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[Live Report] Un Lully à tomber à la Galerie des Glaces de Versailles

[Live Report] Un Lully à tomber à la Galerie des Glaces de Versailles

10 décembre 2015 | PAR Elodie Martinez

Toujours dans le cadre du Tricentenaire de la mort du Roy se tenait un Gala Lully dans la Galerie des Glaces du château de Versailles. Amusant de constater que cette dernière tient finalement toujours le même rôle : on y croise des personnes présentes pour y être vues et non pour écouter. Dommage, car ce soir nous avions la chance d’entendre un beau rassemblement : le Millenium Orchestra, Cappella Mediterranea, le Choeur de chambre de Namur ainsi que 5 solistes, le tout sous la baguette de Leonardo Garcia Alarcon pour des suites d’opéras et de grands motets de Lully. Après les Funérailles royales de Pygmalion et Raphaël Pichon, on peut dire que trois siècles plus tard, Versailles sait toujours faire les choses en grand!

Commençons par les choses qui fâchent entourant le concert : l’heure de début plus tardive que d’habitude, à savoir 21h, et le retard pris dès le début puis amplifié. Or, au lieu de finir à 23h comme prévu, les premiers applaudissements de clôture ont résonné vers 23h35. Ce qui est dommage est que cela impacte sur le plaisir de l’écoute lorsque, arrivée une certaine heure, on regarde autant sa montre que la scène et le programme, l’esprit tourné vers le dernier RER…

Si nous prenons la peine de le stipuler, c’est parce qu’un tel programme si bien servi mérite que l’on puisse s’y laisser plonger sans ce tracas bassement logistique. Si l’endroit ne se prête finalement pas beaucoup pour ce genre de concert (le pauvre chef se retrouvait en parti caché de ses musiciens derrière le lustre tandis que le théorbe heurtait parfois le dit lustre sans pour autant beaucoup bouger sur sa chaise), Leonardo Garci Alacon est parvenu à offrir un programme riche et intelligent autour du célèbre musicien du Roi, entre profane et sacré.

C’est d’ailleurs par un extrait d’Ercole Amante de Cavalli, rappelant les origines italiennes de Lully, tant dans sa nationalité que dans sa musique. Le trio « Una stilla di speme » est cependant interprété par un petit groupe de 7 chanteurs mêlant interprètes du Choeur et solistes. Notons que si l’on entend bien les trois interprètes à notre gauche, les quatre situés à droite (plus graves) ont plus de mal à être audibles. Est-ce un choix de direction?

Suit le truculent « Dialogue de la Musique italienne et françoise » extrait du Ballet royal de la Raillerie où les deux musiques se livrent bataille dans un superbe face-à-face aussi amusant qu’agréable à écouter, alternant bien sûr italien et français sous les traits de Caroline Weynants et de Judith Van Wanroij. Le changement de ton réveille et l’on aurait presque l’impression de revoir danser les artistes du siècle de Lully dans cette magnifique Galerie. Retour ensuite à un ton plus plaintif avec Psychée et sa « Plainte italienne » où les deux dessus ayant été rejointes par  João Fernandes et Mathias Vidal. Le lieu tout en longueur est très certainement un véritable casse-tête pour les interprètes qui doivent avoir les plus grandes difficultés du monde à parvenir à se faire entendre à l’autre bout de la Galerie, ce qui engendre parfois chez la haute-contre Mathias Vidal une projection excessive pour les premiers rangs… mais peut-être parfaite pour ceux du fond!

Revient alors le Ballet royal de la Raillerie avec sa « Bourrée en Double », toujours festif. La direction est assurée, rappelant les liens de Lully avec la musique italienne, malgré l’incarnation de la musique française qu’il est. Les liens entre les oeuvres se créent, comme entre le Dialogue de la Musique italienne et françoise » et la « Plainte italienne ». Côté soliste, c’est bien Mathias Vidal qui tient rôle de « héro » de la première partie avec une présence très marquée dans presque chacun des airs. « L’Air de Renaud », par exemple, clôt la première partie et laisse entendre une voix plus modulée ou plus exactement moins forte (et plus agréables, du moins pour les premiers rangs). C’est également cet extrait d’Armide qui permet d’entendre le Choeur de chambre de Namur en prélude à la seconde partie, même si les hommes étaient déjà présents sur scène pour les « Choeur des tremblants » d’Isis (joué après une formidable « Marche pour la cérémonie turque » du Bourgeois Gentilhomme).

Celle-ci est entièrement dédié à l’axe religieux de l’oeuvre du compositeur en débutant par le Dies Irae après un bref discours du chef qui explique, entre autre, que cette partie aurait très bien convenue au registre jouée habituellement dans la Chapelle royale. L’acoustique de la Galerie offrant un certaine résonance, les chants religieux y sonnent mieux que les profanes et au Dies Irae succède la pompe funèbre d’Alceste ainsi que le De profundis.

C’est également le moment d’entendre enfin le Choeur de Namur dont les 18 représentants offrent une très belle prestation ici avec un bel équilibre des voix et une très belle profondeur en parfait accord avec l’atmosphère de ces textes sacrés. L’émotion est à son comble, à tel point qu’à peine les dernière notes finissent-elles de résonner que l’une des choriste s’effondre. Un malaise qui serait dû « à l’émotion de la musique de Lully » selon l’Opéra Royal.

Autrement dit, le Gala de Lully de ce soir était tout simplement à tomber!

©Jean-Baptiste Millot (pour photos de Leonardo Garcia Alarcon)

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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