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Maurice Xiberras, directeur de l’Opéra de Marseille, nous parle pédagogie et nouvelle saison

Maurice Xiberras, directeur de l’Opéra de Marseille, nous parle pédagogie et nouvelle saison

14 septembre 2018 | PAR Antonin Gratien

Après avoir été directeur artistique de l’Opéra de Marseille, Maurice Xiberras a été promu au poste de Directeur Général de l’établissement en février 2013. Depuis, il poursuit de multiples projets entre respect des traditions et quête des nouveaux publics. Voici notre entretien.

Pour cette nouvelle saison 2018-2019, l’Opéra de Marseille revient avec deux nouvelles productions, Les Noces de Figaro de Mozart et Turandot de Puccini. Pourquoi avoir choisi ces deux œuvres pour la création de nouvelles productions?

Comme souvent, il s’agit d’un choix dicté à la fois par des aspirations artistiques, et des impératifs économiques. Pour des raisons financières, il ne nous est évidemment pas permis de créer sans cesse de nouvelles productions car chaque performance suppose un travail de mise en scène et de décor qui lui est propre. Notre choix s’est naturellement porté sur Les Noces de Figaro et Turandot car ces spectacles pourront faire partie d’un « répertoire », c’est-à-dire qu’ils seront appelés à revenir dans d’autres saisons au cours des années prochaines.

Avez-vous une ligne directrice pour cette saison 2018-2019 ?

Pas à proprement parlé. Notre réflexion se porte surtout sur la recherche d’un équilibre spécifique à notre établissement. Chaque saison est réfléchie en fonction du public, de nos moyens, et de la tradition de notre opéra. À cela j’ajoute qu’il nous tient particulièrement à cœur de proposer de manière systématique des oeuvres nouvelles. Cette année par exemple, il s’agira de Candide et La Donna del Lago.

L’Opéra de Marseille exerce depuis 2015 un partenariat avec l’Odéon. Cette année va être présenté « La Raison d’Aymé » d’Isabelle Mergault et Jean-Pierre Masson. Comment cette oeuvre grand public va-t-elle s’adapter à la scène de l’Opéra de Marseille ? Est-ce que ce sera l’occasion d’une mise en scène nouvelle?

Pas vraiment ! En l’occurence avec La Raison d’Aymé la problématique est d’orde logistique pour l’Odéon. L’Opéra de Marseille est tout simplement préférable pour accueillir cette pièce car nous disposons de plus de moyens techniques, et d’un plus grand nombre de places disponibles. On sait déjà que cette pièce s’annonce comme un franc succès, notamment grâce à la présence de Gérard Jugnot et Isabelle Mergault, il fallait donc une institution en capacité de répondre à cette demande.

La saison symphonique est cette année guidée par une thématique de la commémoration (centenaire de l’armistice de 1918, attaque d’Hiroshima). Pourquoi avoir fait ce choix? 

De manière générale nous organisons régulièrement des spectacles spécifiques pour commémorer un certains nombre d’évènements historiques, qu’il s’agisse d’anniversaires de musiciens, ou bien dans ce cas-ci de la fin d’une guerre. J’ai donc soumis le choix de la référence au centenaire de l’armistice 1918 à notre directeur musical, un peu à la manière d’un fil conducteur qui animera l’ensemble de la saison. Tout cela grâce à une programmation qui touche, de près ou de loin, à cette période de l’Histoire.

L’opéra étant un genre culturel que l’on sait socialement très marqué, l’Opéra de Marseille a fait le choix de mettre en oeuvre des programmes visant à attirer un plus large public. Pouvez-nous nous parler de ce travail de démocratisation culturelle ? 

Il y a tout un travail pédagogique qui existe, notamment à travers le dispositif « A Marseille, l’Opéra, c’est la classe ! « . L’ensemble de nos équipes – chargés de décors, orchestre, choeur, techniciens… – font régulièrement des interventions dans des institutions éducatives variées. Il s’agit là d’offrir des témoignages d’expériences. Mais l’Opéra de Marseille organise également, conjointement avec les établissements, des sorties de classe pour assister aux répétitions, rencontrer les artistes, présenter les métiers et forces vives de notre maison.

Parallèlement, il nous arrive de mettre en place des concerts spécifiquement dédié au jeune public. Nous avons d’ailleurs eu le plaisir d’observer que ces manifestations rencontrent un très franc succès, à tel point que nous sommes obligés de limiter nos places.

Enfin, chaque début d’année des collèges peuvent s’inscrire pour « A Marseille, l’Opéra, c’est la classe !  » pour que certains élèves organisent à l’aide de médiateurs une réécriture chorégraphiée et chantée d’un des titres de la saison. L’important ici, c’est que ce projet aboutisse fin juin à une authentique représentation sur les planches de l’Opéra de Marseille. Je crois qu’ici on touche au cœur même de notre démarche : éduquer, former, et ouvrir au maximum l’accès à l’opéra en général.

Désireriez-vous élargir ce mécanisme ?

Bien sûr. Beaucoup des enfants avec qui nous sommes en contact se sentaient tout d’abord absolument exclus de l’opéra, et c’est bien dommage. C’est un problème qui nous touche pour de multiples raisons et en ce sens notre mission est, à terme, de pousser au maximum ce genre d’opérations pour tenter d’y pallier. Mais là encore, il existe tout un panel de contraintes particulièrement restrictives : agendas, déplacements, économies, nombre de médiateurs…

J’aimerai insister sur le fait qu’aujourd’hui nul n’est besoin d’être en smoking ou CSP+ pour assister à des représentations. D’ailleurs l’Opéra de Marseille – sans doute en partie parce qu’il est l’un des moins chers de France – parvient très bien à organiser un véritable melting point des profils sociaux de la ville. Là-bas les artisans de quartiers peuvent tout à fait côtoyer les cadres supérieurs, et toujours dans la bonne humeur ! De notre point vue, c’est une vraie réussite.

Nous avons beaucoup parlé des enfants, passons au cas des jeunes adultes. Fortissimo, le nouveau programme de l’Opéra de Marseille dédié aux 18-28 ans, va donner lieu à l’organisation d’une grande soirée musicale pour les moins de 28 ans. Comment comptez-vous attirer ce public souvent peu accoutumé au genre opératique ?

Ce n’est pas du tout la même approche, évidemment. Autrefois on offrait gratuitement des places sur les campus universitaires. Mais on s’est rapidement rendu compte que l’aspect « permissif » de la chose n’était pas efficace sur le long terme, le but étant d’impulser de nouvelles habitudes culturelles qui sont, de fait, payantes ! Notre choix s’est donc orienté vers une politique tarifaire réduite. Une dizaine d’euro pour être précis, soit un prix à peu près équivalent à des places de cinéma, et souvent moins chers qu’un concert en salle. On espère vraiment que cette offre participera à la création d’un nouveau public.

Pour plus d’information consultez le site http://opera.marseille.fr/

tel : 04 91 55 11 10 ou 04 91 55 20 43

Visuels : ©Maurice Xiberras / Opéra de Marseille

(Article partenaire)

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