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[Festival d’automne] Création de « Dream of the Song » de George Benjamin à la Philharmonie (28/09/2016)

[Festival d’automne] Création de « Dream of the Song » de George Benjamin à la Philharmonie (28/09/2016)

29 septembre 2016 | PAR Yaël Hirsch

Les 28 et 29 septembre 2016, dans le cadre du Festival d’Automne et sous la direction du tout nouveau chef de l’Orchestre de Paris, Daniel Harding, avec le SWR Vokalensemble de Stuttgart et le contre-ténor Bejun Mehta, le « Dream of the Song » de George Benjamin s’entend pour la première fois en France. Une composition pure et solennelle autour d’un cycle de 6 poèmes espagnols qui traversent les siècles.

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C’est au cœur d’un programme parfaitement équilibré que cette création française du Dream of Song (commandé par et déjà donné avec Bejun Mehta au Royal Concertgebouw) a eu lieu ce mercredi 28 septembre 2016. Le prélude lancinant et solennel de Parsifal a permis au tout nouveau chef de l’Orchestre de Paris et successeur de Paraavos Järvi, Daniel Harding de montrer d’entrée de jeu son élégance et son élocution. Tandis qu’une deuxième partie dédiée à la Première Symphonie (1876) de Brahms nous a emmenés vers le cor des alpes de manière très articulée. Mais c’est vraiment au cœur de la soirée, dans la direction de la création française du « Dream of Song » de son compatriote britannique George Benjamin que Harding nous a bouleversés.

Pour cette Cantate d’aujourd’hui, le compositeur de l’opéra Written on skin qui a étudié au Conservatoire de Paris auprès de Messian a choisi 6 textes de poètes épars dans l’histoire de l’Espagne : deux poètes juifs andalous du 11e siècle, Shmuel Ha’Nagid et Shelemoh In Gabirol  ainsi que le poète martyr du franquisme Federico Garcia Lorca. Evocant par des métaphores une condition humaine de finitude et de désir, dans une inspiration du Cantique des Cantiques ou des Psaumes de David, les textes écrits en hébreu (et traduits en anglais par Peter Cole) étaient entrecoupés de parties de Lorca, en espagnol et plus tragiques d’une flamboyante mystique libertaire et catholique.

Portée par les cordes, les vents et les quelques percussions d’un orchestre en formation aussi minimale que puissante, la voix parfaite de Bejun Mehta à commencé seule à parler du stylo qui écrit (ou compose) et de la solitude de l’existence humaine dans la nuit, avant que le chœur de femmes ne lui réponde dans un chant de larmes, entre mortalité et grâce amoureuse. Le contre-ténor a repris sur la Gazelle de l’amour, avant qu’un un solo de harpe ne marque une inflexion définitive permettant au Dream of Song de culminer dans un dialogue entre contre-ténor et chœur de femmes. Le public s’est lui aussi laissé allé à la fusion du cœur humain et du corps blessé avec les éléments du monde. Une pièce époustouflante où le deux langues s’entrelacent, et où le choix méticuleux des textes ainsi que le caractère quasi-sacré des cordes et des voix crée hic et nunc un petit lambeau d’éternité. Très modeste, George Benjamin est venu saluer le public et féliciter l’orchestre et le chœur sur la scène d’une Philharmonie transportée.

Visuels : photos officielles : Daniel Harding c) julian hargreaves / Mehta Bejun (c) marco borggreve

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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