Classique

La musique sauve, Mozart, Bach, Accentus, Insula Orchestra et Equilbey le prouvent

La musique sauve, Mozart, Bach, Accentus, Insula Orchestra et Equilbey le prouvent

29 septembre 2015 | PAR Bérénice Clerc

Insula Orchestra, Accentus, Laurence Equilbey et quatre solistes donnèrent vie le 24 septembre aux « Vêpres solennelles d’un confesseur » de Mozart et au Magnificat de Bach. Superbe programme ; ces pièces peu données se parèrent de couleurs vibrantes sculptées par la chef, en osmose avec ses interprètes, devant un public exalté.

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Lendemain d’Equinoxe, le soleil au zénith n’est pas au rendez-vous de la Philharmonie de Paris.

La nuit couvre plus rapidement le paysage, les spectateurs s’engouffrent dans la salle. « Magnificats » est le nom du programme, Insula Orchestra, Accentus, Laurence Equilbey, Mozart, Bach, Judith Van Wanroij, Wiebke Lehmkuhl, Reinoud Van Mechelen et Andreas Wolf, une succession de promesses de beautés sonores et émotionnelles pour la soirée.

Tout le monde est en place, la salle est pleine, les musiciens peuvent entrer, ils s’installent sous les applaudissements, un laaaaaaa, les voici accordés, la chef peut rejoindre son promontoire et débuter le voyage.

Les vêpres solennelles de Mozart comme première étape, les pieds bien ancrés, la concentration palpable, Laurence Equilbey entraîne ses partenaires vers de beaux reliefs.

Dès les premières notes, la patte de Mozart est reconnaissable, intime ici, une douceur spirituelle caresse la salle, les cordes d’Insula Orchestra et ses instruments anciens colorent l’espace de sons ciselés finement dirigés par une Laurence Equilbey ailée dans son habit noir déstructuré.

La voix de Judith Van Wanroij comme un if sur un océan Accentus, fervent choral, vertical et délicat, participe à la douceur vibrante des « Vêpres solennelles » au final vif et joyeux.

Les spectateurs saluent la prouesse, claquements de mains et bravos fusent et ils ne savent pas encore les merveilles à venir.

Un jeton rose est distribué par les ouvreurs pour rentrer après l’entracte, comme au casino, le public exalté fait sonner les coupes de champagne pour le plaisir de l’entrechoc.

Il est temps de rejoindre Carl Philipp Emanuel Bach, fils de.

Un son, et la foule est emportée, les violons à vive allure surfent sur un chœur Accentus hiératique, la pulsation cardiaque change, des respirations restent possibles mais l’emportement émotionnel prendra fin avec la dernière note du « Magnificat. »

Insula montre toutes ses qualités d’ensemble, les flûtistes offrent des sons impressionnants. Laurence Equilbey, illusionniste, nous ferait croire à la simplicité de la tâche qui lui incombe, brille à l’exercice de tenue de l’orchestre, maitrise la densité de la partition, mène le chœur avec subtilité et douceur engagées, sans oublier les solistes.

Un léger manque de projection du ténor est vite oublié grâce aux prouesses des équipes artistiques, heureuses de partager cette partition. Mention spéciale pour le très beau duo d’Andreas Wolf avec la contralto Wiebke Lehmkuhl.

L’émotion est partout, l’Insula s’agite dans les cerveaux, le Gloria éclate, la fanfare de la première partie revient pour terminer sur un magnifique largo.

La fugue polyphonique finale, vive, symbolise l’harmonie du monde, à cet instant les spectateurs la croient possible, garderont-ils cette utopie en tête une fois dehors ?

Tous se lèvent, les applaudissements denses et les bravos mérités s’échappent de tous les côtés de la salle, pas d’emphase, de fausse modestie ou de cabotinage, les sourires des artistes sur scène sont multiples et généreux.

En guise de rappel un extrait du somptueux « Miserere » de Zelenka qui, à lui seul, par sa force et sa beauté, pourrait justifier un concert ! Un Alléluia de Buxtehude, dentelé et aérien, pour laisser les spectateurs en joie.

La musique sauve, en ces temps contrariés où la pensée et le partage semblent nous fuir, Laurence Equilbey et ses équipes artistiques prouvent qu’un autre monde est possible et peut même se prolonger au quotidien où les notes deviendraient des mots et la bienveillance une exigence absolue.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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