Classique
La leçon de musique d’Alfred Brendel

La leçon de musique d’Alfred Brendel

14 janvier 2020 | PAR Antoine Couder

Jeudi 9 et vendredi 10 janvier, le pianiste Alfred Brendel faisait leçon de Schubert à l’Amphithéâtre de la Cité de la Musique. On a suivi la première avec le quatuor Pacific.

Ce n’est pas un mouvement social qui va l’arrêter. Aidé de sa canne, Brendel se glisse au premier rang de l’amphithéâtre et déclare que l’on va tenter de jouer la musique que l’on a dans la tête, enfin dans la tête mais devant une partition qu’il annote scrupuleusement alors que le Pacific entame le long premier mouvement du Quatuor à cordes «Rosamonde» (la mineur op.29). Ils ne le savent pas encore mais Yaka Takase (violon) et Sarah Weilenmmann (violoncelle) vont en prendre pour leur grade. Le public a l’impression que ce premier mouvement est excellent mais en vérité, si l’on suit la partition, on trouve beaucoup d’imprécisions et des éléments joués de façon superflue. Brendel s’insère dans la mécanique du quatuor, et se fait plus appliqué. More peaceful… Give more nervosity. On finit par entrevoir l’esprit qui préside au mouvement, les tonalités comment les choses se tendent.

Now start again ! Parfois, il repousse la partition, contestant les indications qu’il juge incorrectes. No, this is not Schubert finit-il par lâcher. Il fait refaire deux fois de suite, tape légèrement de la pointe de son stylo…… Allez il perd patience.. Il le redit : chante le passage dans ta tête et tu vas comprendre. Avant de conclure You re really have to work… On passe à l’Andante, enfin modéré si l’on veut… Au début oui, c’est un peu le premier mouvement en réduction. Et puis ça s’agite et là du coup, professer Brendel reprend les choses en mains, propose un mode d’interprétation et le fait répéter en le chantant… Il faut recommencer encore et encore, être précis sur les tonalités et sur le rythme qui assurent l’émergence de la mélodie. Dans le public certains regardent la partition sur leur iPad, perplexes… mais où va-t-il chercher ça??

Schubert impalpable. Parfois il interrompt pour dire que c’est le bon le chemin et que l’on peut aller plus loin. Parfois le quatuor semble suspendu à la partition, pantins raides d’un Schubert impalpable intouchable… lui a l’air plutôt content de les voir disparaître derrière la musique. Vient le Menuetto allegretto c’est une danse en mode staccato. Cette fois, il les reprend apportant des éléments spécifiques. Un moment, la violoncelliste ose demander une précision, oh pas grand-chose et l’échange détend tout le monde. Le Pacific repart soudé sur le bon chemin de la schubertisation. On attend le final Allegro moderato en se disant que l’on a vraiment de la chance d’être là.

Visuel : © J. Mignot

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Castor Astral, 2020)

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