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Messe en si mineur de Bach à la Philharmonie : sublime à se damner

Messe en si mineur de Bach à la Philharmonie : sublime à se damner

29 mars 2016 | PAR Géraldine Bretault

Parmi les orchestres résidents à la Philharmonie, outre l’Orchestre de Paris et l’Ensemble intercontemporain, on trouve Les Arts Florissants, fondés et dirigés depuis 1979 par l’illustre chef baroqueux William Christie. A l’occasion du week-end de Pâques, l’ensemble interprétait La Messe en si mineur de Bach dans la grande salle de la Philharmonie.

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Sans doute conscient de son apport à la musique de son temps, Bach livre à la fin de sa vie la somme de ses recherches en plusieurs domaines : le contrepoint (L’Offrande musicale), Les Variations canoniques pour orgue, L’Art de la fugue. La Messe en si mineur achève de donner sa vision d’une messe idéale, qu’il n’aura jamais entendue en entier de son vivant. Elle aurait été créée pour la première fois en 1859, en Allemagne. Plus qu’une messe, c’est un sommet du genre, que concocte le grand compositeur allemand, usant avec brio de la « parodie ». Ce procédé relativement courant chez lui consiste à réécrire certains segments d’œuvres antérieures pour les greffer à sa composition. Plusieurs cantates sont ainsi reprises dans cette messe.

Profondément luthérien, Bach écrit cependant une messe qui se veut œcuménique, et dont le découpage est conforme au rite catholique romain. Un banc de surtitrage était en place ce soir sous la Canopy, et permettait de se repérer parmi les parties composant le Kyrie, le Credo puis le Gloria. Sur scène, un clavecin dos au public, dont William Christie jouait lui-même, et face à lui, la très expressive Marie Van Rhijn à l’orgue, pour la basse continue. Un double chœur masculin et féminin entourait l’orchestre.

Quant ont résonné les premières mesures du Kyrie, un voile de majesté s’est abattu sur l’audience, embarquée dans une œuvre qui se traverse comme un voyage céleste, depuis la Passion du Christ jusqu’à la Résurrection rédemptrice. Plus qu’une messe, l’œuvre-somme de Bach réveille les aspirations au sacré du commun des mortels.

D’une élégance enjouée, en queue de pie dont le sérieux est allégé par de flamboyantes guêtres rouges, William Christie mène sa partition sans temps mort, mettant en valeur tous les musiciens à leur tour. Dans le Laudamus te, la soprano Katherine Watson répondait avec une absolue douceur au chant du violon, tandis que le contre-ténor Tim Mead s’est illustré dans le Gloria. La performance des hautbois d’amour a également été plébiscitée.

Parfaitement équilibrée, la Messe en si mineur de près de 2 heures aura réussi une union céleste éphémère parmi le public éclectique de la Philharmonie.

 

Visuels : © Montage final groupe à la Philharmonie
William Christie, 2014 © Jean-Baptiste Millot
Ensemble © Denis Rouvre

 

 

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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