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Dialogues entre Leleux, Stuzmann, l’OCP, Bach, Haydn et Mozart au TCE

Dialogues entre Leleux, Stuzmann, l’OCP, Bach, Haydn et Mozart au TCE

19 octobre 2013 | PAR Bérénice Clerc

Mercredi 16 octobre, l’Orchestre de chambre de Paris avait convié les spectateurs au TCE pour une soirée franco allemande avec François Leleux à la direction et l’excellente Nathalie Stutzmann au chant. Au programme, Bach, Haydn et Mozart pour clôturer le spectacle sous les applaudissements de la foule.

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Selon le concept du joué dirigé,  devant une salle pleine François Leleux, queue de pie de chef et hautbois, pour lequel il est reconnu mondialement, lance le concert avec la suite pour orchestre n°1 en ut majeur.. Le son est très beau, le hautbois est rarement utilisé avec  une telle fluidité, comme s’il était un prolongement du corps du musicien.

Mais François Leleux bouge beaucoup, tente, avec des gestes amples, de transformer son hautbois en baguette de chef d’orchestre, cela est parfois drôle, ils prennent du plaisir, la musique est jolie, populaire, divertissante, joyeuse, mais il manque une vision d’ensemble, on a envie d’une profondeur de champs, de reliefs, de couleurs plus subtiles, d’émotions, d’un chef face aux musiciens pour modeler la pâte sonore.

François Leleux ne l’ignore pas, le ou la chef d’orchestre n’est pas là pour être au dessus de ses pairs mais au contraire pour les diriger au sens premier du terme, celui de donner la direction, le chemin commun pour faire vibrer la musique et donner aux spectateurs une route imaginée par les musiciens et leur chef pour respecter au mieux la partition et proposer une nouvelle interprétation. La vision du ou de la chef plus celle des musiciens est égale à la vision d’ensemble donnée le soir d’un concert : un plus un égale trois !

François Leleux met énormément de bonne volonté, il est sincère, engage tout son corps est à mille pour cent, pourtant il est tellement doué avec son instrument, on aurait envie de le voir soit avec les autres musiciens, ensemble, pour le plaisir de jouer dans une tradition chambriste, mais sans tenter de les diriger en jouant ou alors comme il le fera plus tard pour Mozart, la baguette à la main pour diriger ses pairs.

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Quelques minutes plus tard, Nathalie Stuzmann, contralto d’excellence, attendue par les spectateurs entre en scène en robe noire, sobre et par bonheur, comme toutes les chanteuses talentueuses, ne joue pas à la diva !

Dès les premiers sons un pur moment de plaisir musical commence. Musiciens et chanteuse ne se quitteront pas, beauté, grâce,  profondeur vocale, simplicité, intériorité lyrique, sacré,  tout y est comme si Bach lui même soufflait dans les poumons de la Contralto. Chaque note, chaque mot résonne, ondule dans l’espace, le corps de Nathalie Stutzmann est au service de la musique, un passeur, vecteur de poésie et d’émotions sincères, déchirantes, détachées d’affectes. « Erbarme dich »  extrait de La Passion selon saint Matthieu poussa au paroxysme toutes ces émotions multiples, somptueuses qui font de la musique et du chant un art unique aux couleurs et reliefs reflétant à merveille l’âme humaine. Nathalie Stutzmann, livre avec humilité une voix magnifiquement travaillée, mélancolique, sensuelle, dense, ancrée au sol comme si la musique sortait du noyau terrestre tel un magma vocal en fusion, sombre, ardent, brûlant, puissant et toujours en partage avec les spectateurs éblouis.

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Les applaudissements furent nombreux, les bravos multiples récompensèrent vivement la chanteuse et l’orchestre dont le son était beau, particulièrement le violon solo Franck Della Valle. Comme toujours, on ne sait pour quelle raison, la chanteuse a son bouquet de fleur quand le chef n’en a pas… Il est évident qu’un chef de genre féminin aurait elle aussi reçu des fleurs !

François Leleux revient dialoguer avec les musiciens sur des partitions attribuées à Haydn, les vents sont à l’honneur, les musiciens s’amusent, donnent mais la sensation est la même qu’au début du concert, jouer ou conduire il faudrait choisir !

Un promontoire est installé, François Leleux arrive baguette à la main et endosse le rôle du chef à temps complet pour la Symphonie n°41 en Ut majeur de Mozart.

L’architecture de l’œuvre est très équilibrée, solennelle, légère elle fixe sans assécher toutes les passions des deux symphonies précédentes, une sorte de final en apothéose gorgé de souffle, de vitalité, purifié et régénéré. Dès le premier Allegro les musiciens montrent une belle maitrise de l’orchestration, les contrastes andante cantabile, la sensualité des cordes donnent à entendre une douleur humaniste non apaisée. Eclatant et palpitant chemin vers la victoire, le triomphe, l’Alléluia final. L’orchestre de Chambre de Paris brille et François Leleux, gesticule beaucoup comme au hautbois, en rajoute un peu mais emporte le public grâce à son exaltation et sa passion pour la musique et les musiciens qui le lui rendent très bien.

Une jolie soirée musicale avec des grands moments de chants grâce à la voix de Nathalie Stutzmann sur les cantates de Bach, au brillant Hautbois de François Leleux et La symphonie Jupiter de Mozart exaltante et triomphale sous les doigts des musiciens de l’OCP.

Le public applaudit à tout rompre, il a aimé cette soirée où la France et l’Allemagne se croisèrent en musique.

 

 

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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