Classique

Daniel Barenboim, par-delà le piano.

Daniel Barenboim, par-delà le piano.

03 mai 2019 | PAR La Rédaction

Le grand pianiste et chef d’orchestre Daniel Barenboim se produisait ce soir à la Philharmonie de Paris dans le quatrième des huit volets que compte l’intégrale des sonates de Beethoven qu’il y interprète sur deux saisons.

Par Myriam Saab-Seurin

Les 32 sonates de Beethoven sont un monument de la littérature musicale et Daniel Barenboim l’un de leurs grands interprètes des dernières décennies. Leur rencontre n’est pas nouvelle, puisque le pianiste et chef d’orchestre en a interprété pour la première fois l’intégrale en public en 1960 à dix-sept ans, en a gravé deux versions, et nous laisse une magnifique version filmée, ainsi que l’enregistrement en 2005 de master classes sur ces pièces.

Le concert s’ouvre avec la Sonate n°13 op. 27 n°1, Quasi una Fantasia, sur un Andante dont Barenboim rend le charme et l’intimité par la grande délicatesse de nuances, la précision des plans sonores et l’homogénéité de toucher des accords. L’Adagio du troisième mouvement fait monter d’un cran l’intensité émotionnelle, puis laisse la place à l’apparente juvénilité d’un Finale allegro vivace brillant employant parfois une écriture fuguée, avant de revenir en lieu et place d’une cadence, puis d’être englouti par une dernière pirouette.

Très différente, plus imposante, et appartenant à la « première manière » du compositeur, la Sonate n°7 op. 10 n°3 débute par un premier mouvement indiqué Presto, virtuose et impressionnant. On peut entendre dans les enregistrements des années 1980 que le pianiste prend alors le parti d’une interprétation granitique, presque brute, des contrastes beethovéniens. Le choix est ici plus classique, le son plus enveloppé, mais les contrastes toujours étirés. On sort transformé du mouvement lent, durant lequel Barenboim maintient une incroyable tension harmonique, de longues lignes quasiment vocales, qui mènent dans un dernier souffle jusqu’au début du Menuet du mouvement suivant, lequel en devient bouleversant. C’est dans le dernier mouvement que le pianiste retrouve une puissance et un toucher organiques.

La deuxième partie du concert est presque plus simple et directe. Dans la Sonate n°27 op.90, en deux mouvements, la plus tardive des quatre, Barenboim déploie un talent de narrateur qui évoque le mystère du romantisme littéraire allemand dans le premier mouvement, et mène l’auditeur à travers le rondo du deuxième mouvement.

C’est le souffle émanant du premier mouvement de la « Waldstein » qui fait basculer le concert. Barenboim semble ici faire le choix d’un tempo plus rapide et d’un timbre plus fondu que par le passé, moins orchestral, davantage guidé par le pur plaisir pianistique. Il apporte une telle vie rythmique, des contrastes si grandioses, que la salle applaudit à tout rompre dès la fin du mouvement. Puis toute cette énergie se ramasse une fois de plus dans les tourments contenus du second mouvement Adagio, à fleur de peau dans les intervalles dissonants de la mélodie de la main droite, d’un timbre si juste. Barenboim entame le dernier mouvement, énonçant d’abord le premier thème d’une façon perlée, presque aquatique, puis finissant par déployer une puissance volcanique.

La salle se lève pour une longue ovation. Daniel Barenboim a confié en 2016 « adore[r] la Philharmonie ». Manifestement, la Philharmonie et son public le lui rendent bien.  

 

Visuel : Attribution-NonCommercial 2.0 Generic (CC BY-NC 2.0)

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