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Le festival eemerging à l’heure des 40 ans d’Ambronay

Le festival eemerging à l’heure des 40 ans d’Ambronay

08 octobre 2019 | PAR Gilles Charlassier

Rendez-vous désormais rituel du dernier week-end du Festival d’Ambronay, eemerging offre en cette édition anniversaire un condensé des jeunes ensembles prometteurs de musique ancienne de la scène européenne.

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Si les contraintes budgétaires qui pèsent sur le monde culturel, et musical en particulier, invitent à multiplier les coopérations entre les institutions, les initiatives réticulaires comme eemerging, soutenues par l’Union Européenne, sont sans doute avant tout une manière de faire vivre, au présent, les racines d’une identité européenne aujourd’hui parfois contestée sur l’autel de nationalismes bien plus récentes que l’histoire des royaumes à l’échelle du continent. De fait, le programme réunit neuf partenaires, de la Grèce au Royaume-Uni, et de l’Espagne à la Lettonie, parmi lesquels le Centre Culturel de Rencontre d’Ambronay, véritable creuset qui accueille chaque début octobre, un mini-festival, dans le cadre de son festival d’automne, où se retrouvent les acteurs de la musique ancienne pour repérer les six jeunes ensembles finalistes issus d’une sélection de 32 ensembles où se mêlent 25 nationalités, et mieux les faire connaître, entre autres par le soutien à l’enregistrement discographique – depuis 2014, 11 premiers disques ont été gravés, dans la collection eemerging du label Ambronay Editions.

Répartis en trois concerts, les six ensembles se succèdent deux par deux, dans un format de quarante-cinq minutes. Après une matinée du samedi où a résonné le répertoire encore de niche du Moyen-Âge, l’après-midi s’ouvre sur une panorama de l’activité du monastère de Monserrat aux XVIème et XVIIème siècles, sous le signe de la Vierge Marie, dont les manuscrits sont aujourd’hui dispersés dans les bibliothèques européennes. Avec un éventail de cuivres et de bois aux savoureuses couleurs authentiques – cornet à bouquin, doulciane et bajoncillo –, les six Espagnols de Dichos Diabolos proposent ainsi un voyage aux rythmes et sentiments contrastés, emmené par la voix charnue et expressive de Belén Vaquero, privilégiant avec instinct les effets à la muséographie du texte. Le second consort qui prend le relais salle Monteverdi, le Ensemble Palisander, conjugue au féminin la flûte à bec, dans tous les formats, du piccolo le plus aigu au bourdon le plus grave dans des harmoniques qui évoquent le pédalier d’un orgue – et un instrument à la maniabilité limitée. Au-delà d’une exploration de la facture instrumentale, qui éclaire parfois quelques discrets accents de fébrilité, les quatre Britanniques défendent une admirable curiosité, mêlant avec habilité les confins de la Renaissance avec la création contemporaine, à l’exemple d’une pièce de Thierry Pécou, Canyon dance n°3 composée spécifiquement pour cette édition 2019 d’eemerging, sans oublier l’exotisme amérindien et des conquêtes hispaniques.

Le lendemain, dimanche matin, la salle Monteverdi accueille d’abord le quintette instrumental La Vaghezza, couronné d’un Prix du public eemerging en 2017. Les Italiens déclinent un corpus pour cordes et basse continue du début du XVIIème siècle vénitien, porte ouverte à l’époque sur l’Orient byzantin et arabe. Le résultat séduit par une évidente maîtrise de la rhétorique de pages construites autour du dialogue entre l’armature harmonique et l’instinct mélodique. Le dernier ensemble, le Concerto di Margherita, au nom italien, mais à l’effectif résolument européen, affirme une polyvalence qui ne laisse pas le public indifférent. A la fois chanteurs et instrumentistes, les cinq solistes redonnent vie à un corpus à la croisée de la Renaissance et du Baroque, comme à celle des royaumes. Entre latin et italien, le programme offre un condensé de répertoire sacré et profane, avec un communicatif sens de la théâtralité, en équilibre entre la précision du texte et la diversité polyphonique et madrigalesque, de Monteverdi et Gabrieli à Kapsberger, et s’autorise, dans l’esprit de la créativité baroque, une variation instrumentale contemporaine sur le Cara la vita mia de Giaches de Wert écrite par la gambiste Giovanna Baviera. Rien de tel pour confirmer la vitalité de la musique ancienne !

Gilles Charlassier

Festival eemerging, Ambronay, 5 et 6 octobre 2019

© CCR Ambronay

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