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[Live report] Gidon Kremer et le Russian National Orchestra, de l’envoûtement de Sibelius à l’obscure clarté de Rachmaninov

[Live report] Gidon Kremer et le Russian National Orchestra, de l’envoûtement de Sibelius à l’obscure clarté de Rachmaninov

17 octobre 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

Mardi, la salle Pleyel accueillait le tout jeune (moins de 25 ans) Russian National Orchestra que dirigeait son fondateur le pianiste Mikhaïl Pletnev. Une première partie consacrée à Sibelius avec notamment le Concerto pour violon en ré mineur op.47 magiquement interprété par Gidon Kremer, et une seconde partie consacrée à Rachmaninov avec la 2ème symphonie, nous convinrent des qualités  de la formation.

En prélude du concerto pour violon, l’orchestre donnait à entendre Le Retour de Lemminkaïnen, op 22 n°4, dernier volet d’une suite en comprenant quatre (Les légendes de Lemminkaïnen) et inspirée d’une épopée mythologique finlandaise. L’œuvre est à la fois emplie de tensions que soutiennent des cordes agitées, et porte la beauté aérienne et intemporelle caractéristique du compositeur. Si l’on ne peut rien reprocher à l’exécution de la partition en soit, l’on reste néanmoins sur la réserve quant aux qualités sonores de l’orchestre. En effet, alors que l’on note de beaux éclatements triomphaux dans les instants les plus forte de la partition, le son apparaît globalement étouffé, empêché, replié sur lui-même, et manquer de projection. De ce fait, l’éclosion des timbres attendue dans l’œuvre ne se réalise pas. Fort heureusement le reste de la programmation viendra contredire ce sentiment initial.

L’unique concerto pour violon du compositeur fut un instant magique. Gidon Kremer illumine la partition de sa virtuosité autant que de son timbre chaleureux et de son extrême sensibilité. D’une grande finesse, il accroche à ses cordes l’oreille de l’auditeur à peine les premières notes posées. L’œuvre débute pianissimo, les cordes posent un décor vaporeux sur lequel très vite vient se greffer le thème du violon. Ici, Sibelius joue sur les harmonies et la virtuosité du violon plus que sur une construction thématique linéaire. Doubles-cordes, mouvements de crescendo-decrescendo, cadences agressives et virtuoses magnifiant les notes les plus aiguës de l’instrument créent ainsi un véritable ascenseur émotionnel que Gidon sublime avec splendeur, ménageant les timbres cristallins et délicats des aigus à la perfection. Néanmoins, les cuivres trop présents nous semblèrent empiéter par moment sur le soliste, et l’orchestre peiner de temps à autre à suivre la verve du violoniste. Au deuxième mouvement, le violon de Gidon se fait plus lyrique et legato entonnant une douce chanson qui se fond parfois dans l’orchestre renforçant ainsi l’ambiance vaporeuse initiée au premier mouvement. L’orchestre est à l’écoute, bien que l’on regrette parfois des nuances trop fortes engloutissant le soliste. Gidon Kremer clôturera celui-ci sur un sur-aigu pianississimo à fleur de peau, éblouissant de précision, de clarté, et d’intensité. Le final fut fulgurant de force, de caractère, de profondeur et de vivacité. Débutant par un claquement de cymbales marquant le rythme d’une chevauchée sauvage que le violon prend au vol, il revêt rage et brutalité incarnées par des cordes violemment frottées, le tout, empreint d’une grande virtuosité. Une conclusion explosive, extraordinaire, ahurissante qui déclenchera applaudissements tonitruants et bravos admiratifs du public.

Après l’entracte, place à la 2e Symphonie en ut mineur de Rachmaninov. Dès les premières notes l’orchestre apparaît dans son élément. Le sentiment d’étouffement sonore du début est clairement derrière nous. L’œuvre oscille entre moments sombres et épisodes plus détendus et positifs,  une ambivalence de caractère que l’orchestre mettra largement en lumière sublimant les effets de surprise inhérents à la symphonie par une gestion quasi millimétrée des nuances et du tempo. De l’interprétation de cette symphonie l’on retiendra particulièrement la folie du deuxième mouvement, mais surtout la douce romance de l’adagio (3e mouvement), moment de ravissement intense dont les apogées émotionnelles et élans romantiques amenés par des mouvements de crescendo decrescendo nous transporterons particulièrement. L’allegro vivace final véritable épreuve de force d’où se dégage un positivisme effervescent, sorte de démence festive mais également élans nostalgiques, mélancolique se révélera aussi épatant qu’enivrant. Une symphonie extrêmement bien menée qui nous permit de prendre la mesure des qualités du tout jeune Russian National Orchestra bien que l’on puisse regretter toutefois une interprétation peut-être un peu trop linéaire et formelle de la partition.

Visuel: www.sallepleyel.fr

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