètes de Scarlatti 555 au Festival Montpellier Occitanie), affrontent courageusement l’importante humidité dans l’édifice, qui fait baisser continuellement le diapason de leurs instruments. Les chanteurs (Pascal Bertin, Romain Champion, Matthieu Chapuis et Benoît Arnould), malgré leur voix et surtout leur mode d’émission hétérogènes, réussissent à créer une belle harmonie dans l’ensemble.

Le Festival Berlioz se poursuit jusqu’au 2 septembre, avec notamment, selon la thématique de la musique sacrée, L’Enfance du Christ le samedi 25, la Messe solennelle le mardi 28 août, « Le temple universel » le 30 août, et « Dies Irae » le 1er septembre, ainsi que deux séries de récitals de piano par Philippe Bianconi (22-24 septembre) et par Roger Muraro (28-30 septembre). À ne pas manquer également : « Parade musicale et équestre » le dimanche 26.

Le Musée Hector Berlioz organise une exposition temporaire « Les images d’un iconoclaste » et des concerts et conférences gratuits ainsi que des ateliers pour jeune public et famille (payants).

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Tous les détails sur le site du Festival.

Photos © Bruno Moussier / Festival Berlioz ; Musée © Musée Hector Berlioz

Infos pratiques

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