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Festin pianistique dominical au musée Würth à Erstein

Festin pianistique dominical au musée Würth à Erstein

29 novembre 2019 | PAR Gilles Charlassier

Pour ce dimanche de clôture de sa quatrième édition, le festival Piano au musée Würth à Erstein met à l’affiche deux remarquables talents, le très prometteur Gaspard Thomas et l’iconoclaste et inspiré Martin Stadtfeld.

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Si le programme généreux du dimanche de clôture n’hésite pas à décliner le piano dans des formats de chambre divers [voir notre article], c’est bien le récital solo qui constitue le rendez-vous privilégié du festival au musée Würth à Erstein, et ce d’autant que les deux têtes d’affiche de cet ultime jour résument l’ambitus de la programmation concoctée par Olivier Erouart.

Lauréat de sept prix et du Piano campus d’argent, Gaspard Thomas, actuellement étudiant au CNSMD de Paris, rapproche Chopin et Ravel pour le concert de fin de matinée. C’est avec le maître romantique que le jeune soliste ouvre l’appétit des oreilles. La sensibilité aux affinités entre les pièces s’affirme dès l’enchaînement entre l’augural Nocturne en si majeur opus 62 n°1, délicat, sans sensiblerie aucune, et la Sonate n°3 en si mineur opus 58, qui se distingue par une belle fluidité formelle. Plutôt que d’isoler les affects des quatre mouvements, le soliste français privilégie l’élan dynamique d’une inspiration qui se décline en affinités électives. Le Scherzo n°4 en mi majeur opus 54 confirme un appréciable équilibre entre pensée expressive et élégance naturelle dans le jeu. Everest pour les pianistes, le cycle de Ravel Gaspard de la nuit exige une maîtrise qui ne doit jamais respirer l’effort. Les chatoiements d’Ondine séduisent par une tenue aérienne constante, contenue sans affection. Les inflexions plus intérieures et nocturnes du Gibet respirent une indéniable sincérité, quand les contrastes sarcastiques de Scarbo ne versent jamais dans la gratuite virtuosité. Assurément, l’attachant Gaspard Thomas compte parmi les personnalités qu’il conviendra de suivre.

En soirée, c’est par une autre figure du clavier, qui ne bénéficie peut-être pas de la reconnaissance médiatique à la mesure de son talent, que se referme le festival alsacien. Si Martin Stadfeld puise dans un répertoire classique, sa lecture ne se fige pas dans les orthodoxies établies. La Sonate en la majeur opus 2 n°2 de Beethoven palpite d’un allant évident dans un sens consommé de la continuité du discours, non sans une certaine gourmandise d’effets et de raffinements souriants ça et là aux confins de la coquetterie. Nul narcissisme pour autant dans cette appropriation personnelle des partitions que l’on retrouve de manière suprême dans le Caprice sur le départ de mon frère bien-aimé en si majeur BWV 992 de Bach. La compréhension intime des ressources dramatiques, sinon théâtrales, de la page, culmine dans un Adagiosissimo qui se languit dans une accélération irrésistible au fil des variations, tandis que la fugue finale imitant le postillon esquisse l’éloignement de la diligence avec une savoureuse efficacité. Rarement ces douze minutes de musique n’auront résonné avec une telle vérité picturale, sinon scénographique. La miniature du Rondo a capriccio en sol majeur opus 129 de Beethoven qui scande la fin de la première partie du concert ne cède pas davantage à l’anecdotique. Cet investissement de pièces que certains pourraient juger mineures, ou du moins secondaires, se réitère dans les deux petites Sonates de Mozart, en mi bémol majeur et en si majeur, irisées d’une spiritualité frémissante, qui encadrent une Suite n°5 en mi majeur HWV 430 de Haendel, surnommée L’harmonieux forgeron pour la mélodie servant de matériau à ses variations finales, également conduite avec habileté. En bis, ce gentleman du piano livre une improvisation de son cru qui balaie trois siècles de l’histoire de la musique, depuis le Baroque jusqu’au Post-romantisme. Un exquis feu d’artifice pour faire saliver en attendant, pour novembre 2020, la cinquième édition de Piano au musée Würth.

Gilles Charlassier

Festival Piano au Musée Würth, Erstein, concerts 24 novembre 2019

©Musée Würth

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