Classique
Daniele Gatti dirige en live l’Orchestre National de France dans un programme Dutilleux et Honegger (11/06/2020)

Daniele Gatti dirige en live l’Orchestre National de France dans un programme Dutilleux et Honegger (11/06/2020)

12 juin 2020 | PAR Yaël Hirsch

Dans le cadre du cycle Le temps retrouvé, une série de concerts qui ont lieu en live et sans public à l’auditorium de Radio France, ce jeudi 11 juin Daniele Gatti dirigeait l’Orchestre National de France dans un programme Dutilleux et Honegger. Live-Report.

Du samedi 6 juin au jeudi 23 juillet, l’Orchestre Philharmonique de Radio France et l’Orchestre National de France reprennent le chemin de l’Auditorium de Radio France pour un concert hebdomadaire diffusé en direct sur France Musique et ARTE Concert à 20h. Après Kent Nagano à la tête de l’OPRF samedi 6 juin et le Quatuor Ébène avec Antoine Tamestit mardi 9 juin, c’est Daniele Gatti qui retrouvait l’ONF.

Ce sont deux oeuvres commandées par le chef bâlois Paul Sacher, l’une en pleine Deuxième Guerre Mondiale (Symphonie n°2, 1942) et l’autre à l’orée de la chute du mur (Mystère de l’instant, 1989) que Daniele Gatti a choisies pour retrouver en huis clos l’Orchestre National de France dont il a été directeur musical de 2008 à 2016. Avec un peu plus d’une vingtaine de musiciens sur scène – principalement des cordes – parfaitement espacés sur la scène de l’Auditorium de Radio France pour respecter les mesures de sécurité, la musique a donc pu avoir lieu en « live » diffusée en direct par France Musique et ARTE Concert. Et, résonnant fort avec les tumultes que nous connaissons, ces deux oeuvres, l’une du coeur sombre de son temps et l’autre de la fin du ce « court » 20e siècle (E. Hobsbawm) nous ont emmenés dans un parcours tout à fait spirituel.

Ce sont donc 24 cordes, un cymbalum et des percussions qui se retrouvent sur scène, quasiment sans autre public que la caméra. Toute l’attention est là, posant l’ambiance de ce « Mystère de l’instant » en dix temps qui célèbre aussi bien le spirituel que le magique en interrogeant la matière sonore. Sous la direction très expressive mais aussi très légère et féline de Daniele Gatti qui ondule entièrement pour diriger son orchestre, tout commence en douceur, les échos sont contagieux et la musique est une sorte de grand tissu froissé qui nous emmène vers des « espaces lointains ». Puis la litanie se fait répétitive, la puissance monte, avant que, sans jamais aucune explosion mais avec une force toujours très sensuelle, nous laissions derrière nous les soliloques, pour entendre les variations sur le nom du commanditaire, Sacher, et finir dans un embrasement qui est véritablement une mystérieuse ascension.

Pas d’entracte et à peine le voile d’un silence, que ne déchire pas le pas délicat du trompettiste qui s’installe au fond à gauche de la scène. Et nous voici déjà dans la deuxième symphonie d’Honegger. Terminée en 1941, jouée en 1942 à Zurich pour la première fois, cette oeuvre semble parfaitement prendre la suite du Mystère de l’instant, avec un premier mouvement doux, spirituel, presque joyeux, où les altos mènent le bal, comme des voix humaines. Pincement de cordes très doux, la matière sonore s’ancre et nous arrime à quelque chose d’essentiel dans l’adagio, avant que, toujours sans secousses (même avec le choix  de bien terminer l’oeuvre par un accompagnement de la trompette), le troisième mouvement « Vivace ma non troppo » nous amène vers une étonnante et bouleversante allégresse.

Un concert à la fois énergique et méditatif, spirituel et bouleversant de concordance des temps, à retrouver présenté par Arnaud Merlin sur France Musique.
Et pour la suite du programme des concerts du temps retrouvé, c’est ici.

visuel : © Christophe Abramowitz / Radio France.

Sortie DVD. « Le meilleur reste à venir » : un duo Luchini / Bruel émouvant dans le nouveau film des réalisateurs du « Prénom »
Agenda du weekend du 12 juin
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *