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Mort de Dutilleux, une page se tourne pour la musique française

Mort de Dutilleux, une page se tourne pour la musique française

23 mai 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

DutilleuxCe mercredi 22 mai 2013 s’est éteint Henri Dutilleux  à l’âge sage et vénérable de 97 ans. Un décès qui suscite une vive émotion chez l’ensemble des acteurs de la musique classique, compositeurs, musiciens, orchestres, musicologues, tous lui rendent hommage et s’accordent à dire qu’avec lui se clôt un immense chapitre de l’histoire de la musique française.

Henri Dutilleux marquera à jamais les esprits tant par sa musique que par la discrétion, la modestie, l’altruisme, l’indépendance et la passion qui le caractérisaient. Considéré de son vivant, comme le plus immense des compositeurs contemporains il fut le plus joué du XXème siècle. Digne héritier de Ravel et de Debussy qui ont sans nul doute forgé sa maîtrise de la couleur, et de l’harmonisation, il fut également influencé par Stravinsky et Bartok dont témoigne son adresse rythmique. Poétique et onirique, sa musique appelle l’imagination. L’orchestre était son terrain de jeu favori, en maîtrisant à la perfection chaque timbre, créant ainsi mille couleurs peignant de véritables tableaux de maître.

Tout comme Debussy, il obtint le prix de Rome à l’âge de 22 ans en 1938, l’histoire ne permis malheureusement pas au génie de séjourner très longtemps à la villa Médicis. Toutefois, 1948 le révélera à lui même autant que dans la communauté artistique avec la composition pour sa femme pianiste de sa Sonate pour piano. Celle-ci restera emblématique comme nombre de ses œuvres, tel  The Shadows of Time (1997), récompensée en 1999 par le Prix de Cannes et le Grand Prix de la presse musicale internationale,  Sur le même accord (2002), œuvre aérienne pour violon et orchestre composée pour la musicienne allemande Anne-Sophie Mutter créée à Londres en 2002.  De même, la Symphonie n° 2 Le Double, crée en 1959 nous laisse admiratifs, tant  le dialogue savant et l’éclat instrumentale invraisemblable qui en ressort suscitent sublimes rêveries. Les métaboles retiennent également particulièrement l’attention, de même le Concerto pour violon ou L’Arbre des Songes (1985) composé pour Isaac Stern, et surtout Tout un monde lointain… (1970) œuvre inspirée de poèmes de Baudelaire et créée par Rostropovitch. Une œuvre devenue d’ailleurs un incontournable du répertoire pour violoncelle, présente à de nombreux concours, de même le reste de son répertoire pour musique de chambre tel  Ainsi la nuit, unique quatuor du compositeur,  Les citations, ainsi que sa Sonate pour hautbois. Inspirées également par la musique vocale, il écrit Correspondances (2003) puis sa dernière œuvre pour Renée Fleming Le Temps L’Horloge, créée dans sa version définitive à Paris en 2009. Toujours en activité, son dernier enregistrement, Correspondances, dirigé par Esa Pekka Salonnen, était sorti en Janvier dernier.

 

En 2005, à l’âge de 89 ans, il est le troisième compositeur français après Berlioz et Messiaen, à recevoir le Prix Ernst von Siemens, considéré comme le Nobel de la musique. Si les œuvres précédemment citées marquèrent particulièrement les consciences, nous ne pouvons écarter aucune de ses créations, tant l’on ne trouve de reproche à faire à  l’ensemble de son portefeuille musical, et pour cause, le compositeur très exigent avec lui-même aimait à prendre le temps de la  création, produisant ainsi un ensemble de chefs-d’œuvre reconnus par tous. S’il ne fut particulièrement attiré par le dodécaphonisme ou la musique atonale, il montrait néanmoins curiosité insatiable et largesse d’esprit envers la composition contemporaine et les jeunes compositeurs désireux d’obtenir appuis et conseils, considérant que le sectarisme engendrait l’appauvrissement. Henri Dutilleux, l’un des très rares compositeurs à être entré dans le répertoire et reconnu de son vivant, laisse derrière lui une oeuvre déjà culte et incontournable, de véritables bijoux marqués par la poésie, l’impressionnisme, et l’exaltation. Avec lui,  se tourne véritablement  une page de la  musique dite classique.

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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