Classique

Diana Tishchenko et Zoltán Fejérvári, duo de choc au Festival de L’Epau

Diana Tishchenko et Zoltán Fejérvári, duo de choc au Festival de L’Epau

06 juin 2019 | PAR Victoria Okada

À la 37e édition du Festival de L’Epau, à la Salle Caillaux de l’Hôtel du Département au Mans, le 27 mai dernier, Diana Tishchenko (le Premier Grand Prix du Concours international Long-Thibaud-Crespin 2018 violon), et le pianiste hongrois Zoltán Fejérvári, vainqueur du 15e Concours musical international de Montréal en 2017, ont fait sensation. Ils livrent ensemble une interprétation stratosphérique, à couper le souffle, dans une totale fusion musicale.

Tishchenko – Fejervari © Sarthe Culture

Deux pedigrees

Ce concert est pour Diana Tishchenko l’occasion d’inaugurer le violon Guivanni Battista Guadagnini de 1754 prêté par la Anima Music Fondation à l’issue de son premier prix du Concours Long-Thibaud-Crespin de 2018 (lire nos comptes-rendus ici, ici  et encore ici). De cet instrument généreux au son profond, la jeune Ukrainienne originaire de Crimée sait tirer toutes les qualités grâce à ses expériences déjà nombreuses et chevronnées de scènes internationales. En effet, elle est devenue à l’âge de 18 ans membre du Gustav Mahler Jugendorchester (Orchestre des jeunes Gustave Mahler), puis le premier violon solo de ce prestigieux orchestre fondé à Vienne au cours de la saison 1986/87 par Claudio Abbado. Au sein de cette formation, elle a joué sous la direction de chefs renommés comme Herbert Blomstedt, Pierre Boulez, Sir Colin Davis, Iván Fischer, Daniele Gatti, Bernard Haitink, Paavo Järvi, Mariss Jansons, Philippe Jordan, Kent Nagano, Václav Neumann, Jonathan Nott, Seiji Ozawa, Sir Antonio Pappano et bien d’autres, et avec des solistes du premier plan mondial tels que Martha Argerich, Yuri Bashmet, Matthias Goerne, Thomas Hampson, Leonidas Kavakos, Evgeny Kissin, Christa Ludwig, Radu Lupu, Yo-Yo Ma, Anne-Sophie Mutter…
Le pianiste Zoltán Fejérvári, presque totalement inconnu en France, est un musicien de très grand calibre. Il se produit en tant que soliste et chambriste au Carnegie’s Weill Hall de New York, à la Bibliothèque du Congrès de Washington, au Palais de la Musique de Budapest, au Festival Verbier… et avec Iván Fischer, Zoltán Kocsis, Gábor Takács-Nagy, Gary Hoffman, les quatuors Kodály et Keller pour ne citer qu’eux. Mitsuko Uchida l’invite au Marlboro Music Festival de 2014 au 2016, et András Schiff le choisit pour sa série qui propulse des jeunes pianistes prometteurs : « Building Bridges ». Dans ce cadre, Zoltán Fejérvári a donné pour la saison 2017-2018 des concerts à Berlin, Bruxelles, Zurich, Ittingen et d’autres villes européennes.

Fusion de deux personnalités musicales exceptionnelles

Leur programme, constitué d’œuvres de la première moitié du 20e siècle, met pleinement en valeur les qualités de ces deux musiciens. D’abord, dans la Sonate pour violon et piano de Ravel, le violon de Diana Tishchenko est littéralement élastique, qui va d’une grande simplicité du 1er mouvement au déchaînement énergique du finale, en passant par la sensualité et le tremblement du « Blues ». Des micros-intervalles qu’elle introduit dans celui-ci est éloquents pour insister sur un aspect coquet et libre du jazz, elle les dose si intelligemment que ce n’est jamais trop. Elle navigue en s’amusant entre différentes sonorités produites grâce aux diverses techniques, tandis qu’au « Perpetuum mobile » (finale), c’est une explosion de l’énergie latente, à l’instar d’une fusion nucléaire avec le clavier de Zoltán Fejérvári qui creuse la possibilité pianistique au plus profond de la partition. On sort déjà complètement revigorés de cette première douche à la fois fraîche et brûlante.
Dans la Sonate n° 3 en la mineur « Dans le caractère populaire roumain » op. 25 de Georges Enesco, les aspects folkloriques sont exprimés également par des intervalles particuliers. Les deux interprètent entrent totalement dans la musique, pour rendre le jeu extrêmement exigeant, de surcroît minutieusement indiqué par le compositeur, quelque chose de fraîchement spontané. Les coups d’archets de Tishchenko et les doigts de Fejérvári ravivent cette sorte de mélancolie infinie qui imprègne l’œuvre dans toutes les sphères expressives. Ils insufflent ainsi une âme à chaque note et la Sonate, de caractère typiquement d’Europe centrale, devient universelle.
Ils terminent leur concert avec la Sonate n° 1 en fa mineur op. 80 de Prokofiev. A ce stade, nous sommes si absorbés par la musique qu’ils créent que nous oublions tout autre chose, constamment étonnés et surpris de leur inventivité. Une fascination complète, c’est le moins qu’on puisse dire. Ce ne sont plus deux interprètes qui jouent ensemble, mais ils forment bel et bien une entité musicale, en totale fusion artistique. Dotés d’une force incontestable d’attirer la salle entière à leur univers, ils jouent comme si chaque note est en train d’être créée en temps réel. Il va sans dire que leur interprétation est extrêmement vivante et vivifiante, dans un flot de notes et de phrases sidérant ; sur leur palette de couleurs et de jeux sans limite, les possibilités sont intarissables. Comment rendre à travers les mots et avec justesse toutes leurs qualités et l’émotion que procure leur interprétation ? Il faudra que chacun assiste à leur concert…
En bis, les
très célèbres Six Danses populaires roumaines de Bartok montrent un visage complètement nouveau, comme si nous les entendions pour la première fois !

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Victoria Okada

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