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[Live Report]Nathalie Stutzmann rayonnante avec son orfeo 55 dans un programme Haendel au Théâtre des Champs-Elysées

[Live Report]Nathalie Stutzmann rayonnante avec son orfeo 55 dans un programme Haendel au Théâtre des Champs-Elysées

15 novembre 2014 | PAR Yaël Hirsch

Ce vendredi 14 novembre, la contre-alto Nathalie Sutzmann dirigeait son orchestre, l’Orfeo 55, dans un programme Haendel à la fois équilibré et généreux au Théâtre des Champs-Elysées. Arias et moments instrumentaux se sont succédés avec une vivacité élégante, pour faire émerger les « héros de l’ombre » du panthéon de Haendel et ceci pour le plus grand bonheur d’un public conquis.

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Smoking et chaussures d’homme, sourire jusqu’aux oreilles, l’énergique Nathalie Stutzmann est entrée en scène comme un rayon de soleil hier soir pour diriger avec fougue l’élégant orchestre qu’elle a fondé en 2009. Tout commence avec poésie et célérité sur une ouverture virevoltante du Sémélé de Haendel. Puis commence le programme annoncé. Il est toujours un peu étonnant de voir une chanteuse diriger un orchestre. Stutzmann commence chaque aria dos au public, pleinement présente puis retourne vivement son pupitre pour lui faire face quand elle commence à chanter; même en donnant quelques indications de trois-quarts à ses troupes, elle reste pleinement présente pour la salle et d’une virtuosité admirable. Sa voix de contre-alto au timbre profond et suave permet d’aller découvrir ou redécouvrir un répertoire peut-être plus discret de Haendel où la chanteuse incarne beaucoup d’hommes. C’est appuyée par une théorbe sensuelle et par l’orchestre attentif qu’elle commence dans un da capo parfait par le lamento poignant « Pena Tiranna » extrait de Amadigi du Gaula. Et enchaîne très rapidement par la colère parfaitement rythmée par les violons de l’Orfeo de l’aria de Alcina « L’aure che spira ». Première envolée de trilles et de notes parfaitement tenues, on est dans le coeur de l’art de Haendel et le public applaiudit à tout rompre. Plus réflexif, « Son qual stanco pellegrino » de Arianna in Creta calme un peu l’atmosphère, à grand renfort de violoncelle,  avant que Stutzmann ne termine le premier volet du spectacle par un des deux grands airs du Polinesso de Ariodante : « Dover, giustizia, amor ». Virtuose, très claire dans son phrasé, soutenue par un orchestre qu’on sent galvanisé, Stutzmann se retire sur une salve de « Bravo ».

La deuxième partie commence sur un autre air très virtuose, le magnifique et peut-être trop peu connu air de Zeniboa dans Radamisto « Son contenta de morire ». Un petit orgue s’est inséré à l’arrière de l’orchestre qui donne un caractère presque sacré à cette déclaration de rage et de fidélité. Par la suite, quelques intermèdes musicaux issus des Concerti Grossi, permettent à Stutzmann de se faire moins chanteuse et plus chef d’orchestre, avec une fougue et une énergie impressionnantes, et de nous surprendre quand elle se retourne dans le rôle du Ottone de Agrippina d’habitude campé par un homme et qu’elle interprète avec une ferveur communicative. s’ensuivent deux airs à la fois brefs et rares : « No so se sia la speme » de Serse et « Sara qual vento » de Alessandro qui mettent le public parfaitement dans le bain d’un premier bis en solo avec son joueur de théorbe où sa voix donne le frisson. Les applaudissements sont tellement prononcés qu’ils appellent à deux bis plus instrumentaux et légers de la contre-alto et de l’orfeo qui nous ont laissé le gout et l’envie d’aller écouter et réécouter les héros moins connus de Haendel.

visuel : couverture du nouveau CD de Nathalie Stutzmann et de l’Orfeo 55 cd « Heroes from shadow » (Erato)

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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