Classique

« Concert  Miroir » à la Philarmonie, Mozart ravit et Elliott Carter surprend.

« Concert Miroir » à la Philarmonie, Mozart ravit et Elliott Carter surprend.

13 mars 2019 | PAR Jean-Marie Chamouard

Le 11 mars 2019, l’orchestre de Chambre d’Europe sous la direction de Pierre Laurent Aimard donne un concert consacré à Mozart et à Carter à la Cité de la Musique de Paris.

Tout semble opposer Mozart et Carter : le classicisme de l’un et la modernité de l’autre. La brièveté de la vie de Mozart contraste avec la longévité exceptionnelle d’Elliot Carter qui composa jusqu’à l’âge de 103 ans. Elliot Carter (1908- 2012) est un compositeur américain qui nous a légué une œuvre riche de 150 compositions. D’inspiration néoclassique, il trouva peu à peu son style propre composant son premier opéra à l’âge de 90 ans et sa dernière œuvre Epigrams à l’âge de 103 ans. Il resta influencé par la musique de Mozart. La Philarmonie a choisi de rapprocher ces deux musiciens comme dans un miroir pour l’inventivité, l’expressivité et souvent la fantaisie de leur musique.

Fondé en 1981, l’Orchestre de Chambre d’Europe se produit dans de nombreuses villes européennes et est un ambassadeur culturel de l’Europe. Il n’a pas de salle attitrée ni de chef permanent. Il est dirigé ce soir depuis son piano par Pierre Laurent Aimard . Ce pianiste né à Lyon le 09 09 1957 a travaillé avec Boulez et Messian. Son répertoire est très large mais il s’est volontiers consacré à la musique contemporaine. Lors du concert le piano a été placé en retrait, derrière l’orchestre afin d’ unifier le paysage sonore.

Le concerto pour piano n° 15 de Mozart a été écrit à Vienne en 1874 mais il a été relativement peu joué. L’allégro initial est une musique joyeuse et légère. Le jeu du piano est fluide et la virtuosité de Pierre Laurent Aimard s’exprime dans les cadences. L’adagio est une romance pleine de douce mélancolie. L’orchestre et le piano dialoguent avant de s’entremêler dans une grande harmonie. Cette douce sérénité est très émouvante. L’allégro final allie légèreté et espièglerie avec une puissance de l’orchestre qui culmine à la fin du concerto.

Elliott Carter a composé son quintette pour piano et vents en 1991. C’est une œuvre pleine de contrastes entre le piano, le hautbois, la clarinette, le basson et le cor. Le piano et les vents alternent des moments de ruptures avec accords plaqués et dissonances et des moments calmes plus expressifs. L’œuvre est à la fois dissociée et harmonieuse. Les vents et le cor réalisent une longue mélopée plaintive et lancinante.

Epigrams est la dernière d’Elliott Carter écrite en 2011 pour Pierre Laurent Aimar .Il s’agit d’un trio pour piano, violon et violoncelle. C’est une œuvre pleine de surprises, inventive, ludique et paradoxalement juvénile. Elle est formée de douze miniatures. Les contrastes sont saisissants entre les dissonances et les rythmes saccadés en particulier du piano et les longs murmures des cordes.

Le concert se termine par le célèbre concerto pour piano n° 25 de Mozart, chef d’œuvre absolu qui procure une grande émotion à l’auditeur. Il a été composé à Vienne en 1786. Peu joué du vivant de Mozart il a été redécouvert par Arthur Schnabel et joué à Vienne en 1934 après 147 ans d’oubli. C’est un concerto en do majeur, vigoureux, énergique et d’une grande richesse symphonique. Lors du premier mouvement on croit deviner quelques notes qui seront reprises quelques années plus tard dans la Marseillaise, en hommage à l’engagement franc maçon de Mozart. Les accords initiaux annoncent la cinquième symphonie de Beethoven. Profondeur, pureté et sérénité caractérisent le deuxième mouvement. Le troisième mouvement est brillant et joyeux. La partition du piano est d’une grande virtuosité et la fin du concerto est majestueuse.

Le « concert Miroir » rapproche Mozart et Carter. Le miroir est certes déformant mais c’est un miroir qui offre beaucoup de bonheur aux auditeurs.
visuel : Marco Broggreve

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