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[Live Report]Orchestre de Paris & Louis Langrée : Franz Schubert symphonie tragique et Messe en ut de Mozart

[Live Report]Orchestre de Paris & Louis Langrée : Franz Schubert symphonie tragique et Messe en ut de Mozart

13 décembre 2014 | PAR La Rédaction

A quoi tient l’affluence un soir de concert ? Quel motif pousse près de deux mille personnes à se ruer dans la rue du Faubourg Saint Honoré un soir de décembre ?

La première hypothèse qui vient est celle de l’adieu : la joie d’entendre pour la dernière fois « son » orchestre dans « sa » salle. En effet, la Salle Pleyel doit changer de destination et céder la place à la Philharmonie de Paris le 14 janvier prochain; Pleyel devrait accueillir d’autres formes de musique, alors que la Philharmonie proposera une offre renouvelée : reprise des programmations de Pleyel en semaine, innovation et ouverture aux publics éloignés de l’univers classique le samedi et le dimanche (démagogie ou idéalisme régénérant ?). Le concert de mercredi était en effet le dernier de l’orchestre de Paris dans sa salle : il sera l’orchestre résident de la Philharmonie.

La deuxième hypothèse est sans doute moins conjoncturelle : Mozart. Entendre la messe en ut. On critique souvent la frilosité des programmateurs, mais il faut reconnaître que le public n’est guère disposé à se laisser surprendre. Combien de concerts déserts ? Combien de programmes snobés ? Oui, on entend toujours la même chose. On admettra néanmoins que lorsque les scies sont de Bach ou de Mozart, l’uniformité rejoint la perfection.

Réglons une question d’entrée : le programme associait à la Grande messe à la Symphonie tragique de Schubert. Mais pourquoi ? La partition ne présente aucun intérêt : elle est décorative et sans sel. Certes, l’Allegro est plaisant, mais ne justifie pas à lui seul de (nous) imposer trente minutes de musique terne. L’orchestre retranscrit d’ailleurs parfaitement ce sentiment tant son jeu est peu engagé ; le public patiente. Le chef et ses musiciens savent d’évidence que l’important est en deuxième partie.

Arrivons donc à l’intérêt de ce concert : la Messe en ut de Mozart. Cette œuvre inachevée a été écrite en 1782 par Mozart à l’occasion de son mariage avec Constance. Il manque l’Agnus Dei, une partie du Credo et du Sanctus mais ce qui reste est néanmoins vertigineux et d’une unité parfaite.

Pour ceux qui n’idolâtrent pas Mozart, cette partition est néanmoins à part. Elle est la plus archaïsante des pages mozartiennes, et donc la plus proche de Bach ou Haendel. On entend des réminiscences des cantates ou du Messie, notamment dans la fugue du Sanctus.

Cette œuvre rappelle en outre qu’il n’est d’intérêt musical que spirituel. S’il est vrai que toute musique élève, les pages proprement religieuses possèdent un supplément d’âme, une force supérieure qui porte à l’absolu. C’est singulièrement le cas avec cette messe ; on se souvient de l’usage qu’en fit Bresson dans son « Condamné à mort s’est échappé » et de la mise en abîme christique permise par le Kyrie.

Et l’interprétation ? Autant l’orchestre avait des semelles de plomb dans Schubert, autant il est étincelant ici. Langrée (qui a gravé la Messe pour Erato il y a près de dix ans avec une formation de rêve : le Concert d’Astrée et en solistes Dessay, Gens, Lehtipuu et Pisaroni) est manifestement heureux de diriger. L’orchestre de Paris est porté par un chœur (dirigé par l’épatant Lionel Sow) de toute beauté, agile, sensible, frais. Les voix des solistes sont belles (on retiendra surtout le chant plein de finesse et de chaleur de la soprano Marita Solberg, qui excelle dans le « Et incarnatus est ») et n’en font pas trop.

On sort – pour la dernière fois – de Pleyel heureux. On marche vers Noël et la naissance de celui que Mozart, l’Orchestre de Paris, le Chœur de l’Orchestre de Paris et Louis Langrée ont, un soir de décembre 2014, admirablement servi.

Enregistré par Arte Live Concert, on peut entendre le concert pendant six mois sur cite de la musique live. 

Par Mathieu Orsi

visuels: Louis Langrée © Jennifer Taylor / orchestre de paris © DR

Infos pratiques

Hôtel Lépinat
Hôtel de Gallifet – Aix-en-Provence
BRION-Christine

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