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La musique française à l’honneur à Porto

La musique française à l’honneur à Porto

15 janvier 2020 | PAR Gilles Charlassier

Tout au long de l’année 2020, la Casa da Musica de Porto propose avec Vive la France !, un festival qui met à l’honneur compositeurs et interprètes français. Premier épisode en ce week-end de début janvier.

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Devenue depuis un peu plus d’une dizaine d’années une destination touristique majeure, Porto est aussi un haut lieu de la culture portugaise, en particulier musicale, avec l’inauguration en 2005 de la Casa da Musica, dessinée par Rem Koolhaas, qui dépasse les clivages entre les répertoires avec une programmation riche et ambitieuse, Cette année 2020 est placée sous le signe de la France, avec un festival distillé au fil de l’année, et un compositeur en résidence, Philippe Manoury. Le premier week-end propose ainsi les premières portugaises de deux pièces d’un compositeur au catalogue vaste, qui embrasse tous les genres.

Sous la direction de Peter Rundel, le Remix Ensemble Casa da Musica ouvre le concert du samedi 11 janvier avec Fragments pour un portrait, cycle de sept pièces d’une trentaine de minutes pour trois groupes de dix instruments que Manoury avait dédié à David Roberson et l’Ensemble Intercontemporain, et où s’entend une évidente maîtrise qui conjugue expérimentations et expressivité poétique. Incantations inaugure le recueil avec une mobilité souple et virtuose qui contraste avec la densité plus statique du Choral. Vagues paradoxales fait entendre de palpables élans et ressacs, avant l’extase méditative de Nuit (avec turbulences), à peine contrariée par de fugaces effractions, que l’on retrouve dans le Totem final, après Ombres, et la concise Bagatelle. Après l’entracte, Yet, de Christophe Bertrand, également joué pour la première fois au Portugal, séduit par un mouvement perpétuel où la virtuosité se mêle à un chatoiement inventif des timbres, portée par une interprétation aussi précise qu’enthousiaste. Enfin, sous les doigts experts et inspirés de Pierre-Laurent Aimard, les Oiseaux exotiques de Messiaen font résonner leur volubilité dans un dialogue avec les musiciens de Remix emmenés par Peter Rundel.

Le lendemain, dimanche 12, Sofi Jeannin, à la tête de la Maîtrise de Radio France, offre, avec le Choeur de la Casa da Musica, un panorama de sept siècles de musique chorale française depuis le Kyrie de sa Messe de Notre-Dame de Guillaume de Machaut, jusqu’aux Fragments d’Héraclite de Manoury. Dans cette page d’une douzaine de minutes écrite en 2002, les solistes entrent en salle au milieu du public dans le Prologue, avant d’investir le plateau pour les deux cycles de chants. Le fascinant halo polyphonique incarné en une sorte de rituel s’achève par la même scénographie, dans le sens inverse : les membres du choeur redescendent parmi les auditeurs vers les coulisses, jusqu’aux confins du silence. Les couleurs et l’estimable travail sur la diction, pour des interprètes non francophones, se reconnaît également, dans le Chant des oiseaux de Janequin, les Trois chansons de Debussy, et dans une Messe en sol majeur de Poulenc bien équilibrée entre sentiment et décantation, ainsi que dans les deux pages refermant le concert  sur des notes de lumineuse sérénité : O sacrum convivium de Pierre Villette et la transcription du Jardin féérique de Ravel sur un poème de Benoît Richter. Un beau week-end inaugural pour le festival Vive la France !

Gilles Charlassier

Festival Vive la France !, Casa da musica, Porto, concerts des 11 et 12 janvier 2020

©Pauline de Mitt

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