Classique

L’Orchestre national de Lille à l’heure de la harpe et du Baroque

L’Orchestre national de Lille à l’heure de la harpe et du Baroque

28 octobre 2018 | PAR Gilles Charlassier

Après une ouverture sous le signe de la modernité, l’Orchestre national de Lille se tourne vers un répertoire baroque et classique parfois laissé aux ensembles spécialisés. Sous la baguette de Jan Willem de Vriend, Xavier de Maistre fait montre de sa musicalité délicate dans le Concerto pour harpe de Boieldieu.

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Depuis que les « Baroqueux » ont renouvelé notre écoute du répertoire d’avant Mozart, les orchestres symphoniques n’osent plus investir ce que d’aucuns voient comme la chasse gardée des ensembles spécialisés. On ne saurait donc que saluer le programme dirigé par Jan Willem de Vriend, premier chef invité à l’Orchestre national de Lille, mêlant Bach et Rameau à Mozart et Boieldieu, confirmant ainsi l’ambitus de la palette de la phalange française. La Suite n°3 en ré majeur BWV 1068 de Bach qui ouvre la soirée offre la démonstration que les barrières de répertoire peuvent être levées. L’éclat moelleux des trompettes de l‘Ouverture ne trahit aucunement une partition qui résonne avec un dynamisme intact, sans épaisseur hors style. Le fameux Air déploie un baume mélodique idiomatique, quand la suite de danses, Gavotte, Bourrée et Gigue, équilibrent rhétorique et sentiment, avec une énergie lumineuse et communicative.
Relativement méconnu, le Concerto pour harpe et orchestre en ut majeur de Boieldieu donne une tribune à la sensibilité et la subtilité de l’art de Xavier de Maistre. Les modulations de l’Allegro brillante initial se développent au gré du toucher soyeux du soliste, qui s’affirme dans sa singularité, plus selon le mode du partenariat que de la rivalité concertante. Cette fluidité se confirme dans un Andante inspiré, cantilène délicate qui dévoile une suprême musicalité, élégante sans jamais verser dans la mièvrerie. Le lyrisme de cette page s’enchaîne ensuite à un finale étourdissant de virtuosité, sans céder pour autant à la gratuité. Cet instinct de la justesse expressive se retrouve dans le bis que le harpiste français réserve à son public avant de s’enfuir par le dernier pour Paris : un extrait des Variations pour harpe sur le Carnaval de Venise de Félix Godefroid, à partir de l’opéra homonyme de Campra.
Après l’entracte, on passe au Baroque français, avec la Suite tirée du dernier opéra de Rameau, Les Boréades – que le compositeur n’a jamais pu voir de son vivant, étant mort au moment des répétitions, compromettant la création, remise à une date très posthume… en 1982, au festival d’Aix-en-Provence, sous la direction de John Eliot Gardiner. Alchimiste des timbres et des couleurs, qu’il associe de manière originale et novatrice, Rameau, et notre oreille façonnée par des décennies de quête de « l’authentique », exigent une vitalité et une fraîcheur dans l’intonation que les instruments modernes ne facilitent pas toujours. Les cors rustiques de l’Ouverture apprivoisent parfois leurs notes. Si l’Entracte, suite des vents, alias la Tempête dans l’opéra, ne démérite pas, les numéros plus alertes qui sollicitent l’harmonie – Contredanse en Rondeau, Gavottes et Airs très gay – siéent mieux aux musiciens lillois. On mentionnera encore la Machinerie, prélude du cinquième acte à la décantation quasi wébernienne qui illustre la paresse des vents que Borée ne parvient pas à réveiller. Rameau constitue un excellent exercice pour des pupitres non spécialisés, qui ne saurait certes faire oublier des interprétations plus familières de ce répertoire. La soirée se referme sur la Symphonie n°35 en ré majeur de Mozart, dite «Haffner», enlevée et maîtrisée, dans laquelle le chef néerlandais fait entendre habilement la leçon de Haydn au travers du génie de l’enfant prodige de Salzbourg.

Orchestre national de Lille, Xavier de Maistre, direction : Jan Willem de Vriend, concert du 25 octobre 2018
© Ugo Ponte, ONL : leurope-des-lumieres-_-ugo-ponte-onl-_-orchestre-national-de-lille-site-officiel-_-flickr

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Gilles Charlassier

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