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[Live Report]Patricia Petibon à l’Opéra de Lyon : un récital savamment clownesque

[Live Report]Patricia Petibon à l’Opéra de Lyon : un récital savamment clownesque

04 décembre 2016 | PAR Elodie Martinez

Dimanche dernier la soprano Patricia Petibon était à l’Opéra de Lyon accompagnée par Susan Manoff pour l’unique récital lyrique de la saison. Elles reprenaient ici « La belle Excentrique », spectacle que nous avions déjà eu la chance de voir il y a deux ans. Contrairement à 2014, les deux femmes n’étaient pas accompagnées par une bande d’amis et ont su renouveler le spectacle dans l’esprit excentrique propre à la soprano française.

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Pour débuter cette soirée dans laquelle pas moins d’une trentaine d’extraits et airs, les deux compères nous font entendre A Chloris de Reynaldo Hahn, instant fragile et plein de tension en ce sens que la voix semble se poser délicatement sur le fil de la fragilité. L’accompagnement tout aussi délicat de Susan Manoff se poursuit pour Pholoé qui suit avant que l’ont ne change de ton avec Quand je fus pris au pavillon qui laisse voir une Patricia Petibon sautillante. Nous replongeons ensuite dans une atmosphère plus calme avec Désespoir agréable d’Erik Satie, Spleen de Fauré, Pêcheur de Lune de Rosenthal où Patricia Petibon s’arme de son calepin et d’une clochette ou encore Les Berceaux de Fauré qui nous bercent avec une beauté nocturne. Le Je te veux de Satie permet aux artistes de jouer avec le public : la soprano part, entraînant un haussement d’épaules de Susan Manoff qui continue à jouer… jusqu’à ce que cela soit le tour de Patricia Petibon qui, ne revenant pas, oblige la pianiste à l’appeler à l’aide d’une sonnette. La cantatrice lance même un coussin dans le public et le prend à part. L’ambiance reste la même pour Fido, Fido de Rosenthal pour lequel elle aboie ou encore L’Eléphant du jardin des plantes durant lequel la pianiste porte une trompe. Nous aurons également droit à un lancer de pain et salade depuis derrière le piano lors du Pique-Nique de Satie.

L’excentricité de la soirée laisse place après l’entracte à une partie plus hispanisante avec A vida dos arreiros de Henri Collet qui est un très beau moment, puis El vito de Fernando Obradors qui permet d’entendre un peu de la projection et surtout de la puissance dont Patricia Petibon est capable. Il faut bien admettre que le bémol de la soirée est ici, dans la retenue de la cantatrice qui, à force de légèreté dans sa voix, a certainement un peu de mal à se faire entendre dès le deuxième balcon. Son La delaïssado de Canteloube reste toutefois un moment de grâce avant que l’on rebascule dans l’amusement en quittant l’Espagne au morceau suivant, Sur un vaisseau de Satie, dans lequel Susan Manoff porte de très large lunettes clownesque, des oreilles de chat (de même que Patricia Petibon qui arbore également un nez rouge, fait des bulles, etc…) Avant Daphénéo, les deux femmes mimeront une partie de balle en faisant le bruitage avec leurs bouches. Elles quittent ensuite la scène après l’extrait avant de revenir vêtues de tabliers, avec instruments et livre de cuisine pour enchaîner Plum Pudding, Queues de boeuf, Tavouk Gueunksis et Civet à toute vitesse (traduit sur scène par « rabbit à top speed ») de Bernstein.Ce passage « La Bonne Cuisine » est un véritable spectacle clownesque où la queue de boeuf est une corde, le tavouk une peluche en forme de poulet qui deviendra un poulet cuit en plastique une fois cuit dans le piano, etc etc… A la fin de chaque recette, Patricia Petibon lance le « repas » dans le public avec un « bon appétit! » enjoué.

Nous repartons ensuite côté Méditerranée avec le Prélude n°2 : Andante con moto e poco rubato  de Gershwin admirablement exécuté par Susan Manoff puis Granada d’Augustin Lara. Le public aura finalement droit à une petite berceuse « pour aller vous coucher » durant laquelle Patricia Petibon finira allongée sans chaussure, endormie.

Un récital savamment clownesque donc où l’excentricité de la soprano française s’est exprimé pour le plus grand plaisir du public. On regrette cependant la retenue vocale évoquée ainsi que les attentes un peu longues en coulisse, mais on est heureux de retrouver les deux artistes en séance de dédicaces à la sortie de ce récital.

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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