Classique
Les disques classiques et lyriques du premier trimestre 2021

Les disques classiques et lyriques du premier trimestre 2021

13 avril 2021 | PAR La Rédaction

Alors que le confinement se généralise, plus que jamais, la musique est indispensable pour tenir. Les chroniqueurs classiques et lyriques de la rédaction vous parlent des CD qu’ils écoutent en ce moment.

Les voyages et les traditions retrouvées 

Haïti mon amour, à la découverte d’un répertoire avec Célimène Daudet

La pianiste d’origine haïtienne et qui a créé un festival de piano sur l’île (lire notre interview) propose dans son dernier album de partir à la découverte de compositeurs haïtiens du tournant du 20e siècle et de l’histoire de Haïti. Dans ce CD très personnel et qui est une invitation à voyager dans le temps et vers les Antilles, l’on découvre les compositions de Ludovic Lamothe, appelé à son époque « le Chopin noir », d’Edmond Saintonge avec une élégie grave qui résonne comme un hymne et de Justin Elie dont l’œuvre est irriguée par la musique et la spiritualité haïtiennes. Ce bel album à la découverte de compositeurs méconnus se termine par un Chant Polonais de Chopin.

Célimène Daudet, Haïti mon amour, NoMadMusic, 51’18, Sortie le 12 mars 2021. YH

Accents, le premier disque de la cheffe Simone Menezes avec son ensemble K 

La cheffe italo-brésilienne Simone Menezes a créé son ensemble entre Lille et la Belgique en 2019. Leur premier album vient de sortir chez Aparté et c’est un voyage qui va de Borodine (Danses polovtsiennes) à Villa-Lobos en passant par Copland et Debussy, avec à chaque fois un regard renouvelé sur la manière dont ces compositeurs ont traité le folklore. Sur l’album, on trouve également une création de la compositrice Sophie Lacaze sur le thème exotique s’il en est de Manon Lescaut. Le tout permet vraiment d’entendre l’exotisme autrement, avec une lucidité qui n’enlève rien à la couleur et à la chaleur.

Ensemble K, dir. Simone Menezes, Accents, Aparté, Sortie le 15 janvier 2021, 22 euros. Ref AP243. YH.

Les voix 

Un Winterreise inattendu par Joyce DiDonato et Yannick Nézet-Séguin 

Climat très intime pour ce voyage d’hiver où le directeur musical du Metropolitan Opera de New York accompagne au piano la mezzo soprano pour une version plus langoureuse que sombre du chef d’œuvre du cycle de Lieder de Schubert. Dès le premier lied Gute nacht, la nostalgie est plutôt douce et la nature l’emporte sur la mélancolie, notamment dans le mythique Lindenbaum. Et même le fidèle corbeau qui attend le corps de l’amant.e mélancolique et délaissé est un interlocuteur tendre.  Enregistrée au Carnegie Hall en décembre 2019, c’est une version surprenante du Winterreise donc, et pas seulement parce qu’il est rare d’y entendre une voix féminine en lieu et place du baryton gravé dans nos mémoires. Joyce DiDonato et Yannick Nézet-Séguin, Schubert, WinterreiseWarner Classics, 18 euros, Sortie le 23/04/2021. YH

A la découverte des rhapsodies de  Varduhi Abrahamyan

Deuxième artiste « mentored by Cecilia Bartoli » pour le label de disque Decca, la mezzo-soprano arménienne Varduhi Abrahamyan propose avec les Musiciens du Prince-Monaco dirigés par Gianluca Capuano un album hommage à Pauline Viardot avec notamment des extraits de la Sapho de Gounod dont la cantatrice a assuré la création. La rhapsodie est celle de Bach, la voix sombre et majestueuse de Varduhi Abrahamyan se déploie merveilleusement et fait découvrir bon nombre de ses aspects dans cet album qui se termine même par un duo avec le duduk d’Araïk Bartikian. Et le bonbon du disque est le duo avec Cecila Bartoli extrait de la Donna del Lago de Rossini, « Vivere io non potrò ».

Varduhi Abrahamyann, Rhapsodie, Decca, 1’12, Sortie le 02/04/2021. YH

La musique contemporaine

Les corps saturés de Cendo

A rebours d’une certaine réputation d’intellectualisme dont est taxée la musique contemporaine, le concept de saturation développé par Raphaël Cendo et Franck Bedrossian, dans le prolongement du mouvement spectral, invite à une immersion quasi physique au cœur du grain sonore, explorant les limites des instruments. Le très bien intitulé nouvel album Corps, édité par L’empreinte digitale, résume une décennie de recherche de Raphaël Cendo. Si Action painting, écrit au milieu des années 2000, privilégie la densité de la matière musicale, parfois aux confins de l’audible, Graphein, et plus encore le concerto pour piano et ensemble, qui donne son titre au disque, plonge dans une extrême ramification de la texture à vitesse stroboscopique, dans une palette de timbres d’une fascinante diversité. Foisonnant de motifs, Corps déploie un kaléidoscope d’instantanés qui n’oublie jamais un vrai et jubilatoire sens de la dramaturgie, faisant contraster la virtuosité avec des plages plus extatiques, que l’on retrouve dans les deux autres pièces. La maîtrise absolue du piano de Wilhem Latchoumia et de l’ensemble Linéa, sous la direction de Jean-Philippe Wurtz, fin connaisseur et défenseur de ce répertoire, magnifie cette ivresse qui ne sacrifie aucunement l’accomplissement formel. Le livret inclut un mini-portrait du compositeur qui résume sa démarche. Assurément, la recherche et le plaisir sensuel ne sont pas ennemis chez Cendo ! L’empreinte digitale ED13251 GC

La lettre au voyageur, fragments intimes de Jacques Lenot

Edité par L’oiseau prophète, La lettre au voyageur rassemble, autour des quatre fragments qui composent ce cycle pour piano et violon, une série de pièces de Jacques Lenot aux allures de journal intime, dont les titres se nourrissent de références littéraires. Ce sont cependant des grandes pages du répertoire musical qu’évoque le titre éponyme, La lettre au voyageur, dans un langage personnel qui caractérise le compositeur français. Le dialogue entre les deux instruments évolue au fil du recueil, entre la tension expressive quasi emphatique du premier numéro, le chant virtuose du violon dans le deuxième, la réponse tressée par l’archet sur le fascinant ostinato de pénombre du piano du troisième, et un dernier lentement ponctué par le clavier. Suivent ensuite trois pièces pour piano solo : la sombre marche de Mais l’ombre de la nuit, aux allures ligetiennes, l’errance de la Lumière d’août et le long cortège funèbre brutalement interrompu d’un presque hallucinatoire Schattenwelt. Des trois épisodes de Secrètement la nuit qui marquent le retour du contrepoint entre violon et piano, on retiendra la méditation concentrée dans le médium du violon de Ankunft et, plus encore, les très belles variations du finale Heimweh, avec le frémissement chatoyant du timbre du violon de Nicolas Dautricourt sur le carillon égrené par le piano de Dana Ciocarlie. Un recueil porté par la complicité inspirée des interprètes, et esquisse un portrait intime de Jacques Lenot.

L’oiseau prophète, Sortie le 22 janvier 2021, . GC

The angels ou Les Métaboles dans toute leur pureté

A l’heure où les salles de concert restent privées de public en raison de la crise sanitaire, la parution de l’album The angels enregistré par Les Métaboles lors d’un concert pendant le festival de Royaumont en septembre 2019 conjugue l’excellence de l’interprétation à ce que d’aucuns appelleraient le syndrome de la madeleine. On retrouve dans ce disque la pureté de la ligne et le cisèlement des chœurs des Métaboles, sous la direction de Léo Warynski, dans un programme qui fait dialoguer les époques, la polyphonie de la Renaissance et du baroque avec celle de la musique contemporaine, mise en miroir qui compte parmi les marques de fabrique de l’ensemble français et de son directeur musical. Ici, c’est le corpus de Jonathan Harvey, nourri par la pratique chorale, véritable institution outre-Manche, qui est mis en regard avec quelques grands maîtres du passé – Byrd, Purcell et Palestrina. De Harvey, on retiendra la décantation et la beauté des modulations de I love the Lord, les halos évocateurs de Come, Holy Ghost, la synthèse magistrale entre le sens du verbe et de l’effet dans The annunciation ou encore le remarquable et éponyme The angels, initié sur des sons bouche fermée avant de se déployer dans un diaphane double chœur. Un témoignage fascinant d’une maîtrise d’un des meilleurs ensembles français d’aujourd’hui, récompensé l’an dernier par le Syndicat de la critique, et que l’on espère retrouver en salles dès que les restrictions seront levées. NoMadMusic NMM089 GC

visuel : Laetitia Larralde

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