Classique
La musique classique, élitiste et pourtant si populaire …

La musique classique, élitiste et pourtant si populaire …

08 juin 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

artemiss-e1290878907155Populaire : qui vient du peuple. Qu’est-ce que la notion de populaire dans l’art aujourd’hui ? Est-ce simplement faire partie du  peuple, telle la définition originale du terme ou bien est-ce se rendre accessible, se vulgariser pour faire partie du paysage populaire ? La musique dite classique est bien souvent taxée d’élitiste, pourtant force est de constater qu’elle est partout, nous entoure en permanence, qu’elle dure et demeure présente dans le paysage culturel depuis des siècles, évolue et se renouvelle sans cesse. Pourquoi souffre-t-elle alors de ces a priori et que faire pour la rendre plus populaire et accessible ?

On appelle communément musique classique, la musique instrumentale, terme sous lequel sont regroupés pêle-mêle des compositions de musique symphonique, musique de chambre, et opéra de toutes époques et mouvements de créations confondus. Dans l’esprit commun, le stéréotype le plus répandu voudrait que la musique instrumentale soit réservée à une élite intellectuelle et sociale. Pourquoi ? Tout d’abord, parce qu’elle est vue comme un art savant, ultra codifié qui telle une science, ne pourrait être saisie sans en avoir préalablement obtenu les clés. En outre, elle se donnerait à entendre dans des salles de spectacles prestigieuses, impressionnantes pour le spectateur lambda qui souhaiterait s’initier et que l’on voudrait elles-mêmes régies par un certain nombre de codes de bienséances et d’habillements. Enfin, elle serait inaccessible d’un point de vue financier, de son apprentissage à son accessibilité aux concerts. Des idées reçues qui bercent notre société depuis toujours, et tendent à éloigner le commun des mortels de cet art ancestral, mais qu’en est-il vraiment ?

Du point de vue financier et dans les grosses salles de spectacles du type Opéra, Salle Pleyel, les tarifs s’échelonnent entre 10 et 180 euros, les billets les moins couteux étant néanmoins pris d’assaut en début de saison et quasi inaccessibles le reste de l’année. Du point de vue des orchestres, L’orchestre Lamoureux, de même que l’Orchestre de chambre de Paris jouant tous deux aux Théâtre des Champs-Elysées proposent quant à eux des tarifs allant de 5 à 55 euros. Le Théâtre qui donnait  récemment Le Sacre du Printemps proposait quant à lui pour ce spectacle des tarifs allant de 5 à 90 euros. Enfin, l’Orchestre National d’Ile de France (connu pour jouer partout dans la région, dans n’importe quel type de salle y compris des Gymnases aménagés pour l’occasion ainsi que pour avoir la vertu d’apporter la musique classique là ou le public en est éloigné) affiche des tarifs allant de 5 à 30 euros. Si l’on compare ces tarifs à ceux d’une salle de spectacle telle que l’Olympia, Bercy ou encore le Palais des Congrès, l’on remarque ainsi très aisément que l’excuse financière ne tient pas. En effet, pour assister au One woman show de Claudia Tagbo ou encore Elie Semoun, il vous faudra débourser entre 25 euro et 65 euro, et entre 55 et 95 euros pour assister au concert de Michel Sardou. De même si vous êtes fan de notre Jojo national, il vous faudra casser votre tirelire pour l’admirer en juin prochain à Bercy, la fourchette tarifaire allant de 74 à 152 euros. Enfin, l’on se souvient tous encore du scandale qu’avait provoqué Madonna lors de sa dernière tournée, décevant ses fans, furieux d’avoir payé une fortune pour ne la voir qu’une petite heure sur scène. D’un point de vue purement financier, les prestations de nos grands orchestres sont donc bien plus populaires, entendez par là accessibles, qu’on ne le pense, ses tarifs étant sensiblement les mêmes que ceux des chanteurs de variété pour qui, même les couches sociales les moins aisées cassent parfois leurs économies.

 

Que nous reste-t-il alors pour expliquer cette taxation d’élitisme que l’on entend partout, ainsi que ce manque d’accessibilité dont souffre la musique instrumentale ? L’apprentissage, sans nul doute, mais également le manque de diversification et d’idée novatrice dans les programmations de saison des salles et des institutions.

Presque toutes les institutions déplorent le vieillissement du public, de même que la désertion des salles. Toutes, tentent de mettre en place des actions visant à renouveler le public : partenariats avec d’autres institutions, théâtre, cinéma, écoles, action culturelles d’utilités sociales visant à amener la musique autre part, baisse des tarifs, abonnements et tarifs préférentiels pour les moins de 28 ans. Cependant, la majorité des concerts ne remplissent pas, le public ne semble guère se rajeunir et reste une poignée d’avertis. Certains diraient tout simplement que cela tient au genre, que beaucoup jugent ennuyeux, ringard, et que de la même manière qu’un public va préférer le rock au rap, le public aime la variété et reste insensible au charme des instruments.

Or, le succès de la célèbre compilation « J’aime pas la musique classique mais ça j’aime bien », le succès des concerts consacrés à la musique de film (réunissant d’ailleurs un public très éclectique), celui de certaines Bandes Originales de films, ainsi que celui des publicités (le parfum égoïste, Société Générale, Aoste pour ne citer que les références les plus connues) utilisant de grands classiques prouvent bien que celle-ci n’est pas si insupportable et appréciée lorsqu’elle est sortie de son contexte. Quoiqu’on en dise, si l’on regarde bien autour de nous, la musique classique est partout. Tous les jours, ceux qui en sont le plus réfractaires et la jugent impitoyablement archaïque l’entendent sans y prêter attention dans nos publicités, et s’en délectent parfois lorsqu’elle accompagne les meilleurs moments de leur films favoris.

Aussi, peut-être serait-il judicieux, pour renouveler le public et l’intérêt du spectateur, de ménager une place dans la programmation pour ces airs d’opéras et autres symphonies ou requiem popularisés par la télévision, autant que par le cinéma tout en permettant à ce nouveau public de découvrir de nouvelles œuvres. En clair, donner à entendre ce qui plait au plus grand nombre, tout en ayant un rôle pédagogique à la fois sur l’œuvre en question, en l’associant dans le programme de la soirée à une œuvre moins connue du grand public, permettant ainsi la découverte d’autres grands compositeurs et œuvres du répertoire classique et contemporain. Une démarche qui semble difficile pour les institutions;  si ces dernières tentent quelques actions pour amener la musique vers un autre public, elles préfèrent se conforter dans un élitisme intellectuel et continuer de proposer des programmes uniquement compréhensibles et accessibles d’un public de spécialistes, d’initiés, et de mélomanes passionnés pensant que quelques concerts abordant un répertoire plus populaire serait une hérésie.

 

Enfin, il y a la question de l’apprentissage. De manière générale, c’est de l’environnement dans lequel nous grandissons que l’on forme nos goûts, musicaux, culinaires etc…. Si l’on vient d’un environnement familial qui ne donne pas accès par l’écoute ou par la pratique à la musique classique, il est évident que l’intérêt et la compréhension de celle-ci sera plus difficile. Tout d’abord il convient de préciser que selon les informations rapportées sur le site internet du ministère de la culture, il existe en France près de 4200 lieux d’apprentissage de la musique tous établissements confondus : Conservatoires nationaux, régionaux, écoles de musique nationales, municipales, agréées et non-agrées. Encore une fois question tarifs, ceux-ci varient largement selon le type d’établissement, mais il faut tout de même noter qu’en moyenne les cours dans une école de musique municipale restent depuis près de 10 ans plafonnés aux alentours de 60 euros le trimestre avec location d’instrument. Un prix abordable qui néanmoins peut repousser les classes les plus modestes de la société. Que reste-il alors pour ceux-là ? L’apprentissage à l’école. L’on entend souvent dire que les cours de musique au collège sont obsolètes, qu’ils ne servent à rien, n’intéressent pas, qu’ils ne sont qu’une vague cour de récréation, et qu’étant donnée la baisse de niveau des élèves dans les matières principales, ils devraient être supprimés.

Nous l’avons tous vécu : l’histoire de la musique, intéressante mais un rien rébarbative, compliquée et ennuyeuse pour des élèves de collèges qui n’ont bien souvent jusque-là eu aucune initiation à la musique, mais surtout l’apprentissage de la gamme et du rythme, qui n’a d’autre but que d’être utilisée sur cette magnifique flûte à bec que même les professeurs de musique au collège haïssent tant elle leur donne de maux de tête en fin de journée, rendent effectivement ce cours ennuyeux et inutile. Pourtant les séances pédagogiques au sein des classes organisées par certains enseignants de même l’investissement de certains orchestres pour mener des projets culturels d’utilités sociales démontrent que lorsque l’on apporte l’instrument de musique et la musique instrumentale à un enfant de primaire, comme à un adolescent de collège, ils s’y intéressent, posent des questions sur son fonctionnement, et même parfois essaient les instruments. De même, ils ne semblent avoir aucun à priori sur la musique qu’ils entendent, faisant parfois preuve de beaucoup de curiosité à l’égard du répertoire. Malheureusement ces initiatives restent exceptionnelles et isolées, et ne sont présentes dans tous les établissements. L’apprentissage de la musique à l’école tel qu’il l’est actuellement ne permet pas de stimuler l’intérêt, néanmoins les écoliers ne sont en rien réfractaires à la musique instrumentale bien au contraire. La réforme des rythmes scolaires, peut, si les choses sont bien menées, changer quelque peu la donne. Néanmoins, l’on déplorera toujours le manque de professionnels pour intervenir dans les écoles, une solution simple serait d’y faire intervenir leurs élèves, des étudiants musiciens de bons niveaux, qui souvent souffrent eux-mêmes d’être incompris de leurs camarades et seraient ravis de mener des actions pédagogiques dans les écoles afin de faire évoluer les mentalités.

Bien des questions se posent lorsque l’on interroge la notion de populaire à propos de la musique classique. Si être populaire en art c’est être proche du peuple, rendre accessible, vulgariser force est de constater que de ce point de vue, la musique classique reste élitiste. Sans initiation, difficile de s’y intéresser, difficile de pousser la porte des salles de spectacles également lorsque l’on ne connait que trop peu le répertoire qui y est abordé. Si les institutions tendent à mener diverses actions pour se rendre accessibles, cela restera malheureusement vain si l’apprentissage ne change pas, de même que si les médias ne donnent pas une meilleure place à celle-ci sur leurs antennes. On déplore en effet de voir les émissions abordant la musique instrumentale programmées à heures tardives, et même parfois uniquement l’été.

Si le monde de la musique instrumentale reste élitiste, la musique dite classique en elle-même nous semble néanmoins populaire, en tant qu’elle est présente dans nos vies, dans notre imaginaire commun, et que nous sommes tous capables d’en fredonner un air… tout est une question d’apprentissage…

visuels une: http://www.fugues.cc/

 

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

2 thoughts on “La musique classique, élitiste et pourtant si populaire …”

Commentaire(s)

  • mireille

    brava à toi et bravo car cet article est super, il décrit bien le problème de reconnaissance de la musique classique. mille bravo et espérons que ce petit texte fera changer certains d’avis sur la beauté de la musique classique et de l’Opéra . big bisous Mimie

    juin 11, 2013 at 19 h 47 min
  • Merci pour cet article vraiment très intéressant, qui rejoint en de nombreux points ma façon de penser. Pour moi, la solution pour que la musique classique ne soit plus considéré comme « élitiste » c’est d’en offrir l’accès aux enfants. Leur esprit ouvert à la découverte s’émerveillera de la musique sans y opposer un quelconque jugement biaisé – contrairement aux adultes – et ils pourront alors se faire leur propre idée. Seulement, cela ne doit pas avoir lieu qu’une seule fois, mais se faire de façon régulière, pour faire perdurer ce lien entre l’enfant et la musique classique. Et pas seulement le classique, c’est valable pour toutes les formes de cultures et tous les styles !

    septembre 20, 2017 at 10 h 11 min

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