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[Live Report] Bal Viennois à Limoges avec Chiara Skerath : un rayon de soleil indispensable

[Live Report] Bal Viennois à Limoges avec Chiara Skerath : un rayon de soleil indispensable

04 décembre 2015 | PAR Elodie Martinez

Mardi 1er décembre, l’Opéra de Limoges donnait dans ses murs un « Bal Viennois » sous la direction de Robert Tuohy à la tête de l’Orchestre de Limoges et du Limousin. A leur côté, la soprano Chiara Skerath qui revient après un bref arrêt qu’avait fortement laissé présager le ventre arrondi très présent lorsque nous l’avions vu dans Alceste. Une soirée formidable, tout simplement !

[rating=6]

La soirée début par l’Ouverture des Joyeuses Commères de Windsor d’Otto Nicolai. Un début lent qui finit en force, idéal pour nous plonger petit à petit mais en un extrait seulement dans l’univers de la soirée. L’Orchestre de Limoges et du Limousin fait entendre dès cette ouverture une grande maîtrise de leur art, un bel ensemble et une osmose étonnante. Le concert nous conforte finalement dans l’étonnement de ne pas entendre parler davantage de cet orchestre qui mérite toute notre attention. La direction de Robert Tuohy n’est certainement pas étrangère à la réussite musicale de la soirée : son dynamisme, traduit par ses grands mouvements et ses bons qui nous font comprendre, même à nous public, où il souhaite emmener ses musiciens. Dans une bonne direction d’après ce que nous entendons !

Suit Wohl denn, gefasst ist Entschluss et l’apparition de Chiara Skerath, affichant un grand sourire, de ces sourires communicatifs. Indéniablement, la personnalité lumineuse de la soprano est un atout pour tout concert qui se veut festif, comme ce soir. Un véritable soleil à elle seule.

Côté voix, on peut s’interroger sur une éventuelle et très légère modification de cette dernière suite à sa grossesse. Nous avons tendu l’oreille, mais impossible de nous prononcer sur ce point. La seule chose certaine est que, si évolution il y a, elle n’est en rien négative ! Ce timbre si unique est toujours bien présent, pour notre plus grand bonheur. Il y a vraiment quelque chose de particulier dans cette voix très « terrestre » pour une soprano, ce qui ne l’empêche pas de prendre son envol pour des notes plus aériennes lorsqu’elle le souhaite ou bien que cela est nécessaire. Il est d’ailleurs difficile de décrire ce timbre… le mieux est encore de l’entendre par soi-même !

La soirée se poursuit en alternant globalement œuvres instrumentales et chantées. Nous écoutons donc ensuite la Polka des paysans de Johann Strauss fils durant laquelle les musiciens n’ayant pas la bouche obstruée par quelque instrument (hautbois, flûte, etc…) chantent en rythme quelques « la la la ». L’un des violonistes chantera seul les derniers pour clore ce beau moment.

Retour au chant avec « Vilja Lied » de La Veuve joyeuse de Franz Lehar. Bien que très connu, on ne se lasse pas de l’écouter, surtout lorsqu’il est si magnifiquement interprété. Notons au passage les entrées et sorties de la soprano, très rapides, presque pressées ; on ne perd pas de temps à se gargariser d’applaudissements pendant le spectacle, pas de chichi ici, le rythme de la soirée est celui d’un bal presque « entre amis », pas d’un gala ronflant.

Petit second passage par Johann Strauss fils ensuite avec Les Milles et une nuits et « Draussen in Sievering » extrait de La Danseuse Fanny Elsser. Si Chiara Skerath interprète pleinement les airs depuis le début du spectacle, l’intensité de son jeu -malheureusement souvent absent lors des (versions de) concerts ou récitals- est ici frappant. Fidèle à l’actrice qu’elle est aussi (que cela soit dans les opéras ou bien dans une comédie musicale comme à Avignon), elle joue réellement ce qu’elle chante.

Bien que le programme annonce qu’il n’y aura pas d’entracte, celui-ci a bien lieu après Le Voyage dans la Lune d’Offenbach (durant lequel l’Introduction, « Les hirondelles bleues », la Polka et le « Galop final » sont entièrement filés) et « L’amour ne connaît pas de loi » extrait des Trois Valses d’Oscar Straus.

Comment ne pas penser ensuite à La Chauve-Souris donnée à l’Opéra Comique à la même période l’an passé et dans laquelle Chiara Skerath avait triomphé en Rosalinde lorsque l’on voit les 5 prochains extraits de Johann Strauss fils dont la fameuse Czardas de la dite opérette. Que cela soit en français comme en décembre 2014 ou en allemand comme ce soir, la soprano excelle et marque cet air de sa voix, réussissant l’exercice haut la main après une Ouverture du Baron Tzigane superbement festive jouée par l’orchestre. Nous retrouvons également Sous le tonnerre et les éclairs qui avait été joué dans la mise en scène d’Ivan Alexandre. Souvenirs, souvenirs…

C’est finalement « Mein Lippen, sie Küssen so heiss » de Giuditta de Lehar qui clôt la soirée. Mais quelle clôture ! Tout un jeu est mis en place par la soprano qui s’assied sur les marches menant à la scène pour y enlever ses chaussures, danse pieds nus sur scène, reçoit un bouquet de roses qu’elle distribue au chef puis à des spectateurs en descendant dans la salle,…. L’acte est si naturel que tout un chacun y trouve un réel amusement et un tout aussi réel plaisir. Il faut avouer que la sympathie de Chiara Skerath lui permet ce genre de fantaisie très plaisante sans offusquer d’éventuels réfractaires attachés à un opéra très conservateur.

« Je n’ai plus de chaussure, mais on a quand même un bis » nous rassure la chanteuse après une première salve d’applaudissements. Le seul reproche que l’on puisse finalement faire est une présence un peu trop marquée d’une flûte dans certains aigües ponctuels, mais surtout, le gros reproche ait qu’il y ait une fin à cette magnifique soirée ! Quel dommage qu’une seule autre date soit prévue à Guéret (Salle André Lejeune) samedi 5 décembre. Si l’Opéra Comique n’était pas fermé, il serait un superbe écrin pour ce petit bijou. Croyez-nous : Guéret vaudra le détour samedi!

© VDL L Lagarde2 pour la photo de l’orchestre

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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