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[Live report] Le Cleaveland Orchestra et son choeur dans Beethoven et Chostakovitch

[Live report] Le Cleaveland Orchestra et son choeur dans Beethoven et Chostakovitch

13 novembre 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce lundi, le Cleaveland Orchestra et son chœur s’arrêtaient salle Pleyel pour un concert donnant à entendre la Messe en ut majeur, op 26 de Beethoven et la Symphonie n°6 de Chostakovitch dirigé par son directeur musical Franz Welser-Möst. Une soirée d’où ressortit particulièrement maîtrise et brillance du chœur mais dont on déplora l’interprétation trop lisse et formelle du répertoire.

En première partie était donc donnée la Messe en ut majeur, op 26 de Beethoven, œuvre écrite pour le prince Esterhazy. Dès le début du Kyrie, la douceur du chœur revêt candeur et angélisme et expose une paisible et lumineuse sérénité. Sa précision, sa subtilité, sa délicatesse dans le ménagement des nuances nous interpelle tant elle permet la résurgence des caractères. Tout au long de la pièce l’orchestre est relégué au rang de simple accompagnateur et se fera discret derrière chœur et solistes, sa synchronisation parfaite signe d’une grande cohésion avec le chant sera néanmoins remarquable. D’entrée le Gloria est explosion éblouissante de félicité largement mis en avant par la robustesse et l’énergie du choeur. Alors que le Kyrie n’avait laissé entendre quasiment que la soprane, cette deuxième partie permettait d’entendre les voix de Kelley O’Connor chaleureuse mezzo-soprane et la profonde et presque caverneuse mais non moins sublime basse de Ruben Drole. Si ces deux voix firent sensation, celle de la soprane Luba Orgonasova comme du ténor Herbert Lippert peinèrent à convaincre et nous semblèrent même parfois dans la difficulté. Le Crédo, théâtral à souhait joue sur l’émotion. Alors qu’il débute vigoureusement, sa deuxième partie s’obscurcit avant de tendre vers une fugue triomphante portée par un orchestre franc et tonique. Néanmoins, à terme l’on ne peut s’empêcher de trouver les pupitres de l’harmonie, bois et cuivres trop en retrait. En effet, l’on aurait aimé voir les timbres des bois ressortir plus et non s’effacer derrière d’imposantes cordes. La précaution de l’ensemble chœur et orchestre dans la dernière partie de cette pièce respectant finement la douceur exacerbera toutefois pleinement le sentiment religieux. In fine, l’interprétation nous parut certes assez formelle, académique, mais fit ressortir l’unité, la délicatesse et la luminosité incontestable du choeur qui fut d’ailleurs largement applaudi.

Après l’entracte venait la Symphonie n°6 en si mineur op.54 de Chostakovitch. Le chef arrive vaillamment et prestement sur la scène, et lance la symphonie à peine monté sur l’estrade. L’œuvre débute dans les graves du basson et des cordes qui tout de suite emplissent la salle du trouble et de la désolation. Émotion, austérité, noirceur ressortent du chant du cor anglais, trouble tortueux tel les blessures profondes de l’âme de celui de la flûte. Le maestro de sa gestuelle ample ménage un tempo lent et pesant qui entretient le ton désincarné et funèbre de ce mouvement. Les deux dernières parties tranchent totalement avec la première, empreintes d’une folie légère et optimiste. L’Allegro débute par la clarinette, sautillante, virevoltante, couinante parfois, plongeant d’emblée le mouvement dans l’exubérance. Le chef mène vigoureusement et fait éclater l’orchestre dans l’allégresse la plus totale jusqu’à la dissolution finale du son, s’échappant dans des nuances toujours plus pianississimo. S’enchaîne alors rapidement la folle et tourbillonnante cavalcade du troisième mouvement. Là encore le chef adopte une direction ferme et vive mais semble brasser du vent face aux musiciens, statiques, impassibles. Ainsi, les couleurs sans cesse changeantes ne ressortent que trop peu. Aussi, malgré l’éclat final, les deux derniers mouvements de la symphonie nous semblèrent trop uniformes.

Bien que très applaudi, l’on restera donc pour notre part quelque peu perplexe, notant globalement un manque de son, mais surtout une interprétation trop lisse manquant de recherche, ou simplement d’une touche personnelle. Ainsi nous sortons en nous interrogeant sur l’identité musicale, l’empreinte sonore, la couleur qui caractérise cet orchestre. Dans les timbres comme dans l’esprit nous semblait ressortir l’esthétique viennoise, le son en moins, un constat renforçant l’impression que l’orchestre nous livrait une interprétation impersonnelle. Néanmoins rappelé plusieurs fois, l’orchestre donnera en bis l’Ouverture n°3 de Léonord de Beethoven, sage et sérieuse.

Visuel: (c)sallepleyel

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