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La musique allemande en majesté avec le Gewandhausorchester Leipzig sous la direction de Herbert Blomstedt à la Philharmonie

La musique allemande en majesté avec le Gewandhausorchester Leipzig sous la direction de Herbert Blomstedt à la Philharmonie

27 octobre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Ce mardi 23 octobre, la Philharmonie nous a conviés à un programme impressionnant avec le Triple Concerto de Beethoven et la « Grande » Symphonie n°9 de Schubert. Pour l’occasion, le Gewandhausorchester Leipzig retrouvait son chef (1998-2005), l’immense Herbert Blomstedt, 90 ans et a dialogué avec les solistes européens : Leonidas Kavakos (violon), Gaultier Capuçon (Violoncelle) et Kirill Gerstein (Piano). Une très grande soirée de musique allemande qui a culminé avec l’une des plus belles 9e Symphonies.

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C’est à mains nues, que Herbert Blomstedt, élancé et énergique jusqu’à danser, a dirigé un Gewandhausorchester Leipzig que l’on sent sensible au moindre de ses signes élégants. Dès le début, il a placé le Triple Concerto de Beethoven sous le signe de la rigueur et de la douceur plutôt que de choisir le répertoire de la force ou du divertissement. Dans l’Allegro, c’est le violoncelle de Capuçon qui lance la conversation à trois voix avec l’orchestre, avec suavité et douceur. Le violon de Kavakos le suit, plus entêtant, tandis que le toucher décidé de Gerstein impacte le rythme comme un franc battement de pouls. Du côté de l’orchestre soutient une conversation vive et puissante dans cet Allegro qui brille et monte en maestria jusqu’à un final très maîtrisé. Le public récupère son souffle pour les deux mouvements suivants qui sont joué presque d’une traite : d’abord de Largo, ample et doux, où c’est encore le violoncelle qui entame le jeu des solistes, mais où un verdict semble peser et tomber. Dans le Rondo à la Polaca , les solistes se remettent à grimper en vitesse et en concentration. De son côté l’orchestre marque les envolées et les silences, pendant que les solistes rivalisent de dextérité en bonne entente. C’est avec un sourire immense que Kavakos, Gerstein et Capuçon offrent un bis de choix et très cohérent avec le programme au public : l’adagio du trio op. 11 de Beethoven, qu’ils jouent avec générosité et application.


Après la pause, le Gewandhausorchester Leipzig a renfloué ses rangs et est en cercle autour d’Herbert Blomstedt pour une Neuvième de Schubert tout à fait exceptionnelle. Dès les premières note, la concentration et la précision atteignent une intensité qui transpercent l’ouïe et l’âme. Sobre et toujours à mains nues, Blomstedt balaie l’orchestre de gauche à droite et semble faire converger toutes les énergies vers lui avec un charisme aussi serein que profond. Les cuivres et les cordes se répondent en écho avec subtilité dans le Andante qui respecte toujours le « ma non tropo » qui titre ce premier mouvement au cœur plus sombre et que l’orchestre rend presque mystérieux, sinon mystique. Le rythme s’accélère dans le Andante con moto où le son se centre et gagne en majesté. Le dialogue se poursuit dans la grâce du Scherzo où la lame de fond des vents nous invite à un grand voyage intérieur qui se transforme parfois en valse ou en bal que le chef et l’orchestre dansent ensemble. Fougueux et cri de vie nue, le Allegro Vivace final oscille entre explosions de joie (avec citation de Beethoven) et moments plus graves. La douceur, la mélancolie, sont toujours là et semblent faire triompher la liesse dans un final qui donne vraiment la chair de poule. L’ovation a été unanime et prolongée pour le LGO et Herbert Blomstedt qui a pointé vers la partition de Schubert pour justifier ce succès. Une interprétation de la grande symphonie qui restera gravé dans nos mémoires).


Visuel : Herbert Blomstedt © Jens Gerber

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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