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Live-report : J.S. Bach, Cantates de la Réforme, par Raphaël Pichon et l’ensemble Pygmalion à la Philharmonie 2.

Live-report : J.S. Bach, Cantates de la Réforme, par Raphaël Pichon et l’ensemble Pygmalion à la Philharmonie 2.

18 novembre 2015 | PAR Laurent Deburge

La Philharmonie a rouvert ses portes avec les Cantates de Bach dirigées par Raphaël Pichon

Lundi 16 novembre, la Philharmonie de Paris rouvrait ses portes, comme pour conjurer l’hébétude consécutive à la tragédie des attaques terroristes du vendredi 13 novembre 2015. Dans la salle des Concerts, dite « Philharmonie 2 », Laurent Bayle, directeur général de la Cité de la Musique, s’est adressé au public avec une grande dignité, et Raphaël Pichon s’est également exprimé avant d’inviter la salle à observer une minute de silence lourde de gravité et empreinte d’un profond recueillement.

Avec son ensemble Pygmalion, il a donné un concert consacré aux Cantates de Bach célébrant la Réforme luthérienne, qui consacre la dimension liturgique des chorals. Dans ces circonstances désarmantes, ces chants de louange divine résonnaient comme des hymnes d’une guerre spirituelle à mener avant tout sur soi-même. Il s’agissait surtout de s’abandonner à la polyphonie du Cantor de Leipzig, avec l’espoir de se laisser submerger par une harmonie consolatrice et réparatrice autant qu’il est possible. La complexité surnaturelle de cette musique, qu’on appréhendait comme austère, fut grâce aux chœurs et aux solistes, à l’orchestre et à la direction souple et altière du chef de 31 ans, digne successeur des Leonhardt, Koopman ou Herreweghe, rendue avec une remarquable simplicité. Rigueur, dynamisme, légèreté et clarté caractérisent la façon qu’ont l’ensemble Pygmalion et Raphaël Pichon de servir cette musique à la fois spirituelle et sensuelle, qu’on croirait acheiropoïète tant il nous est difficilement concevable qu’elle soit le fruit de l’esprit humain ; mais n’est-ce pas la marque du génie ? L’exécution du motet « Loben den Herrn, alle Heiden » BWV 230, fut particulièrement représentative de cette impression de grâce.

Le concert s’achevait avec la fameuse cantate « Ein’ feste Burg ist unser Gott » BWV 80, dont le texte est de Martin Luther lui-même. Sans vouloir nous prononcer sur Dieu, étant au moment des catastrophes parfois l’objet de quelque défiance, c’est en tout cas à la musique de Bach que nous demandions d’être « une solide forteresse » qui à défaut des corps puisse au moins préserver les âmes.

Laurent Deburge

Visuels: DR

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