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Inspirations d’Orient : Un concert participatif à la Philharmonie de Paris.

Inspirations d’Orient : Un concert participatif à la Philharmonie de Paris.

07 juin 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

L’orchestre Divertimento, sous la direction de Zahia Ziouanni nous a invité le 3 Juin à la Philharmonie de Paris pour un concert aux couleurs de l’Orient. Le programme propose des œuvres « orientalistes » de Camille Saint-Saëns, Nicolaï Rimski-Korsakoff, Léo Delibes mais aussi une création contemporaine de Salim Dada ainsi que des chants et danses traditionnels arabes et turcs.

Le choix de la diversité 

Partage, rencontre, voyage, tels sont les fils conducteurs de cette soirée. Partager oui, car l’orchestre Divertimento accueille de jeunes musiciens non professionnels en son sein. Les choristes amateurs viennent d’entreprises partenaires de la Philharmonie ou de l’orchestre Divertimento. Les chœurs, en rangs serrés, habillés de couleurs vives, dominent l’orchestre et la salle. Voyager, sûrement : Camille Saint-Saëns a composé Parysatis en Egypte, Shéhérazade s’inspire des contes des Mille et une Nuits, Léo Delibes nous conduit en Inde. Rencontrer surtout, le compositeur algérien Salim Dada, la musique traditionnelle turque et arabe. L’orchestre Divertimento a été crée en 1998. Il réside à Stains, encourage les pratiques musicales collectives auprès des jeunes publics et associe dans ses concerts des esthétiques musicales diverses. Zahia Ziouani nous communique son énergie, son enthousiasme. Elle présente elle-même le programme, révélant sa diversité, ses univers multiples.

L’orientalisme séduit les compositeurs du 19ème siècle

Parysatis est une reine de Perse, la mère de Cyrus, vivant cinq siècles avant JC. De l’œuvre de Saint-Saëns, créée en 1902 nous entendons les Airs de ballet. De la douceur, puis des élans lyriques, l’œuvre est bien romantique mais la harpe, les castagnettes, les tambours lui donnent une touche orientale.
Samson et Dalida est l’opéra le plus joué de Camille Saint-Saëns. La « Danse des prêtresses » est toute en douceur, en délicatesse. L’entrée des chœurs est imposante, par leur nombre, la puissance, la plénitude de leur chant. Ils interprètent « L’aube qui blanchit déjà les coteaux ». La musique devient ensuite joyeuse puis agitée, les tambours résonnent, le rythme devient frénétique : c’était la danse bacchanale.
Le poème symphonique « Shéhérazade » a été composé par Nicolaï Rimski Korsakoff en 1888. La sultane sera sauvée de la cruauté du sultan en lui contant chaque soir de merveilleuses histoires inspirées des Mille et une Nuits. Nous écoutons ce soir le 2ème mouvement, « le récit du prince Kalender ». Il débute par un solo de violon, le thème de Sheherazade, un thème superbe, émouvant, très pur. Le violon est accompagné de quelques accords de harpe qui évoquent le calme du palais ce soir là. Kalender apparait, un solo de basson puis de hautbois toujours accompagné par la harpe. Puis la musique devient plus impétueuse voire guerrière avec des dissonances, les brusques accents des violoncelles, les trompettes. Avant un retour au calme : violons, harpe, flûtes ne sont que douceur, on imagine l’apaisement, l’endormissement du sultan. Une orchestration magnifique, mise en valeur par l’interprétation de Zahia Ziouani.
L’extrait de l’opéra « Lakmé » de Léo Delibes est plein de contrastes, entre la solennité des chœurs lors de la prière dans un temple et l’agitation d’un marché indien.

Les musiques d’ailleurs

Salim Dada est un compositeur algérien (né à Alger en 1975). L’orchestre Divertimento interprète, en présence du compositeur, son ouverture symphonique Dzaïr créée à la fête de l’humanité en 2013. Les violons débutent, les rythmes sont répétitifs, lancinants, d’inspiration arabo andalouse. Ils sont rejoints par les tambours, les timbales, les castagnettes : la musique évolue vers une danse joyeuse et enivrante.
Les chants et danses traditionnels sont une invitation au voyage. Leyla est un chant algérien séfarade et soufi, les vers sont en hébreux et en arabe. La mélopée débute par la guitare seule puis les cordes souvent pincées dialoguent avec le chœur. D’une voix magnifique, profonde et chaude Rachid Brahim Djelloul chante Leyla, un chant d’amour très beau, très émouvant. Üsküdar est un chant populaire turc composé pendant la guerre de Crimée. Les tambours, le rythme, la voix de Rachid Brahim Djelloul : l’auditeur est transporté dans une fête de village en Anatolie. Lunga nahawand est une danse traditionnelle turque, avec un très beau solo de violon. Puis le rythme s’accélère et tous les choristes accompagnent l’orchestre par leurs applaudissements. Envoûtant.
L’orchestre Divertimento nous a offert un très beau concert par la diversité de son programme, son caractère participatif, le dynamisme de Zahia Ziouani.

Visuel : ©JMC

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Jean-Marie Chamouard

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