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Festival de musique cordiale à Seillans : une manifestation marquée par l’amitié franco-britannique et le professionnalisme

Festival de musique cordiale à Seillans : une manifestation marquée par l’amitié franco-britannique et le professionnalisme

14 août 2019 | PAR Paul Fourier

Le Festival, né d’une belle synergie entre les résidents anglais et les habitants de ce charmant village, fête son quinzième anniversaire. Né sous une bonne étoile et porté par une équipe principalement bénévole, il s’offre le luxe d’une programmation exigeante et d’un professionnalisme bluffant. À l’heure du Brexit, la manifestation célèbre plus que jamais l’entente cordiale entre les deux peuples.

Il est des jours où, tout en étant en Provence, en fermant les yeux, on pourrait avoir l’impression, de se trouver au cœur de la campagne anglaise. C’est le sentiment singulier que l’on éprouve lorsque notre oreille s’attarde sur l’accent « so british » de certains participants à l’entracte du concert baroque du dimanche 11 août à l’église de Seillans.

Seillans est l’un de ces petits villages perchés du pays de Fayence, un de ces beaux endroits perdus au bout de routes de montagne, sinueuses, halte des touristes explorateurs en goguette et de ceux qui veulent se poser dans un petit coin du monde, loin du fracas des grandes villes et des plages bondées du mois d’août. En cet endroit émergea, il y a quinze années, une expérience passionnante de par la volonté de Jacques Leforestier et de Pippa Pawlik, une violoniste Anglaise qui venait d’acheter une maison dans la région. Pippa proposa à Jacques, alors Conseiller municipal, qui organisait déjà un Festival « Musiques en liberté », de monter, avec des amis musiciens, la Messe en si mineur de Bach. En l’absence de financements substantiels, la plupart des artistes ne seraient pas rémunérés mais « bien reçus, bien logés, bien nourris », cela dans un esprit assez communautaire.
De l’avis de la désormais Présidente et Directrice artistique du Festival, la première édition, largement bricolée, fut une réussite qui ne demandait qu’à prospérer avec le temps. Quinze années après, la manifestation, avec ses lieux de répétition et de concerts où l’on vous offre un petit verre de rosé de la région, a gardé cette essence enveloppante d’amitié et de retrouvailles annuelles, sans jamais rien céder sur les exigences artistiques. Car d’année en année, ce sont bien des « potes », musiciens professionnels ou amateurs de talent, jeunes et vieux, Anglais, Français ou Suisses, qui se retrouvent le temps d’une semaine pour travailler (beaucoup) mais également partager tous les plaisirs du quotidien.
Ainsi, progressivement, le Festival s’étoffa et devint un rendez-vous, certes modeste, mais régulier et incontournable de la région, d’autant qu’il est marqué par une programmation exigeante et un professionnalisme absolument exemplaire. Le financement (difficilement équilibré) provient de sponsors, partenaires, mécènes et amis.

Cette année, dans les églises et chapelles de la région, le programme affiche Saul, un oratorio de Händel mais également du jazz, le Stabat Mater de Pergolèse, des airs et morceaux de Mozart, Mendelssohn, Beethoven, de compositeurs baroques ou contemporains, de la musique de chambre, des concerts du soir (payants) et du midi (gratuits).
Ainsi, ce 11 août, le répertoire baroque (Händel, Marcello, Vivaldi, Pergolèse) était à l’honneur dans l’église de Seillans et permettait de découvrir d’excellents jeunes solistes tels que le hautboïste James Hulme, les sopranos Dima Bawab (voir ici l’entretien que nous avons réalisé avec elle) et Adèle Pons, l’alto Jessica Hopkins. Ils étaient dirigés par Graham Ross qui, avec James Lowe, est l’un des deux chefs et artisans irremplaçables de la manifestation. Avec, chaque matin les répétitions du chœur et, chaque après-midi, des instrumentistes de l’orchestre, Graham Ross, totalement passionné par l’expérience, nous indique que ces « working holidays » (même si l’on a pu constater que le working prend beaucoup de place au détriment du holidays) constitue un bonheur renouvelé de partage et de plaisir. Et c’est un artiste rayonnant qui a pris le temps entre deux sessions de répétitions, de nous donner ses impressions. Il en profite pour nous dire que, à l’instar de nombreux artistes, le Brexit l’inquiète, ne serait-ce que parce que son métier l’amène à voyager beaucoup et que les déplacements vont se compliquer au quotidien. 

Enfin, au-delà de cette énergie communicative, on ne peut négliger les retombées économiques qui sont loin d’être négligeables pour la région. Alors que la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne s’annonce inéluctable, l’on constate malgré tout que c’est ce genre de cercle vertueux qui démontre, une fois de plus, que l’alliage de la soif de culture partagée et des initiatives locales est une richesse incomparable et une défense imparable face au repli sur soi et aux populismes nuisibles qui œuvrent à déstructurer ces liens vitaux si précieux.

Visuel : Affiche

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Paul Fourier

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