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Le Sacre de Louis XIV à Lyon, ou une sacrée soirée!

Le Sacre de Louis XIV à Lyon, ou une sacrée soirée!

25 mai 2019 | PAR Elodie Martinez

Jeudi soir, les Grands Concerts clôturaient leur saison par un événement que l’on imaginait pas pouvoir revoir en France en 2019 : le sacre de Louis XIV! Il faut bien avouer que le lieu de la Chapelle de la Trinité se prête particulièrement à ce genre d’événement royal par son acoustique et sa majesté naturelle, sans oublie l’ensemble Correspondances qui a su mettre tout son talent aux côtés de la Maîtrise du CRR de Lyon sous la baguette de Sébastien Daucé

Armé de ses dix-huit chanteurs et de sa trentaine de musiciens, l’ensemble déploie toute sa palette de couleurs et d’émotions afin de servir au mieux cette soirée royale. Dès les premières secondes, nous sommes transportés dans l’ambiance du sacre, avec un jeune crieur annonçant : « Le Roi entre à Reims! », soit le titre de la première partir du programme. Celui-ci est divisé est huit grand temps, débutant donc par l’arrivée du roi à Reims et se clôturant par la sortie du roi alors Louis XIV : « Ouvres les portes pour Louis le XIVe, Roi de France et de Navarre ». Nous suivrons ainsi l’ensemble du sacre, savamment mis en espace sur trois scène : à celle du fond de la salle sont adjointes deux petites scène situées vers le milieu de l’édifice, sur les côtés. Cela permettra d’offrir une dimension tout autre lors de certaines oeuvres, en y plaçant les vents et/ou certaines voix. Les coulisses et l’étage sauront également être réquisitionner, comme lors du « Tota pulcra es » (de la « Procession pour la Reine; mère de sa Majesté; en l’honneur de la Vierge ») chanté a cappella par la Maîtrise du CRR de Lyon.

Ainsi que nous l’avons dit, la soirée débute par l’entrée du roi. Une entrée forcément solennelle, symbolisée par la Pavane pour le mariage de Louis XII (la pavane étant une danse de cour). Le rythme lent permet d’appuyer la solennité du moment, d’autant plus que les musiciens entrent par la porte de la chapelle en ligne, menés par le tambour de Lou Renaud-Bailly. Derrière les musiciens (y compris les violes, portés par les musiciens qui jouent simultanément), le chef, Sébastien Daucé, dont l’une des mains est sur l’épaule du dernier musiciens, suivi par l’ensemble du choeur en ligne par deux, chacun la main sur l’épaule de celui qui est devant. Tous avancent au rythme des percussions et de la musique, ce qui n’est pas sans effet. Outre l’émotion qui se dégage d’une telle entrée, il y a aussi là quelque chose de didactique, puisque au passage des instruments, le spectateurs peut se faire une idée plus précise du son qu’il produit. Une fois cela fait, c’est au tour du roi d’entrer dans la cathédrale, et la pavane (celle pour le mariage de Monsieur de Vandome) donne un ton un petit peu plus festif alors qu’à nouveau, divers musiciens arrivent depuis la porte centrale. Suivront « l’Arrivée de la sainte ampoule avant le serment du Roi et la bénédiction de l’épée », « On présente au Roi la couronne, le sceptre et la main de justice », le « Lâcher de colombes et Te Deum pour le couronnement » et la « Messe du sacre : Vivat Rex! », partie qui se différencie quelque peu des autres. En effet, après que les enfants aient crié « Vivat Rex », rappelant le cri du peuple, ce n’est non plus une oeuvre instrumentale qui ouvre l’ensemble mais directement un chant, et qui plus est un plain-chant, celui du « Factus est dominus protector ». 

Cette programmation fort riche de la soirée (qui dure deux heures) est issue de recherches approfondies. En effet, il n’y a pas de traces indiquant les musiques qui ont précisément été jouées à l’occasion de ce sacre, mais « on peut retracer au fil d’une minutieuse enquête un grand nombre d’indices : le déroulement de la cérémonie, les textes chantés, les différents corps de musique présents, les instruments mobilisés, le nombre des interprètes, leur emplacement dans la cathédrale ou les types de musique » (selon le programme de salle). C’est donc une véritable réflexion poussée qui a amené à cette proposition, « ouvrant les oreilles du mélomanes du XXIe siècle sur des trésors de polyphonies des temps passés ». Le résultat est un délicieux mélange de pièces d’Antoine Boesset, de Jean Veillot, Heny Dumont, ou encore des motets d’Étienne Moulinié, Roland de Lassus, Charles d’Helfer ou de Francesco Cavalli, ainsi que des antiennes et plain-chants du répertoire grégorien, sans oublier les diverses pages d’anonymes.

Sébastien Daucé sait parfaitement jouer avec cette polyphonie et maîtrise son ensemble du premier au dernier pupitre, y compris ceux qui ne sont pas devant lui. Chacun forme un véritable détail dans cette mosaïque globale qu’il sert : l’écoute est impressionnante, l’équilibre et l’attention exemplaires, les vents, situés souvent à l’écart mais absolument remarquables, parviennent à se distinguer sans jamais s’éloigner du reste de l’orchestre. Les cordes font eux aussi un travail formidable sous la direction savamment pensée du chef. Quant à l’ensemble chorale, il mérite les même éloges d’équilibre et d’unité, la polyphonie ne semblant avoir aucun secret pour lui. Parmi les solistes de la soirée, notons la haute contre Lucile Richardot dont la voix d’ambre et de velours ne cesse de faire des merveilles, y compris dans les jeux de réponse entre soliste et choeur (jeu auquel se prête également la voix de dessus Caroline Weynants) ou encore dans le chant « Virgo Dei Genitrix ». Enfin, la Maîtrise du CRR de Lyon s’intègre parfaitement à l’ensemble, les petits crieurs de la soirée s’avérant être des chanteurs chevronnés méritant là aussi des éloges.

Sauf erreur de notre part, le programme particulièrement dense (et sans entracte) a semble-t-il été légèrement tronqué pour la partie de la « Messe du sacre », ce qui paraît sage : bien que superbe, les oeuvres s’enchaînent, et malgré les jeux de placements, certains moments peuvent paraître redondants. Les éventuelles coupures dans le programme sont donc, selon nous, une initiative judicieuse, permettant à l’auditeur de ne pas s’ennuyer un instant et de ne pas se lasser des merveilles qu’il entend. L’équilibre est ainsi savamment respecté là aussi.

Une fin de saison sacrément impressionnante et royale pour les Grands Concerts qui ne cessent de ravir leur public, tandis que Sébastien Daucé et l’ensemble Correspondances, formé à Lyon en 2009 et associé à la Chapelle de la Trinité, ne font que confirmer leur renommée amplement mérité dans l’univers baroque. Le public versaillais aura pour sa part la chance d’assister à ce sacre le mois prochain.

Pour Sébastien Daucé : © Alexandre Laurent – Les Grands Concerts
Pour la photo de la Chapelle de la Trinité et le tableau du sacre de Louis XIV : © DR

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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