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Mozart, une journée particulière, le 12 Novembre 1797

Mozart, une journée particulière, le 12 Novembre 1797

29 juin 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

« Mozart, une journée particulière » est un spectacle de Laurence Equilbey et David Lescot, programmé à la Seine Musicale le 23, 24 et 25 Juin dans le cadre du Festival Mozart qui s’y déroule du 23 au 29 Juin 2022.

Une création multidisciplinaire

Le 12 Novembre 1791, l’hiver viennois est déjà là, avec la neige, les brumes mais pour Mozart, cela sera le dernier. « Une journée particulière » est une adaptation du livre d’ H.C. Robbins Landon, le grand musicologue américain. Grand spécialiste de Haydn et biographe de Mozart, ses livres sont passionnants, associant élégance de l’écriture et rigueur historique. L’adaptation de son livre est un travail conjoint de la cheffe d’orchestre Laurence Equilbey et du dramaturge, librettiste Daniel Escot. Ils ont collaboré avec les dessinateurs Sagar Fornies et Jordi Gasto .Le spectacle est aussi visuel : sur un rideau en tulle, une bande dessinée défile entre l’orchestre souvent masqué et l’avant scène. Les chanteurs d’opéra sont aussi comédiens. Laurence Equilbey dirige l’orchestre Insula qui n’apparait que par intermittence comme émergeant des brumes hivernales. Mozart est incarné par le pianiste et compositeur français Thomas Enhco.

Le chemin de croix de Mozart

Une corneille survole la ville de Vienne. Le spectateur est conduit dans l’appartement de Mozart. Il est tôt, Constance (interprétée par Antoinette Dennefeld) chante déjà. La journée pour Wolfgang s’annonce harassante, accablante. Il est sollicité de toute part, fragilisé auprès des puissants par son engagement franc maçon et poursuivi pour dettes. Il sort et arpente la ville d’un pas lent, méditant peut être sur la composition de son Requiem, marchant déjà vers son destin. Une marche rendue grave par la cantate de JS Bach « O lamm Gottes, unschuldig ». Puis il doit diriger la 92ème symphonie de Haydn puis « la sienne » la 39ème dont on entend des extraits. Mozart doit s’interrompre brutalement, pris d’un malaise. Il est courbé en deux par les céphalées et les vertiges. Il rentre chez lui pour composer, pour travailler le requiem : la neige se répand sur la ville tel un linceul, un oiseau noir apparaît à la fenêtre. Un fiacre emmène Mozart au théâtre de Vienne où triomphe La flûte Enchantée. Il arrive dans un palais : Mozart- Thomas Enhco joue le larghetto du 27ème concerto pour piano, le dernier concerto de Mozart. Un moment de pur bonheur pour l’auditeur. Ce deuxième mouvement est pour Olivier Messian «une lumière du soleil couchant», une musique éclairée par la Grâce. Le brouillard et la neige enveloppent l’orchestre comme une annonce de la proximité de la mort. Le compositeur termine la soirée dans le boudoir de mademoiselle de Destary pour un moment d’intimité musicale. Mozart présente le Lacrimosa de son Requiem à son admiratrice. Melle Destary (interprétée par Florie Valiquette) chante des extraits de Don Juan, son opéra préféré. Mais il est très tard, les malaises se sont répétés dans la journée, Mozart rentre chez lui faible, épuisé, tel un mort ambulant. Les flocons tombent plus drus, les corneilles sont plus nombreuses. Devant leur domicile Constance chante son amour. Mozart doit s’aliter et demande d’appeler son médecin. Il s’éteindra quelques semaines plus tard, le 5 Décembre 1791… à l’âge de 35 ans.

Vers une nouvelle forme de concert

« Mozart, une soirée particulière » est un spectacle original, et multidisciplinaire. La musique fait appel au théâtre, au dessin, à la bande dessinée même. Le récit est nourri, illuminé par la musique de Mozart, en particulier par les extraits du Requiem et du concerto N°27. Les dessins sont d’une grande qualité restituant la Vienne d’alors et une atmosphère un peu naïve mais émouvante. Et tout au long de la journée, le drame s’invite peu à peu dans la vie du compositeur. Avec cette création, Laurence Equilbey a renouvelé le concept du concert. Avec cette nouvelle approche elle voudrait conduire un public plus large vers les grandes œuvres du répertoire. Une démarche ambitieuse et réussie.

visuel (c) JMC

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Jean-Marie Chamouard

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