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[Live-Report] Roger Muraro est fantastique (29/11/2015)

[Live-Report] Roger Muraro est fantastique (29/11/2015)

01 décembre 2015 | PAR Laurent Deburge

Le pianiste français Roger Muraro a donné un récital époustouflant dimanche 29 novembre 2015 au Théâtre des Champs Elysées en interprétant notamment la Symphonie Fantastique d’Hector Berlioz transcrite par Franz Liszt.
[rating=5]

Pour ouvrir ce concert de matinée, Muraro livre un Schumann intimiste et poétique qui nous prépare à la rêverie et sollicite l’imagination, avec les « Scènes de la forêt » op. 82. Ces miniatures sont interprétées dans un recueillement impérieux et sensible mais avec des tempi plutôt enlevés. S’il ne s’attarde pas à contempler les poignantes « Fleurs Solitaires » (Einsame Blumen), son « Oiseau-prophète » en revanche prend un envol parfaitement onirique, dans un tintement de pierres précieuses.

Mais si le public s’est réuni en nombre, bravant les entraves préludant à la conférence climatique, s’est pour écouter l’œuvre-monstre, la Symphonie Fantastique (que Roger Muraro à gravée chez Decca en 2011).

De fait, il y a quelque chose de lisztien chez Muraro, qui impressionne par sa grande taille et sa tonsure toute monacale. C’est une force contenue, dominée, une énergie potentielle. C’est qu’il faut de la puissance et un peu de folie pour s’attaquer à cette partition infernale. Muraro domine le clavier, fait valoir la richesse des timbres et des pupitres, s’empare littéralement des ressources orchestrales du clavier. L’instrument de percussion qu’est le piano se prête à cette métamorphose grâce à l’intelligence harmonique de Liszt, qui est père du poème symphonique et à son incomparable génie créatif en termes de techniques pianistiques.

Il s’agit bien de musique à programme, cet « épisode de la vie d’un artiste » qui évoque la figure de la femme idéale aimée comme une « idée fixe » musicale, un thème lancinant qui revient hanter toutes les visions du musicien. C’est un voyage émotionnel et stupéfiant où les images deviennent frisson. La scène du bal de la deuxième partie est particulièrement génialement rendue, ainsi que le final du songe d’une Nuit du Sabbat où l’idée fixe travestie, claudicante et affreusement grimée vient se mêler aux lourds accords du Dies Irae dans un funèbre éclat de rire.

Un grand moment de musique livré par un grand maître du piano dont il faut saluer la bravoure.

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Marie Boëda

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