Classique

La jeune garde triomphante à l’Elephant Paname.

La jeune garde triomphante à l’Elephant Paname.

14 novembre 2018 | PAR Paul Fourier

Le ténor Benjamin Bernheim, accompagné de Eve-Maud Hubeaux et de Antoine Palloc, a donné un récital de belle tenue pour son « instant lyrique ».

Benjamin Bernheim participait, lundi 12 novembre, à la 39e édition de l’instant lyrique à l’Elephant Paname.
Incontestablement, le ténor est un artiste d’exception, un de ceux qui comptent dans la planète lyrique comme en témoigne l’essor de sa carrière internationale qui va de Londres, à Vienne ou à la Scala de Milan.
Le récital mariait principalement de grandes pages du répertoire français et d’autres plus confidentielles, voire totalement oubliées aujourd’hui et heureusement remises à l’honneur, comme l’a souligné Alexandre Dratwicki, du Palazzetto Bru Zane, pendant le concert. De nombreuses œuvres attendent d’être rejouées, celles de Henry Février – d’ou était tiré l’air introductif de la soirée, issu de l’opéra Carmosine – le Dante de Godard – qui a fait l’objet d’un enregistrement en 2017 – où d’autres rarement données de compositeurs reconnus comme Gounod (avec le tribut de Zamora). Il est passionnant que des jeunes artistes contribuent à faire renaitre ces pans méconnus du patrimoine musical français.

La voix du ténor est puissante, son timbre solaire magnifique semblant même se trouver un peu à l’étroit dans la salle de l’Elephant Paname. Si l’on rajoute à cela sa superbe diction française, la performance était de très haut niveau, particulièrement dans un « Kleinzach » où Bernheim démontre totalement son adéquation avec le rôle de Hoffmann tant par le chant, le jeu que par l’intelligence du personnage et un « kuda, kuda … » de Eugene Onegin d’une grande sensibilité.
La puissance de feu de l’interprète doit cependant se concilier avec les exigences de certains rôles et il doit arriver à encore mieux apprivoiser son instrument notamment en maîtrisant davantage le mezza-voce, par exemple, dans le redoutable « furtiva lagrima » de l’elisir d’amore.
Enfin, aborder Werther, ce personnage dépressif et suicidaire est une étape pour un jeune ténor. On a le sentiment, à l’écoute, qu’il lui reste à mûrir ce rôle si complexe.

Invitée à participer à ce moment lyrique, Eve-Maud Hubeaux, autre artiste d’avenir, a enrichi le succès de l’ensemble.
Si l’air d’Eboli – personnage dans lequel elle a été saluée à Lyon en mars dernier – s’avère tout de même un exercice difficile à réaliser en récital piano, tant la voix est normalement accompagnée d’une dynamique orchestrale puissante, elle y démontre parfaitement sa capacité à faire sien un rôle aussi lourd, au même titre que la Didon des Troyens de Berlioz qu’elle a incarnée en bis aux côtés de Bernheim. C’est enfin dans Werther qu’elle s’est montrée une charlotte toute en sensibilité voire en souffrance.

L’accompagnement raffiné et attentionné de Antoine Palloc est de ceux qui enveloppent les artistes qu’on sent en pleine confiance. Il était passionnant de voir d’ailleurs la complicité entre le pianiste et les interprètes, de constater combien la réussite de l’ensemble reposait sur un travail d’équipe abouti. Palloc nous a offert, en prime, une petite friandise délicieuse, la pièce de piano « in sogno » de Catalani.

Voilà des récitals dont on sort bien tant on sent que les artistes nous ont offert leur meilleur et nous ont fait entrer dans leur univers artistique intime; un récital amical donné par une jeune garde enthousiasmante …

 Paul Fourier

Visuels : © Paul F.

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Paul Fourier

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