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[Live-Report] Les Dissonances interprètent Schumann et Bruckner à la Philharmonie

[Live-Report] Les Dissonances interprètent Schumann et Bruckner à la Philharmonie

02 février 2017 | PAR Alice Aigrain

Hier, l’ensemble de David Grimal a interprété un concerto pour violon de Robert Schumann et la symphonie n°7 d’Anton Bruckner. Deux pièces ambitieuses jouées sans chef d’orchestre par le collectif de 75 musiciens. Un défi que la formation a relevé avec une désinvolture désarmante.

Les Dissonances n’est pas un ensemble symphonique comme les autres. Né il y a plus de 10 ans sous l’impulsion de David Grimal, violoniste et directeur artistique du collectif, les musiciens se sont donné pour objectif de reprendre le répertoire symphonique afin d’en proposer une nouvelle vision au public. Pour cela la stratégie est simple : composer un collectif à partir de profils variés – du musicien d’orchestre symphonique renommé, au jeune chambriste prometteur ; se passer de chef d’orchestre afin d’avoir une liberté absolue quant au choix des œuvres interprétées, mais aussi afin de mettre au centre l’écoute et laisser toute sa place au partage et à la communication tant entre les musiciens qu’avec le public. Ainsi le nom du collectif est peut-être un hommage aux quatuors à cordes de Mozart ou bien est-ce plutôt une provocation: face à cette volonté de faire voler en éclat les règles traditionnelles de la musique symphonique David Grimal semble avoir pris le pli de rire des sombres prédictions de ses détracteurs.

Pourtant hier soir, aucune dissonance n’a été entendue. Durant le Concerto pour violon et orchestre en ré mineur, la technicité de David Grimal est largement mise en avant dans cette composition de 32 minutes, durant laquelle les arabesques du violon se démultiplient à l’infini. Tandis que l’orchestre se concentre autour deux thèmes qui ne varient qu’assez peu au fil du développement, de la réexposition et de la coda, le soliste quant à lui poursuit ses variations périlleuses. Lorsque le concerto prend fin, l’écoute semble s’être mise en place sans avoir été mise en scène. Au contraire, l’omniprésence du soliste dans la pièce tend à éclipser l’absence de chef d’orchestre. En guise de transition et afin de répondre aux applaudissements généreux du public, David Grimal propose d’interpréter pour nous préparer à Bruckner, « un peu de Bach en mi, mais pas majeur celui-là. ». Le solo joué superbement finit d’expliciter le but premier des Dissonances: le partage et la générosité avec le public. Après l’entracte, cela se confirme. Durant plus d’une heure, la formation au grand complet va jouer la Symphonie n°7 en mi majeur de Bruckner. Cette fois-ci la notion d’ensemble et de collectif prend tout son sens. Dans cette pièce dont l’architecture grandiose et la monumentalité rappellent les compositions du maître de Bayreuth, la notion d’écoute devient centrale. Les mouvements se suivent, construisant peu à peu le drame. À la structure même des harmonies, s’ajoute un autre niveau d’appréhension de l’œuvre ici : celui du langage corporel des musiciens. En l’absence de chef d’orchestre, ce sont tous les corps qui communiquent pour rester ensemble. La gestuelle est volontairement amplifiée, les regards s’intensifient, et le spectateur reste coi devant ce qui semble être 75 chefs d’orchestre se mettant en mouvement.

Visuel : DR

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Alice Aigrain

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