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Festival Présences (5) : le Philhar’ à la fête

Festival Présences (5) : le Philhar’ à la fête

18 février 2020 | PAR Gilles Charlassier

Après un vendredi sous le signe du GRM et de l’électroacoustique, le samedi 15 février offre un répertoire large, depuis le piano solo au grand concert symphonique avec le Philharmonique de Radio France, sous la baguette de Kent Nagano.

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Au-delà de la concentration d’événements, l’avantage d’un festival sur une programmation régulière tient également à la diversité des formats et des répertoires qu’il peut s’autoriser plus facilement – même si le renouvellement dans la conception des saisons des institutions musicales comble désormais quelque peu les différences dans les approches. Le premier rendez-vous du samedi 15 février, à 16 heures, à l’Auditorium, illustre ce dépassement des catégories consacrées. Florent Boffard met en regard des grands classiques du piano avec des pages contemporaines : Chopin, Debussy et Ligeti rencontrent George Benjamin et Marco Stroppa – Italien de la même génération que l’invité d’honneur de cette édition 2020 de Présences. Mieux qu’un simple parallèle, le soliste français élabore au fil des affinités évolutives entre les miniatures une véritable réflexion sur les explorations des textures et des effets pianistiques, que l’on retrouve d’une époque à l’autre, par-delà la différence apparente des langages musicaux. Si l’on ne manquera pas les dix Piano figures de Benjamin, ce sont surtout les Trois études paradoxales de Stroppa, commande de Radio France, et l’Etude pour les tierces engourdies que l’on retiendra, comme original épitomé des recherches arpégées de Debussy et Ligeti.

A 18 heures, le 104 accueille le Trio Accanto (saxophone, percussion et piano). Donné pour la première fois en France, Satellites de Misato Mochizuchi, Japonaise née en 1969, juxtapose les interventions des trois instruments, à la manière de couches successives du discours, depuis le piano, jusqu’au saxophone, où le plaisir de l’écoute se concentre dans la lisibilité dramaturgique. La création mondiale de That time de Rebecca Saunders, Britannique née en 1967, contraste par un aplat immersif qui semble à l’affût, en un geste qui traduit l’univers de Beckett, source d’inspiration de la partition. Autre commande de Radio France, Ex voto de Mikel Urquiza décline, en une structure en cinq mouvements que ce dernier semble affectionner, une virtuose palette de savoir-faire, en particulier dans les ressources percussives du piano. Pour attendu que peut résonner le catalogue, le résultat n’en reste pas moins jubilatoire. Enfin, le Trio funambule de Georges Aperghis, maître de la théâtralité du langage, dénote par des expérimentations passablement datées, au regard de l’écriture récente de l’ouvrage.

C’est néanmoins le concert de 20 heures à l’Auditorium, qui aura le plus de succès – la salle se révélera pleine, ce qui invite à ne pas désespérer de l’appétit du public pour la musique d’aujourd’hui, quand on a les interprètes. Sous la baguette de Kent Nagano, le Philharmonique de Radio France ouvre la soirée avec une séduisante mise en bouche. De Helen Grime (née en 1981), Fanfares, donné en création française, façonne une spatialisation d’appels qui se fondent en une pâte mouvante irisée de délicates patines orchestrales. On ne refuserait pas la suite de ces quelques quatre minutes introductives. Gyula Orendt déclame ensuite avec intelligence les stances raffinées du Sometimes voices de George Benjamin, enracinées dans le corpus shakespearien – plus précisément La tempête. Dans Man time stone time, commande conjointe de Radio France avec la SWR donnée en première française, Ond?ej Adámek (né en 1979) fait la démonstration de son sens inné de la performance, avec une profusion de moyens aux confins de la gratuité pour d’aucuns, mais qui ne peut qu’impressionner l’auditeur-spectateur. Après l’entracte, la création de Wood and bones de Jérôme Combier (né en 1971), autre commande de Radio France, illustre également cette préférence de la scène sur les notes, avec des traits râpeux du violoncelle qui font partie du bagage d’une certaine esthétique contemporaine. Les accents diaphanes de la Maîtrise de Radio France rendent enfin justice aux magnifiques et irradiantes Trois petites liturgies de la présence divine de Messiaen, dans une lecture admirable de précision et de sentiment, à l’évidence, le climax de ce samedi.

Festival Présences Radio France, concerts du 15 février 2020

Visuel : Affiche

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Agenda Classique et lyrique de la semaine du 18 février 2020
Gilles Charlassier

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