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Molto pianos à Rungis : une ouverture festive malgré tout

Molto pianos à Rungis : une ouverture festive malgré tout

03 octobre 2020 | PAR Gilles Charlassier

Redimensionné en raison de la crise sanitaire, la première édition du festival Piano-piano, consacré au quatre-mains, à deux pianos, initié par Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle à Rungis s’ouvre sur un concert festif mettant à l’honneur Mozart, avec l’Orchestre national d’Ile-de-France, placé sous la direction de Lucie Legay.

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Dans le paysage musical de la région parisienne, la capitale irradie d’un éclat qui laisse souvent dans l’ombre les programmations extra-muros. Pourtant, au-delà du périphérique et de ses abords immédiats où l’intelligentsia daigne parfois s’aventurer, le tissu culturel de la «  banlieue » ne saurait être méprisé. C’est dans cette optique que les pianistes Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle, partenaires sur scène comme à la ville, ont choisi de renouveler les clichés et investir leur ville de Rungis en initiant un nouveau rendez-vous dédié à leur instrument, et plus particulièrement à un vaste répertoire qui n’avait pas encore en France de festival qui lui soit entièrement dédié, le quatre-mains à deux pianos. Si cette première édition de Piano-piano a dû être adaptée aux actuelles contraintes sanitaires, le projet, qui inclut également un concours, s’associe avec la Cité de la gastronomie, actuellement en cours de construction, qui tirera parti d’un nom connu pour son marché alimentaire de gros, jusqu’au-delà des frontières hexagonales.

Le concert inaugural de ce 1er octobre est placé sous le signe de Mozart. C’est d’ailleurs avec un opus de l’enfant de Salzbourg que s’ouvre cette soirée au Théâtre de Rungis, le Concerto pour deux pianos et orchestre en mi bémol majeur K365. Dès l’Allegro respire une vitalité enjouée qui n’oublie pas, à l’occasion, une modulation de mélancolie voilée que les claviers relaient avec tact. La pudeur affleure dans un Andante discrètement ponctuée par l’orchestre, quand le Rondo restitue avec fluidité l’énergie attendue. Emmené par Lucie Leguay, l’Orchestre national d’Île-de-France prolonge, par-delà les limites de la balance acoustique, cet allant dans la Symphonie n°38 en ré majeur K504, connue sous son surnom « Prague », dans une lecture qui vaut d’abord par le retour du concert comme spectacle vivant.

Après l’entracte et le bref triptyque, Deux marches et un intermède de Poulenc, l’ombre de Mozart plane, parmi nombre d’autres avec lesquels le compositeur français s’est amusé, dans le Concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur. La complicité entre les deux solistes, que l’on devine dans l’opus mozartien, se confirme dans cette facétie aussi pastiche qu’inimitable, où elle se révèle incontournable. Si l’alchimie, qu’accompagnent, sans se départir d’une modestie de bon aloi, les pupitres orchestraux, s’affirme dans l’Allegro ma non troppo augural, elle se révèle avec une indéniable évidente dans un Larghetto qui condense toute l’ambivalence de Poulenc. La virtuosité ébouriffante que l’on retrouve dans le Finale ne sacrifie jamais la palette de couleurs et d’inflexions, ni la subtilité du sentiment. Un beau feu d’artifice pour refermer une soirée qui vient rappeler que la musique vit aussi en «banlieue ». Rungis n’est pas qu’un marché, c’est aussi un conservatoire, et désormais, un festival et concours consacré au quatre mains à deux pianos.

Festival Piano-piano, Théâtre de Rungis, concert du 1er octobre 2020

©Festival Piano Piano

 

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