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[Interview] Martin Engstroem, fondateur du Festival de Verbier « La carte jeunesse a presque toujours la priorité »

[Interview] Martin Engstroem, fondateur du Festival de Verbier « La carte jeunesse a presque toujours la priorité »

14 juillet 2017 | PAR Yaël Hirsch

Du 21 juillet au 6 août, le Festival de Verbier battra son plein dans les Alpes Suisses. Le festival date de 1994 et doit son existence à Martin T:son Engstroem, ancien consultant de Herbert von Karajan, découvreur de talents et grand homme de l’industrie du disque. Rencontre avec le fondateur et directeur général d’un Festival qui réunit les plus grands solistes du monde autour d’une académie de jeunes amenés à compter.

Il y a trois opéras au programme du Festival cette année. Le lyrique est-il présent depuis les débuts du Festival?
L’Opéra est une tradition depuis 2003 au Festival de Verbier. C’est James Levine qui dirigeait et il a dit que l’orchestre avait un tel niveau qu’il a voulu tenter Richard Strauss. Et c’était formidable. Depuis il y a un et même plusieurs opéras chaque année. L’an dernier on a eu Carmen et Falstaff avec Bryn Terfel. Cette année, ce sont deux opéras de Richard Strauss : le 21 Salomé, dirigée par Charles Dutoît avec Gun-Brit Barkmin et le 27, Elektra, dirigée par Esa Pekka-Salonen avec, entre autres, Thomas Hampson. Les jeunes du Junior Orchestra et de l’académie organiseront une vraie production académique d’Eugene Oneguine. Ils ont entre 15 et 18 ans et travaillent avec des professeurs comme Thomas Hampson et Thomas Quasthoff.

Cette année, la liste des grands pianistes et violonistes est impressionnante : Evgeny Kissin, Nikolaï Lugansky, Yuja Wang, Renaud Capuçon, Janine Jansen… Y-a-t-il des éditions avec des accents sur certains instruments ?
C’est un hasard. Chaque année, j’essaie d’aviser les monstres sacrés sur chaque instrument. Parfois plus de pianistes, parfois plus de violonistes. En ce moment, l’on vit dans une époque où il y a beaucoup de bons pianistes et moins de jeunes bons violonistes. C’est une question de cycles. Par exemple, la France a toute une génération de violoncellistes importants : Gauthier Capuçon, Camille Thomas ou Edgar Moreau.

Qu’est-ce qui créé une émulation de talents pour tel ou tel instrument chez les jeunes ?
Il y a qualité de l’enseignement des professeurs, mais aussi leur personnalité. Il faut que les jeunes puissent prendre exemple et qu’ils jouent le rôle de modèles. Lang Lang par exemple a stimulé toute une génération de jeunes pianistes. Mais ça n’est pas que dans la musique. Quand j’étais jeune Björn Borg a galvanisé toute une jeune génération de joueurs de de tennis. Chaque génération a besoin d’un modèle. Pour les violoncellistes,Gautier Capuçon joue ce rôle : il y a beaucoup de jeunes qui essaient d’avoir la même carrière

Comment fonctionne l’Académie de Verbier ?
Elle est avant tout basée sur le talent. Elle réunit 300 jeunes entre 13 et 30 ans qui sont invités ici tous frais payés y compris les cours. Un quart de notre budget est destiné à l’enseignement aux jeunes. Mais le talent ne vient pas toujours de mêmes sources. Il peut venir de n’importe où. Cela fait déjà plusieurs années que le jeune violoniste Daniel Lozakovich vient au Festival. Il commence à venir à 14 ans, à 15 ans, il signe chez Deutsche Grammophon et à 16, il fait ses débuts aux Etats-Unis à Tanglewood avec le Boston Symphony Orchestra dirigé par Andris Nelsons. Il va devenir très grand! Pour l’académie, l’on choisit 8 étudiants pour chaque discipline : violon violoncelle, piano, alto et chant. Ils sont vraiment triés sur le volet : 200 pianistes ont postulé, on a en pris huit ! Même chose avec le violon. Entrer dans l’académie à Verbier c’est un peu gagner au loto. Dès que vous êtes acceptés, tous les frais sont payés et les plus grands maîtres s’occupent de vous. On essaie de vous faire entrer dans un réseaux. Le festival invite aussi beaucoup d’acteurs influents du management de la musique. Le festival de Verbier est donc un tremplin On aime identifier les talents très jeunes et après on les accompagne toute l’année avec des conseils, on les aide s’ils ont besoin d’instruments ou d’argent.

Comment se passent les cours pour ces jeunes, pendant le Festival ?

Les cours durent tois semaines. Chaque étudiants suit des cours de son instrument avec trois professeurs différents qui s’enchaînent, avec parfois des méthodes contradictoires. Il y beaucoup de musique de chambre. Parfois on demande à un artiste comme un grand chanteur de faire un cours pour un violoncelliste. On improvise sur place pour on mettre les jeunes dans des situations d’inconfort et les faire grandir. C’est un jeu de tous les jours. On veille sur ce qu’ils vont accomplir et sur leur potentiel. Et on essaie d’avoir un bon portrait de chaque musicien qui est dans l’académie. Enfin chaque jour, il y a un concert de jeunes de l’académie qui sont comme une petite une petite fenêtre entre le public du festival et ces nouveaux talents.

Il y a aussi de la musique jazz et pop programmé à Verbier, comme les Pink Martini. Les mondes du classique et des autres musiques se mélangent-ils?
Beaucoup de touristes viennent pour une semaine ou dix jours. Ils passent pas mal de temps en famille. Je pense qu’il ne faut pas offrir le même menu tous les jours. J’ai un goût très éclectique, j’aime le bon jazz, la musique du monde, ça me fait plaisir de ne pas écouter la même musique tous les jours, c’est une autre ambiance, un autre public Et le lendemain on apprécie la musique classique peut-être encore plus !

Avec la question du passeport américain d’un grand pianiste et la santé d’un autre, l’on craint des désistement de stars cette année. Comment gérez-vous ces problèmes de dernière minute ?
J’essaie d’abord d’avoir des étoiles. J’essaie de trouver quelqu’un de très connu. Il y a des pianistes qui sont très demandés et c’est difficile de les « réserver » trois ans en avance. Mais du coup, parfois c’est plus facile à la dernière minute. Et si je n’y arrive pas j’essaie de mettre en avant un jeune que j’ai déjà repéré, auquel j’ai pensé déjà et qu’il va pouvoir se faire remarquer. La carte jeunesse a presque toujours la priorité.

visuel : ©AlinePaley

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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