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[Live-Report] L’Afterwork « Mozart l’éternel » par l’Orchestre de Paris : manque d’engagement pour une belle initiative

[Live-Report] L’Afterwork « Mozart l’éternel » par l’Orchestre de Paris : manque d’engagement pour une belle initiative

09 mars 2017 | PAR Alice Aigrain

L’orchestre de Paris donnait hier un « afterwork » nommé Mozart l’éternel : un concert court, mis en scène et en narration par du théâtre. Dans ce format original, la musique semblait chercher sa place, oscillant entre protagoniste et rôle secondaire par le manque général d’engagement des musiciens.

Le principe est simple et s’affiche clairement, les concerts « afterwork » sont faits pour « vivre le classique autrement ». Une façon pour l’institution de diversifier ses propositions et de continuer sa politique culturelle de promotion et de diffusion de la musique classique à un public élargi. Tourner ce dernier autour de la figure de Mozart semble parfaitement approprié. Connue du plus grand nombre et repopularisée grâce au film Amadeus, la Philharmonie avait d’ailleurs déjà parié sur ce choix en organisant une projection du film en ciné-concert il y a quelques mois (voir notre critique ici). Le spectacle affichait complet ce soir : cette politique de programmation semble donc porter ses fruits. Mais pour voir le classique autrement, encore faudrait-il l’entendre.

La première partie se veut majoritairement narrative. Tournée autour de deux comédiens (Jean Manifacier et Gregori Baquet) interprétant respectivement Léopold Mozart et son fils, se joue une rencontre à Prague. Entre deux représentations des Noces de Figaro et le jour même de la création de la Symphonie n°38, le compositeur tente de convaincre son père des qualités de sa nouvelle vie loin de la cour de Vienne. Les personnages hauts en couleur et énergiques permettent d’introduire la musique. Le rôle de Mozart est largement inspiré du film – on y retrouve même le rire de Tom Hulce –  et dépeint un personnage fantasque, provocateur et assurément contemporain. Quelques extraits de la Sérénade n°13 sont interprétés par un quintet de cordes. Les extraits trop courts donnent une impression d’inachevée, voire d’une musique qui n’aurait jamais vraiment commencé tant les musiciens ne semblent pas réellement présents. Le déroulement du concert montre cependant que ce n’est pas tant dû aux textes trop nombreux, ou à une mise en scène un peu trop lourde que naît la sensation d’une musique qui ne démarre jamais, mais au manque global d’engagement des musiciens. Après les extraits de la Sérénade n°13, démarre « Bella Mia Fiamma » avec la soprano Sandrine Piau. Celle-ci semble se débattre seule pour porter son énergie et celle des autres musiciens. Finalement l’orchestre au complet entame la Symphonie dite de « Prague ». Le même problème se fait sentir, la tension est inexistante, l’allegro semble mou, il n’y a pas d’intensité ou si peu, pas même dans le presto dans lequel on ne retrouve pas l’aspect incisif et dynamique qui lui donne tout son charme.

Si l’initiative est à saluer, on déplore ce manque d’engament des musiciens et la direction – assurée par Andrei Feher – est peu précise et trop peu énergique. Si l’Orchestre de Paris a pour ambition de faire découvrir la musique classique à un public moins averti, alors encore faudrait-il vouloir lui donner des émotions et des frissons. L’effet général de cet «Afterwork » était plutôt celui d’une ballade un peu molle sur un terrain un peu trop plat. Le public ressort finalement déçu : la musique qui a mis tant de temps à venir a duré si peu et s’est terminée au moment où un peu d’intensité émergeait.

©redit photo : AFP PHOTO / POOL / CHARLES PLATIAU

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Alice Aigrain

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