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Luxueuse intégrale des symphonies de Beethoven par le Philharmonique de Vienne (1)

Luxueuse intégrale des symphonies de Beethoven par le Philharmonique de Vienne (1)

27 février 2020 | PAR Gilles Charlassier

L’un des événements les plus attendus de cette année Beethoven à Paris, la tournée du Philharmonique de Vienne passe par le Théâtre des Champs Elysées avec l’intégrale des symphonies sous la baguette d’Andris Nelsons. Suivant l’ordre chronologique, la soirée inaugurale fait résonner les trois premières, dans une lecture en équilibre entre tradition et fraîcheur dynamique.

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Si les liens entre Beethoven et le Philharmonique de Vienne remontent jusqu’aux origines de l’orchestre, en 1842, ceux que le légendaire orchestre a tissés avec le Théâtre des Champs Elysées font désormais parti du paysage musical parisien – entre autres depuis le mandat de Dominique Meyer avenue Montaigne. Quatrième intégrale des Symphonies du compositeur allemand donné par la phalange autrichienne en France – après Carl Schuricht, Claudio Abbado et Christian Thielemann – celui d’Andris Nelsons est placé sous le signe des affinités électives avec les musiciens viennois, qui l’avaient choisi cette année pour le concert du Nouvel An au Musikverein, retransmis en Eurovision, et avec lequel ils ont gravé le corpus cet automne chez Deutsche Grammophon. Un disque et une séance d’autographes après un concert n’est jamais néfaste pour le remplissage d’une salle, et réciproquement, même si les grands noms réunis à l’affiche y suffiraient déjà.

Respectant l’ordre chronologique des opus, le cycle s’ouvre avec les trois premières symphonies, pour ce qui sera la plus longue soirée des quatre. La Première, en ut majeur opus 21 donne le ton d’une conception qui resitue la tradition à l’aune des habitudes d’écoute plus contemporaines conditionnées par les propositions sur instruments d’époque défendues par les « baroqueux ». L’héritage de Haydn se reconnaît dans l’élan de Allegro initial à partir d’une introduction Adagio, autant que dans un Andante cantabile légèrement guindé, où le soupçon d’humour reste dissimulé derrière un sérieux un peu placide. Cela permet du moins un contraste saisissant avec un Menuetto lancé à une allure impétueuse, avant un finale étourdissant qui n’oublie pas la délicatesse de contre-chants déliant des transitions moussues.

La sensibilité aux couleurs des pupitres se retrouve dans la Deuxième, en ré majeur opus 36. Egalement précédé d’une introduction Adagio, le premier mouvement, Allegro con brio, déploie une pâte vivante, où respirent les sonorités vivaces que l’on identifie au Philharmonique de Vienne, à l’exemple de la relative rusticité des cors, d’une harmonie qui rehausse le galbe dynamique de l’ensemble, sans confisquer l’attention, ou, évidemment, le frémissement lumineux des cordes. Conduit avec la caresse de la main plutôt que la vigueur de la baguette, le Larghetto se distingue par l’ondoiement chantant des nuances de la ligne mélodique, façonnée avec une belle sensibilité dans les mezza voce et les piani. L’impulsion du Scherzo n’hésite pas à hâter un peu certains phrasés quand le finale chatoie d’une irrésistible énergie jusque dans le resserrement du contrepoint.

Après l’entracte, la Troisième, en mi bémol majeur opus 55, dite « Sinfonia Eroica », renoue avec une puissance plus traditionnelle. La plénitude sonore de l’Allegro con brio se retrouve dans le début de la Marche funèbre, d’une intensité saisissante, avant de s’évanouir à la fin dans un voile de mélancolie quasi schubertienne, où le chef letton fait murmurer avec finesse les pupitres. La vitalité efficace plus qu’inspirée du Scherzo cède à un finale coruscant, préparant un triomphe un rien monolithique.

Intégrale des Symphonies de Beethoven, Orchestre Philharmonique de Vienne, Théâtre des Champs Elysées, concert du 25 février 2020

Visuel : Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0)

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