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Musica 2017, jour 3  : Une Passion selon Sade élégante et dépassionnée

Musica 2017, jour 3 : Une Passion selon Sade élégante et dépassionnée

23 septembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

C’est toujours sous un grand soleil que ce samedi de Festival Musica s’est déroulé avec comme programme matinal, un concert de créations d’étudiants de la classe de composition de Daniel D’Adamo et d’interprètes du conservatoire de Strasbourg. Le public a pu entendre des œuvres de Clara Olivares, Daphné Hejebri, Loïc Le Roux et Etienne Haan.

A 16h, au Conservatoire, Leo Warynski à la baguette et Antoine Gindt à la mise en scène élégante faisaient revivre une œuvre qui en son temps a senti le souffre : La Passion selon Sade de Sylvano Bussotti qui avait marqué les esprits au Festival de Palerme en 1965. Créée à Nïmes, cette nouvelle production commence par un discours politiques, le fameux « Français encore un effort » de la Philosophie dans le Boudoir, se poursuit par la Sonata Erotica d’Erwin Schulhoff (1919) et se termine par une Juliette/ Justine rechaussée en Louboutin qui fredonne à peine soutenue par une basse, le « Blute nur » de la Passion selon Saint Matthieu de Bach. Entre les deux l’orchestre est caché de manière chic derrière un rideau de velours vert profond. Le marquis (le comédien Eric Houzelot) est habillé de soie quand il n’est pas nu et/ou en laisse de cuir, et seule voix à peine humaine, la sculpturale et sublime soprano Raquel Camarinha (qu’on avait entendue en ouverture en Marie dans la Passion selon Marc et qui fait la transition entre ces deux Passions à Musica) joue et Juliette et Justine en jouant de ses belles jambes, en soutien-gorge et robe rouge. Ses gémissements et ses trilles répondent de manière aigu à un orchestre grave, porté sur les cordes, dans une mise en son lente, lancinante mais jamais langoureuse des emboîtements sadiens. Les jeux de dominations sont là, mais il manque un peu la machine dans ce Sade des années authentiques où le marquis a été redécouvert. On reste un peu sur sa faim, tout en étant heureux de voir ressuscité le son d’une époque qui semble presqu’aussi lointaine que celle du libertinage du 18e siècle.

Nous avons malheureusement dû quitter Strasbourg avant d’entendre Ring, le premier volet de la trilogie pour orchestre spacialisé que Philippe Manoury a composé à Köln. Cette dernière était donnée à 19h au Palais de la Musique et des Congrès, avec le Gürzenich-Orchester Köln, dirgé par François Xavier-Roth.

Après tant de créations et de sollicitations des oreilles et des neurones, nous étions bien tristes de quitter Strasbourg et le Festival Musica qui se poursuit jusqu’au 7 octobre. Pour découvrir tout le reste du programme, c’est ici.

visuel : SandyKorzekwa

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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