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[Live Report] Standing ovation pour Jaroussky au TCE

[Live Report] Standing ovation pour Jaroussky au TCE

25 septembre 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

Il est des voix exceptionnelles, uniques. Celle de Philippe Jarrousky comme celle de Farinelli dont il interprétait ce soir comme sur son dernier album le répertoire l’est indubitablement. Une voix pure, immaculée, l’innocence même, qui ce lundi soir au théâtre des Champs-Élysées emplit gracieusement la salle.

jaroussky (c) S FowlerAccompagné par un Venice Baroque Orchestra aux pupitres déséquilibrés et parfois bancals, le contre-ténor a su, malgré la difficulté des airs de Porpora, envoûter, faire régner magie, fascination, et délecter un public venu en masse pour applaudir l’artiste.

Consacré à la relation entre Farinelli et son professeur, Jaroussky donnait donc à entendre les airs de Nicola Porpora, reconnu pour son talent de mélodiste hors pair, ravivant et mettant au devant de la scène de ce fait, non pas un mais deux talents de l’époque baroque. De quoi mettre d’autant plus en valeur sa voix incomparable et singulière dont la justesse et l’éblouissante aisance captivait immanquablement.

Un programme difficile et éprouvant néanmoins, car fait sur mesure pour le chanteur à la voix d’ange et bête vocale surdouée qu’était Farinelli. Ainsi s’alternaient aria rapides construites sur de longues phrases où s’enchaînaient broderies, vocalises, sauts d’intervalles débridés et airs poignants fait de longues tenues nuancées. Aussi, l’on retiendra son souffle parfois, se demandant si l’artiste arrivera au bout de ses phrases sans encombre, qu’il s’agisse des mouvements les plus rapides où à contrario des plus lents. De même, l’on s’angoissera  de voir l’orchestre bien qu’à l’écoute, marcher sur des œufs à chaque cadence et autre envolée lyrique.

Du premier air, « Mira il cielo » extrait d’Ariana se dégage douce candeur, ravissement émerveillement et excitation quasi enfantine. La brillance vénitienne de l’orchestration rend la partition virtuose à l’image des grands concertos du maître Vivaldi, une dentelle dorée typique du baroque italien qui caractérisera l’ensemble des airs les plus véloces du programme. La maîtrise et la facilité dont fait preuve le musicien de même que son jeu captent d’emblée l’attention du spectateur  littéralement accroché à ses lèvres. L’air suivant quant à lui, « Si pietoso il tuo labbro » extrait de Seminaride riconosciuta ne manquera pas quant à lui d’émouvoir et de troubler plus que de raison. Une émotion qui arrivera à son apogée lors de la cadence finale, brillante, élégante, précautionneuse à souhait.

Plus généralement, on retiendra de sa prestation la grande justesse et la simplicité dont le musicien fait preuve dans ses interprétations, jamais surfaites, ni caricaturées. Malgré la hardiesse du répertoire l’artiste ne tombe pas dans le piège de la démonstration de force, ni même dans celui de l’exagération passionnelle et  larmoyante. Bien au contraire, Jaroussky dévoile un sens de la nuance savamment et certainement longuement réfléchi et maîtrisé. L’interprétation de « come nave in ria tempesta », fougueux et virtuose en fut une preuve, et « alto Giove » dont la sensibilité et délicatesse vous happe dès le premier vocable, débutant sur pianississimo qu’une nuance crescendo-decrescendo vient anoblir.

A noter l’ajout dans la programmation d’un intermède musical supplémentaire, Le concerto pour flûte sopranino interprété par Anna Fursec. Une drôle d’idée, mais non moins plaisante que celle de mettre à l’honneur un instrument si peu représenté, d’autant que ce fut ici avec beaucoup de brio. Anna Fursec sera chaleureusement applaudie et félicitée pour sa prestation. Jaroussky le sera tout autant et même bien plus à chacun de ses airs mais surtout en fin de concert. Il dispensera d’ailleurs trois bis et verra l’entièreté du théâtre lui adresser à l’issue de ceux-ci une standing ovation bien méritée. Une soirée splendide tout en finesse et délicatesse, tout en détente et intensité, faite de vibrations musicales autant qu’émotionnelles.

http://www.youtube.com/watch?v=fz8C-xYowV8#action=share

ndlr: Philippe Jaroussky donnera une nouvelle représentation mercredi 25 septembre. Information sur: http://www.theatrechampselysees.fr/

visuels: capture d’écran:  http://www.theatrechampselysees.fr/ (c)S.Fawler

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
theatre_des_champs-elysees

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