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[Live-Report] Festival de Colmar, Soirée russe à l’église Saint-Matthieu, mardi 7 juillet 2015

[Live-Report] Festival de Colmar, Soirée russe à l’église Saint-Matthieu, mardi 7 juillet 2015

09 juillet 2015 | PAR La Rédaction

Le concert est parfois l’occasion de surprises et de remises en question : c’est rare. Plus souvent, il déçoit. Il existe un troisième genre : celui qui répond parfaitement au cahier des charges du concert classique. Le concert du 7 juillet était de ceux-là.

Le chef d’abord, Vladimir Spivakov, répond à l’idée qu’on se fait d’un maestro : queue de pie, gestes démonstratifs, baguette précise.
Le programme, ensuite : il était russe (Chostakovitch, Pakhmutova, Tchaïkovski, Liadov) ce soir-là, et qu’attend-on de la musique russe sinon du clinquant, de l’emphase, du grandiloquent ? On était servi : Spivakov avait choisi de ne pas destabiliser son auditoire en proposant les pages les plus classiquement (ou les plus caricaturalement) russes, en frôlant l’indigestion tant l’ensemble était sirupeux et sucré.
Le soliste, enfin. Passons sur les deux trompettistes issus de l’orchestre, Alexandre Bakharev et Kirill Soldatov, dont les prestations honnêtes n’éblouissent pas, et attardons-nous sur l’exceptionnel David Kadouch. Là encore, un concertiste comme on l’imagine, trépignant, sautant sur son tabouret, faisant des moues invraisemblables et jouant l’extase dans la concentration pénétrée. Sa musicalité est néanmoins si extraordinaire qu’on lui pardonne tout.

Dire que le concert était conforme à ce que l’auditeur est en droit d’attendre peut sembler désobligeant. C’est oublier que l’on ne va pas forcément au concert pour autre chose qu’entendre une musique bien jouée, aussi peu surprenante soit-elle. C’est ignorer aussi que l’auditeur d’un festival n’est pas toujours un esthète élitiste, et qu’on n’attrape pas le béotien avec du Stockhausen.
La soirée était convenue mais le concert si bien interprété qu’on ne peut que saluer la performance. L’orchestre national philharmonique de Russie (créé en 2003 par Spivakov) est évidemment à son affaire dans ce programme tout russe, et chaque pupitre excelle.

Mais parlons un peu du programme : Chostakovitch compte parmi les compositeurs les plus touchants du répertoire du 20e, dont il résume toutes les contradictions et toutes les ambiguïtés. Rebatet le qualifiait de haut fonctionnaire de la double croche, et les œuvres au programme à Colmar donnent raison à cette pique. On est loin du Chostakovitch des quatuors ou des symphonies : Spivakov interpétait l’ouverture festive op.96 et le concerto pour piano, trompette et orchestre à cordes op.35, autant dire de la fanfare soviétique. Si le concerto recèle quelques touches de subtilités, l’essentiel est noyé dans un style épais. Mais l’interprétation est impeccable : cuivres magnifiques, attaques précises, nuances (quand cette musique en réclame) bien menées. Avec l’aide du chef et de son orchestre, Kadouch réussit la gageure de rendre ces pages subtiles (là où le jeu de Lise de la Salle, entendue en 2007, était convenu).

A côté de Chostakovitch, on redescendait d’un cran dans le panthéon russe avec Alexandra Pakhmutova : quelle idée de donner ce concerto pour trompette ? Le thème du festival cette année est hommage à Maurice André. Il ne méritait pas Pakhmutova, à coup sûr : la partition est indigente, oscillant entre musique de James Bond des années 70 et resucée de musiques populaires sans relief. On sent que Pakhmutova aimerait égaler Arutunian mais le compte n’y est pas.

Après l’entracte, Spivakov proposait de reprendre une louche de sucre avec Liadov, dans un poème symphonique qui mérite une deuxième chance, et la suite orchestrale tirée du Lac des cygnes (ah, le soupir d’extase du public quand il reconnut la mélodie de l’acte II).

Bref, une excellente soirée passée à Kolmargrad.

Texte et images : Matthieu Orsi

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