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[Live report] Semiramide au Théâtre des Champs-Elysées : « La revanche du Scythe »

[Live report] Semiramide au Théâtre des Champs-Elysées : « La revanche du Scythe »

27 novembre 2014 | PAR Elodie Martinez

Dimanche soir se tenait au Théâtre des Champs-Elysées, la troisième et ultime représentation de la coproduction avec l’Opéra de Lyon de Semiramide de Rossini. A sa baguette, un maître parmi les maîtres : Evelino Pido. Si certains trouvent sa direction « trop carrée et trop mécanique », force est de constater que la mécanique est bien huilée et imparable !

Cela fait maintenant plusieurs années que l’Opéra de Lyon et le Théâtre des Champs-Elysées s’allient pour une version de concert d’un opéra du bel canto dirigée par Evelino Pido en novembre : I Capuleti et i Montecchi de Bellini avec Anna Caterina Antonacci et Olga Peretyatko en 2011, I Puritani avec Olga Peretyatko et Dmitry Korchak en 2012, Norma avec John Osborn, Enrico Iori, Elena Mosuc, Michele Pertusi, Sonia Ganassi et Anna Pennisi en 2013. C’est donc sans grande surprise que l’on retrouvait à nouveau John Osborn, Michele Pertusis, Elena Mosuc et Anna Pennisi pour l’œuvre de cette année, non plus de Bellini mais de Rossini, Semiramide. A ce quatuor renouvelé se joignaient Ruxandra Donose (Arsace) et Patrick Bolleire (Oroe) pour nous faire partager Sémiramis (selon le programme de Lyon) ou Semiramide (selon la version du TCE), toujours droitement mené par le chef d’orchestre parfois malmené par un public parisien intenable, quelqu’un se permettant même un tonitruant « musica ! » entre deux scènes. Passons : nous ne venions pas voir le public, mais bien l’œuvre.

L’Ouverture donne le ton, comme toujours avec le maestro Pido : puissance et équilibre se marient merveilleusement et nous embarquent dès les premières notes. Le chef se montre tout de suite à l’écoute de chacun des instruments, modulant son orchestre d’une baguette inflexible, jouant comme il est l’un des rares à savoir le faire avec les fortissimi et pianissimi. Si certains « anti-Pido » lui reprochent un manque de legato et une coupure abusive de certains airs, admettons que cela permet de ne pas s’ennuyer une seule seconde durant cet operia seria qui est, rappelons-le, le plus long que composa Rossini, dont la représentation de ce dimanche dura environ 3h30, entracte non compris. Notons au passage ce formidable orchestre de l’Opéra de Lyon, qui parvient à suivre la cadence et moduler son jeu en accord avec le chef, nous montrant toute la force mais aussi toute la douceur de cette superbe partition.

L’entrée tant attendue de Semiramide sur scène arrive, et l’on pourrait être surpris et amusés de voir arriver Elena Mosuc d’un pas relativement peu assurée dans une tenue qui ne devait pas la mettre très à l’aise… La reine n’a alors pas beaucoup d’éclat ! Du moins, pas tant qu’elle reste silencieuse : à peine ouvre-t-elle la bouche pour entamer son premier air que le personnage s’incarne sous nos yeux et dans nos oreilles. Elle joue avec l’intensité des notes, et si sa voix semble tremblante, ce n’est pas par son vibrato mais en mimétisme du temple qui vacille dans le texte. Sans doute l’un des airs les plus réussis de la soirée.

Le jeune Arsace (Ruxandra Donose) entre à son tour sur scène, et le premier air nous laisse hésitant : les graves sont à peine audibles malgré un orchestre et une direction qui font leur possible pour nous faire entendre la mezzo originaire de Bucarest. Bien qu’il s’agisse d’une voix de poitrine, on aurait aimé une voix moins enfermée et sortant un peu plus… Cependant, il suffit de monter de quelques notes à peine pour que tout aille bien mieux. Paradoxalement à sa partenaire, ce premier air est probablement le moins réussi de la soirée, mais il faut saluer la difficulté de la partition ici.

Le fameux duo du premier acte, Serbami ognor si fido est quant à lui un moment enchanteur, même si, à y bien chercher, davantage d’osmose dans les trilles aurait été appréciable. Mais c’est là chipoter.

L’acte II sera bien sûr celui du dénouement des intrigues, mais il est également marqué par deux voix : celles de Michele Pertusi et de John Osborn qui, chacun dans un air, ont offert un véritable moment de délice au public présent, le ténor impressionnant par sa technique et sa justesse dans La speranza più soave , véritable numéro de haute-voltige vocale.

Si de son côté Anna Pennisi (Azema) ne fait que de brèves apparitions, elles n’en restent pas moins réussies et l’incarnation du personnage réelle. Deux autres noms sont également à saluer malgré la courte durée de leurs chants en solo : Yannick Berne (Mitrane) et Paolo Stupenengo (l’Ombra di Nino), deux des choristes qui ont prouvé qu’être dans des chœurs ne signifient en rien ne pas pouvoir tenir aisément un rôle de soliste. Les chœurs de l’Opéra de Lyon sont d’ailleurs merveilleux, comme à leur habitude : leur qualité n’est plus à prouver depuis longtemps, tout particulièrement depuis le Messie de Haendel donné dans la capitale des Gaules en décembre 2012 où leur travail fut unanimement salué. Ce soir encore, ils sont chaleureusement applaudis et ne faillissent pas à leur réputation.

L’opéra se termine bien sûr de manière tragique, comme nous pouvions nous y attendre, entre terreur et pitié. Certains diront qu’une version de concert rend difficile la compréhension de cette tragédie aux nombreux rebondissements, mais en réalité il n’en est rien : la conduite d’Evelino Pido nous maintenant parfaitement en éveil, nous suivons toute cette histoire qui mêle assassinat, trahison, amour, inceste, vengeance, justice, matricide,… rien de bien compliqué, donc !

Si le public suit avec intérêt ces nombreuses péripéties jusqu’aux dernières notes, il n’hésite pas non plus à se déchaîner lors des applaudissements finaux, et l’on se croirait revenus en arrière lorsque les opéras étaient le lieu de bataille entre « pro » et « anti », les uns hurlant des « bravo » en réponse à la bruyante huée des autres. Quel que soit le parti pris, on ne peut que se résoudre à l’évidence : Evelino Pido ne laisse pas indifférent.

N’hésitez pas à vous faire votre propre opinion lors de la diffusion de ce concert sur France Musique le samedi 10 janvier 2015

Par Elodie Martinez

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