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Claire Renard parle de l’Association Plurielles  : « Notre but c’est de rendre visible les compositrices ».

Claire Renard parle de l’Association Plurielles : « Notre but c’est de rendre visible les compositrices ».

08 mars 2018 | PAR Yaël Hirsch

Compositrice et spécialiste de Musique électroacoustique, Claire Renard a rejoint l’Association Plurielles 34. Rencontrée à la Bienne Musiques en Scène de Lyon, elle nous parle de la place des femmes dans la composition en France aujourd’hui et de cette association dont l’objectif est de promouvoir les compositrices francophones des XXe et XXIe siècles.

Claire Renard est jouée aussi bien en France (Centre Pompidou, Théâtre de la Bastille, Biennale Musiques en Scène, festival Les Musiques, Opéra de Reims) qu’à l’étranger (festival Ars Musica en Belgique, festival Archipel de Genève…) et pourtant, lorsqu’il y a deux ans l’Association Plurielle 34 s’est formée, elle a tout de suite rejoint ce groupe de compositeurs qui s’est donné pour mission de mieux faire connaître des compositions de femmes. Avec pour première mission de dresser un catalogue d’œuvres de femmes disponible pour les programmateurs et les conservatoires.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours?
Je suis entrée au conservatoire de Paris dans la classe de musique électro acoustique de Pierre Schaeffer. Et déjà les classes d’électro acoustique étaient très différent des classes de composition de musique instrumentale. Déjà ça c’était une manière de penser différente dans la musique. Et du coup j’ai fait tout un travail d’installation, de recherche de son… Et puis après j’ai travaillé au Groupe de Recherche musicale de l’Ina où je me suis occupée de pédagogie musicale. J’ai fait toute une recherche à la pédagogie musicale. Du coup, j’ai eu un itinéraire un peu différent des classes de composition traditionnelle. J’ai fait des recherches auprès des enfants, j’ai travaillé au Centre Pompidou et à l’atelier des enfants du centre Pompidou…

Et en tant que compositrice et pas compositeur, personnellement, vous avez trouvé ça plus difficile d’être jouée, d’avoir des commandes ?
Je ne me suis jamais posé la question, pour tout vous dire. C’est pas une question pour moi en tant que tel parce que j’ai un itinéraire un peu différent. Alors peut-être que ça c’est une réponse. J’ai fait à la fois des musiques pour le concert, des opéras des choses comme ça, mais j’ai aussi fait des installations, j’ai fait un parcours de compositrice un peu différent du parcours traditionnel que font les gens habituellement.

Qu’est ce qui a motivé de rejoindre l’Association Plurielles 34 ?
Petit à petit, je me suis rendue compte que dans les programmes, il y avait très peu de femmes qui étaient annoncées. Prenez les catalogues de la Philharmonie, ceux des ensembles instrumentaux, essayez sur l’année 2017-2018 et vous verrez qu’il y a peut-être une femme sur 50 compositeurs. Dans les conservatoires, les salles c’est toujours Debussy, Mozart… il y a que des noms d’hommes. Et on n’y fait même pas attention, parce que c’est normal. C’est devenu normal…Et  j’ai eu l’occasion de rencontrer d’autres femmes compositrices qui se sont aperçues de la même chose. D’où cette initiative d’une femme compositrice, Sophie Lacaze, qui a créé Plurielle 34 pour faire en sorte qu’on réunisse des compétences et qu’on se rende visible. Notre objet, c’est de rendre visible les compositrices. Parce qu’elles existent, mais il y a quelque chose dans la tête des programmateurs qui fait qu’ils programment toujours les mêmes personnes et toujours des hommes !

Comment expliquez-vous cette absence des programmes et des programmations?
Parce qu’il n’y a pas de modèle féminin. Les musicologues ont gommé de l’histoire les femmes. Fanny Madelson, Clara Schumann,… des grandes ! Les musicologues, qui sont souvent des hommes, ont gommé les femmes de l’histoire. Comme elles ont été gommées de l’histoire, il n’y a pas de modèle féminin, par rapport à la composition.

Et ça vous a embêté vous de ne pas avoir de modèles féminins ?
C’est drôle de m’apporter cette question que je ne me suis jamais posée. J’avais envie de faire ce travail. C’était en moi.

Comment ça se passe pour les commandes ?
Le problème ce sont les jurys. Mais maintenant les commissions sont paritaires, donc je pense qu’il va y avoir un renouveau.

Vous pensez que s’il y a des femmes dans les commissions, elles seront plus sensibles à la musique de femme ? 
C’est difficile comme réponse, mais au moins il y a quand même un regard et une écoute qui est différente, je pense qu’on est peut-être plus sensibles à d’autres façons de faire, ou d’autres façons d’être. Mais ça peut être aussi très dangereux par rapport à la compétition parce que comme on est pas beaucoup, il peut y avoir aussi des compétitions, dans ce sens-là. Mais on a fait ce travail auprès du ministère, de rencontrer les gens pour exposer ce problème de visibilité et il y a des choses qui avancent.

Comment s’organise l’association ? Vous vous réunissez régulièrement? 
La première chose qu’on a faite par rapport à l’éducation, c’est d’établir un catalogue des oeuvres des compositrices, qui peuvent être jouées dans les conservatoires, en répertoriant les niveaux. C’est un travail un peu ardu mais c’est fondamental. On a envoyé ça aux conservatoires pour que les professeurs puissent faire travailler des compositions de femmes.

Qui sont les membres de l’association?
Pour le moment on est tout petits. On est 10 mais c’est entrain de s’étendre. IL n’y aussi que des femmes et ce qu’on veut justement maintenant c’est petit à petit, faire en sorte qu’il y ait des hommes. Soit des compositeurs, soit des instrumentistes, soit des gens d’autres domaines. Ce qu’on veut c’est se rendre visible, mais pas comme dans un ghetto. Par exemple, quand Sophie Lacaze, qui est à l’initiative de cette association, fait un festival à Montpellier, elle a vraiment l’exigence personnelle de programmer à la fois des hommes et des femmes, autant d’hommes que de femmes. Pour elle c’est la parité, quoi qu’il arrive. Je pense que c’est une attitude très intelligente. Par ailleurs, l’association réunit différents profils de compositrices. Une des membres s’appelle Béatrice Thiriet, elle s’occupe beaucoup de musique de films et elle est très active depuis très longtemps sur la condition de la femme compositrice. Il y a aussi des femmes qui font des oeuvres plus classiques que moi comme Christine Grout qui est spécialiste d’électro acoustique. C’est intéressant qu’il y ait différents profils pour qu’on représente certaines esthétiques.

Est ce qu’on a pas un peu progressé quand meme ? Avec tout dernièrement Kaija Saariah, Betsy Jolas… programmées
Si vous regardez la programmation sur 10 ans, c’est tout de même peu. Vous avez cité les deux noms qu’on entend avec Rebecca Saunders, Clara Ianotta et Meredith Monk. On peut les compter sur les doigts d’une main Mais il y en a d’autres qui ne sont jamais programmées.

Lesquelles ?
Pour en savoir plus, notamment sur les siècles passées, il y a Claire Baudin, qui a créé un festival qui s’appelle Présences Féminine (qui a lieu cette année du 23 au 30 mars ndlr) : Elle a fait tout un travail de recherches en tant que musicologue sur les oeuvres de femmes compositrices d’autrefois.

Vous croyez que les femmes n’osent pas être compositrices, ou se déclarer compositrices ? Y en a moins ?
Déjà le mot, pendant longtemps c’était que “compositeur”. Et il y a des femmes, comme une amie à moi que j’aime beaucoup, qui ne veut pas se revendiquer comme compositrice, elle se revendique comme compositeur. Comme si compositrice c’était dévalorisant. Alors que moi pendant longtemps j’hésitais entre les deux, et maintenant je me suis décidée pour compositrices, et ce n’est pas dévalorisant. Et la composition est un travail extrêmement solitaire, un travail d’isolement. On ne peut pas écrire dans le brouhaha, et c’est très compliqué d’avoir cette concentration alors qu’on a des enfants. La composition, il faut s’adonner complètement à ça, dans sa tête, dans sa vie, dans son emploi du temps. On est dans l’état de composition, donc on ne peut pas être ailleurs. Moi, je constate qu’il y a beaucoup plus de femmes compositrices maintenant en musique électroacoustique. Parce que je pense que ce que demande la composition électroacoustique c’est un autre type de concentration. Et puis, c’est un milieu ou il n’y a pas besoin de moyens. Presque tout le monde a son ordinateur et il n’y a pas besoin de trouver les moyens pour payer les instrumentistes, il ne faut pas se faire programmer. Il y a une facilité de faire ça chez soi, avec son petit matériel, et il y a des réseaux de diffusion de la musique électro acoustique, où les femmes sont plus admises parce qu’il y a de plus en plus de jeunes femmes qui font ça. Alors il y a quand même un petit réseau d’électroacoustique, des associations très dynamiques de compositrices de musique électro-acoustique.

Si vous deviez nous recommander une femme compositrice marquante ?
Il y a Hélène de Montgeron par exemple, qui est formidable. Il y a un disque d’oeuvres de piano d’elle, qui est merveilleux. C’est plus beau que Liszt, vraiment, et c’est de Liszt dont on a parlé…

visuel : Site de la compositrice

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Une réflexion sur « Claire Renard parle de l’Association Plurielles : « Notre but c’est de rendre visible les compositrices ». »

Commentaire(s)

  • mrasaguet anne marie

    Merci d’avoir donné une voix à cette association dont la démarche est importante et nécessaire. Dommage que la retranscription de l’entretien ait été faite avec une certaine légèreté, laissant passer de grossières erreurs, en particulier sur les noms de compositrices.
    Pour les faire connaître, autant que ce soit sous leur nom bien orthographié !

    mars 22, 2018 at 17 h 54 min

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