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Rencontre avec Thibault Cauvin : « La force de la guitare c’est que c’est l’instrument populaire par excellence »

Rencontre avec Thibault Cauvin : « La force de la guitare c’est que c’est l’instrument populaire par excellence »

27 septembre 2018 | PAR Yaël Hirsch

Guitariste classique de renommée internationale, Thibault Cauvin nous fait voyager avec son nouvel album Cities II sorti le 7 septembre chez Sony. Un tour du monde musical par les villes que le musicien a aimées et qui offre des duos avec M, Didier Lockwood, Ballaké Sissoko, Erik Truffaz, le DJ Thylacine, ou Lea Desandre. Nous avons rencontré cet artiste éclectique pour qu’il nous parle de son album et d’une tournée qui passera par le Théâtre de la Ville, le 19 février 2019.

Vous faites le tour du monde régulièrement depuis vos vingt ans, est-ce que c’est un peu une façon de nous emmener dans vos valises ? 

Oui complètement. C’est en fait une envie très forte, presque un besoin que j’ai eu de partager toutes ces découvertes que j’ai pu faire pendant ces quinze dernières années de voyages incessants, toutes ces villes que j’ai traversées, ces cultures que j’ai touchées et j’ai eu envie de raconter tout ça. Ce sont mes quinze années de vie que je raconte ici.

Pratiquement toutes les étapes sont des grandes villes ou des capitales, on a par exemple le Cap Ferret ou Agades , pourquoi ce choix ? 

Tout voyage a un point de départ. Que ce soit sur les terres bordelaises, cette région qui m’est chère, dans laquelle j’ai grandi et j’ai choisi le Cap Ferret parce que j’ai une passion qui est le surf. J’ai des souvenirs formidables là-bas de surf, de dîners entre amis, une ambiance qui charme beaucoup de monde, dont moi. J’ai fait ce choix de partir là-bas, ce n’est pas un endroit qui a le même rayonnement que New-York certes mais qui, pour moi, a une vraie valeur dans mon cœur. Ensuite Agades c’est parce que j’ai joué au Niger il y a quelques années et je suis tombé complètement émerveillé par les Touaregs, ces hommes bleus des sables qui me font rêver depuis tout petit et quand j’ai enfin pu les côtoyer, bien que ce soit très peu, ce sentiment rêveur s’est confirmé et j’ai eu envie de raconter aussi cette histoire là. J’aurais pu raconter d’autres villes mais j’ai fait ce choix.

Et vous n’êtes partis que des villes ou aussi des influences et des artistes avec lesquels vous vouliez travailler ? 

Je suis parti des villes. J’ai fait une liste des villes qui me faisaient rêver, qui m’ont touché et qui pouvaient être racontées. Ensuite j’ai cherché des compositeurs pour s’associer à moi parce que bien que j’ai été très investi dans l’écriture je n’ai rien écrit seul, j’ai besoin d’être entouré de gens qui savent vraiment écrire alors que moi c’est plus des idées, des rêves…

Tout a été écrit pour  l’album ?

La plupart sont des réécritures et certaines pièces sont des pièces du passé comme Venise de Monte Verdi, j’ai ce sentiment que quand on va Venise on ne fait pas que voyager dans la ville mais aussi dans le temps et j’avais envie d’une pièce qui donnait ce sentiment. C’est un mélange une fois encore et le fil rouge du disque c’est la guitare et cette ambiance un peu rêveuse et vagabonde.

La guitare c’est un peu l’instrument le plus évident pour vous pour passer d’un univers à l’autre ?

La force de la guitare c’est que c’est l’instrument populaire par excellence.Tout le monde connait quelqu’un qui joue de la guitare, pas nécessairement classique, mais on a tous, je crois, un souvenir heureux autour d’une guitare avec des amis ou à un concert de rock ou autre. Ça facilite les rencontres puisque c’est un instrument à la fois intime et populaire. Il y a aussi que la guitare est l’instrument le plus décliné, dans tous les styles de musique il y a toujours une guitare ou un décliné de la guitare. Ça incite et facilite le voyage entre les styles. Il y a aussi tous les instruments cousins comme le cithare pour l’Inde, le wood pour l’Afrique du Nord, le koto au Japon ou encore la kora. Je me suis amusé à la transformer en accordant la guitare différemment pour qu’elle puisse s’apparenter à ces sons et renforcer le côté voyage.

Quand est-ce qu’il y a de la voix, quand est ce qu’il n’y en a pas ? Quand est-ce-qu’une ville chante, quand est-ce qu’elle est plutôt instrumentale ?

Peut-être que certaines villes inspirent plus le rêve comme Bamako où on se laisse porter par une ambiance. D’autres sont plus marquées et les voix s’y prêtent mieux. C’est encore un choix que j’ai fait avec mon cœur sans réelle raison.

Vous travaillez avec beaucoup de compositeurs contemporains, un Dj par exemple, quand on joue avec des gens de son temps ça fait quoi comme impression ? 

Pour moi c’était une expérience extraordinaire, enregistrer avec ces gens que j’adore et, pour certains, qui me font rêver depuis que je suis tout petit. Mêler mes notes aux leurs a été quelque chose de génial. Voyager entre ces styles a été fort. Pour l’anecdote les musiciens classiques, dont je fais partie lisent la musique sur partitions et par exemple Ballaké Sissoko lui ne lit pas la musique du tout, c’est déjà une autre manière d’aborder la chose. Mathieu Chedid lui lit sur des tablatures, ces partitions de rockeur. Il prend ses notes il les met sur l’ordinateur et ses partitions deviennent des barres, des lignes. On se retrouve alors avec quatre alphabets qui reflètent ce mélange entre les gens.

Ils ont tous facilement dit oui ? Ça a pris combien de temps pour aller jusqu’au bout du projet ?

J’ai listé huit noms de rêve qui pour moi seraient les invités parfaits. J’ai envoyé huit bouteilles à la mer qui ont été saisies avec un enthousiasme qui m’a beaucoup touché. Tous se sont prêtés au jeu avec une âme d’enfant, qui ont été portés par cette ambiance un peu conte, comme les aventures de Tintin. J’aimais bien cette idée d’avoir comme une bande dessinée, des petits contes qui s’enchaînent avec des personnages qu’on peut rencontrer. C’est un disque enfantin, rêveur.

C’est plus facile de le porter à la scène ? 

J’ai hâte. Pour certaines pièces, celles qui sont jouées en solo, je vais y arriver facilement, d’autres on été adaptées par le compositeur aussi pour une version seule, et ensuite l’envie que j’ai c’est d’avoir parfois ces invités qui viendront. Notamment un concert à Paris au Théâtre de la Ville le 19 février ou un autre concert qui m’est cher à Bordeaux qui est ma ville le 25 janvier où peut-être certains viendront. Mon envie aussi c’est de continuer cette idée de voyage et de rencontres et du coup d’avoir des invités pour « remplacer  » certaines de ces stars et qui puissent être des talents locaux. Par exemple pour « remplacer » le célèbre violoniste Christian-Pierre La Marca si dans une ville il y a dans un conservatoire un brillant jeune violoncelliste qui est prometteur je serais très heureux.

Et en réponse, ils vous invitent ? S’ils font des concerts ou si vous êtes de passage dans leurs villes ? 

Oui, c’est ce qui est prévu. Je joue déjà avec Matthieu Chedid quelques fois, ça va se refaire. Maintenant que le disque vient de sortir c’est vraiment maintenant que les concerts vont avoir lieu

Qu’est-ce que vous écoutiez vraiment au conservatoire quand vous étiez ado ? Est-ce que vous écoutiez vraiment tout ça ? 

Oui j’écoutais vraiment tout ça parce que j’ai vraiment grandi entre deux mondes. Celui qui m’a passionné de la musique savante, classique, avec ce patrimoine extraordinaire que j’ai écouté avec passion et en parallèle mon père lui est musicien aussi mais plus issu des groupes de rock à la mode à Paris puis la musique jazz un peu expérimentale. Ensuite il a découvert la guitare classique dont il est tombé amoureux mais a toujours aimé naviguer entre les styles. Moi j’ai grandi avec ce parallèle entre musique classique et musique d’aujourd’hui, créative, expérimentale et j’ai toujours un peu eu en moi ce voyage entre les styles de musique et cette envie de le faire et je pensais que c’était le bon moment, que ce projet convenait bien pour ça, pour accentuer le voyage à la fois géographique mais aussi d’un style à l’autre. Quand on est enfant et qu’on écoute de la musique on ne sait pas si c’est de la musique écrite aujourd’hui par un jeune groupe de rock ou si c’est une pièce d’un génie d’il y a trois cent ans, la musique fait qu’une il n’y a pas d’étiquette, après on apprend, on découvre, on aime apprendre mais enfant la musique n’est qu’une seule, une seule grande chose. Et j’aime cette idée là.

Est-ce qu’il y a encore une ville au monde que vous connaissez que par la musique où vous n’êtes jamais allé ? 

Il doit y en avoir. Mais j’ai une envie très forte. J’ai voyagé dans pas mal de styles avec ce disque mais il y a un style auquel je n’ai pas goûté et j’aimerais faire une treizième ville qui sortirait peut-être plus tard avec de la musique urbaine, du rap qualitatif comme il peut y avoir en France, du rap poétique et je me dis que ça pourrait peut-être faire une jolie chose. C’est une petite graine qui est dans ma tête. Il y a plein de villes que j’aimerais raconté qui sont joliment racontables. Des villes chinoises, l’Amérique du Sud, d’autres villes européennes.

Quelques mots sur le Château d’Hérouville où l’album a été enregistré? 

Ça a été un honneur infini. J’ai fait une tournée justement dans des lieux comme ça un peu étonnants. J’avais commencé à la Tour Eiffel et ça m’avait emmené à Pékin, dans des ruines en Amérique du Sud. J’ai toujours été très sensible à l’âme des endroits. J’avais enregistré d’ailleurs un disque il y a quelques années dans le Château de Lafite Rothschild dans les terres bordelaises et là je cherchais un lieu aussi un peu comme ça qui soit un peu intemporel, qui ait une vraie force, qui soit porteur. L’un des compositeurs Mathias Duplessy qui a écrit Bombay connaissait mon envie et m’a parlé du Château d’Hérouville et de sa réouverture :  j’ai un peu saisi l’occasion. Trois personnes se sont données la mission de redonner vie à ce lieu mythique et le rénovent. Le château va réouvrir sous peu et le disque marque sa nouvelle aire. Déjà Chopin à l’époque allait dans cet endroit très inspirant. Il y a eu dans les années 1970 ce côté très rock, des disques incroyables ont été enregistrés là-bas comme ceux de David Bowie, Elton John, Pink Floyd… C’était le premier lieu en Europe qui proposait une expérience de résidence, comme ça se fait plus souvent maintenant mais à l’époque c’était complètement nouveau. Les groupes de rock arrivaient et passaient une semaine dans l’endroit et quand ils arrivaient c’était la fête, des grands dîners, de la rigolade et quand l’inspiration était là, ils enregistraient. On a un peu revécu ça. On a habité là-bas pendant une semaine, tous les jours un invité arrivait, on enregistrait, on se promenait, portés par le lieu et l’acoustique et c’était génial. Ce côté là m’a plu, ce voyage entre les époques.

visuel : couverture du disque

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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