Classique

[Live report] Fougue et impétuosité Russe à l’Orchestre de Paris

[Live report] Fougue et impétuosité Russe à l’Orchestre de Paris

25 octobre 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

L’Orchestre de Paris parcourait mercredi soir l’histoire de la musique Russe, donnant à entendre l’ouverture de Russlan et Ludmilla de Glinka, opéra considéré comme le fondateur de l’école musicale Russe, puis le Concerto pour piano n°1 en si bémol mineur op23 de Tchaïkovski accompagnant Yefim Bronfman pour clore le concert sur la 5e Symphonie en si bémol Majeur de Prokofiev. Une soirée de démesure à la limite de l’excès sonore où l’Orchestre de Paris nous en envoyait plein la tête !

Russlan et Ludmilla est le deuxième opéra de Glinka, reconnu aujourd’hui comme l’une de ses œuvres les plus importantes de son répertoire, mêlant musique populaire russe et écriture musicale occidentale acquise au cours de ses voyages en Europe. L’ouverture, construite sur trois thèmes représentant les principaux personnages de l’opéra, est explosive, d’un vivace fulgurant et étourdissant. L’Orchestre de Paris y déploie de ce fait la vigueur, la robustesse et la ferveur qu’on lui connait, la verve virtuoses des cordes permettant de faire ressortir toute l’exubérance et la folie de cette ouverture. Une entrée en matière courte mais efficace qui par sa frénésie déclenchera d’inévitables et enthousiastes applaudissements.

Le concerto pour piano n°1 de Tchaïkovsky est un incontournable. Interprété ce soir par l’impressionnant Yefim Bronfman, d’une dextérité invraisemblable, l’œuvre nous laissa néanmoins un gout amer. En effet, des pupitres de bois aux timbres moins éclatants et aux interventions moins soignées qu’à l’accoutumée, quelques légers décalages dans les deux et troisième mouvements vinrent briser la magie pourtant bien née à l’écoute du majestueux et enivrant premier mouvement. La baguette de Paavo Järvi est à peine levée que l’on observe déjà les cors, pavillons en l’air, prêts à ouvrir augustement et énergiquement le concerto d’un motif simple auquel répondront les cordes d’un unique coup sec et franc, ouvrant la voie aux accords plaqués et brutaux du piano. A la férocité de ces accords qui sous la main de Yefim Bronfman paraissent tapés du poing, se superpose le lyrisme des cordes que l’ampleur de l’orchestre vient exalter. Tout au long du mouvement Bronfman joue sur le matériel musical mettant en lumière ce caprice bestial oppressant, lourd et accablant, troublant de profondeur, cette fuite en avant périlleuse, quasi funeste et pourtant grisante, provocante et passionnante, autant que le lyrisme élégiaque et plaintif des quelques passages les plus retenus et cristallins. Impressionnant de bout en bout, non seulement il nous emporte mais il nous donne presque envie d’applaudir spontanément tant la prestation et l’élévation fut époustouflante. Malheureusement la magie redescendra dans le second mouvement. Une flûte fade et sans couleur expose la mélodie censée nous nimber dans la féerie, des bois aux attaques imparfaites, des décalages avec le soliste dans la partie centrale plus véloce du mouvement, font retomber l’enthousiasme et l’enchantement du premier mouvement. Un enchantement avec lequel on ne renouera pas jusqu’à la fin du concerto. En effet, les légers décalages perdurant avec Yefim Bronfman de plus en plus replié sur lui-même, concentré sur ses ribambelles de notes, attestent de cette perte de connexion entre soliste et orchestre nécessaire à l’élévation. Néanmoins, le finale explosif et endiablé déclenchera inévitablement la ferveur de la salle conquise par la fougue et le brio de la prestation.

Après ce concerto mitigé l’on attendait donc un regain d’attention et de précaution pour la Symphonie n°5 de Prokofiev. Épique par excellence, impressionnante et spectaculaire par essence, la symphonie met en scène la musique et fait jouer au sens théâtral du terme le monstre orchestral. Ainsi les mouvements s’y animent telle l’action d’un film. L’œuvre d’une brillance homérique incommensurable, peut vite tourner à la démonstration de force. Aussi, la difficulté principale est de veiller à ne pas en faire trop, se noyer dans l’excès ou a contrario ne pas en faire assez, et risquer de ne voir jaillir l’action florissante. Au premier mouvement, flûtes et bassons exposent le premier thème très vite repris par les cordes, le tout dans une nuance mezzo forte atténuant malheureusement la douceur. Menaces et héroïsmes déclamatoires portés par les cuivres rugissant ressortent indubitablement entraînant la pièce dans des profondeurs abyssales monstrueuses. Stupéfiés par cette force, l’on se demande néanmoins si l’Orchestre de Paris n’aurait pu pousser plus loin encore le jeu sur les contrastes. L’allegro marcato, pur sarcasme et ironie, mordant et piquant à souhait, course guillerette tourbillonnante et virevoltante nous amusa particulièrement. La direction hardie, décidée et toujours aussi énergique de Järvi se jouant des variations de tempo en fit évidemment ressortir tout le caractère facétieux jusqu’à l’explosion sonore finale, vigoureusement jetée à la figure du spectateur. Comme dans le premier mouvement et parce que l’on connaît l’immensité du nuancier de l’orchestre de Paris, l’on ne peut s’empêcher de penser que plus de contrastes auraient encore  pu ressortir de la plainte pesante et torturée de la troisième partie. Pour exemple, la réexposition du thème clôturant le mouvement dont l’intensité décroit jusqu’au silence, ne fut à notre sens pas assez exploitée. Néanmoins, dans Prokofiev, l’Orchestre de Paris se faisait colosse instrumental, empreint d’une force titanesque démesurée et délectable que nous n’avions jusqu’alors vu nulle part ailleurs. En témoignait, l’Allegro Giocoso final, plus populaire, plus festif, dans lequel Päavo Jarvi choisit d’accentuer à outrance la frénésie délirante et extravagante, ardente et bouillonnante adoptant un tempo brusque et empressé, jetant les dernières notes dans un fracas hargneux et expéditif jouissant.

A travers cette ballade en terre Russe, l’Orchestre de Paris, rugissant, asseyait définitivement sa puissance sonore se délestant néanmoins quelque peu de ses teintes riches et colorées qui fondent désormais son identité. Une soirée fougueuse et impétueuse dont on ressortait quoiqu’il en soit indubitablement impressionnés.

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BRION-Christine

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